Entreprises

Paiement mobile: L’offensive contre le cash démarre

Par Franck FAGNON | Edition N°:5390 Le 12/11/2018 | Partager
La solution nationale sera lancée mardi 13 novembre
Entre autres objectifs, capter les 14 millions de personnes exclues des services financiers
Les banques redoutent la concurrence des opérateurs télécoms
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La solution de paiement mobile fonctionnera uniquement sur les smartphones (22 millions en circulation). Pour les autres types de terminal, les négociations sont en cours entre les banques et les opérateurs télécoms pour l’implémentation

Nous y sommes! Les banques et les opérateurs télécoms devraient être tous au rendez-vous pour le grand démarrage du paiement mobile. Bien que les banques aient déployé des solutions adossées à des comptes bancaires, leur portée était limitée en raison de l’absence de l’interopérabilité. Ce frein est désormais levé. La solution sera lancée ce mardi 13 novembre.

Les autres acteurs, dont les opérateurs télécoms, présenteront leur dispositif dans les prochains jours. Celui des opérateurs télécoms sera particulièrement surveillé. Les banquiers savent que la concurrence la plus redoutable pourrait venir de ces derniers. Maroc Telecom et Orange ont l’expérience du paiement mobile sur plusieurs marchés, surtout en Afrique subsaharienne.

Plusieurs banques ont également sollicité des agréments d’établissement de paiement pour se positionner sur un terrain a priori très fertile. Plus de 400 milliards de DH d’opérations seraient dématérialisables dans un premier temps. Mais les enjeux sont bien plus significatifs.

L’important sera de mettre la main sur les 14 millions de Marocains exclus des services financiers. En revanche, beaucoup sont équipés de smartphones et ce sont des prospects qui sont bien connus des opérateurs télécoms.

Les établissements de paiement offriront des services de paiement, de transfert et de retrait d’argent. Rien n’empêche que, demain, ils sollicitent l’agrément bancaire pour distribuer du crédit et proposer d’autres produits.

Pour l’heure, il faudra susciter l’intérêt du public pour le paiement mobile. Ce n’est pas gagné d’avance face au règne du cash. «La vraie réussite sera l’adhésion de tout le monde avec les volumes à la clé», relève un expert. Des incitations seront mises en place pour encourager le paiement via ce canal.

Plusieurs opérations comme l’ouverture et la consultation du compte, le versement d’argent ou encore le paiement chez le commerçant seront gratuites. Les conditions d’ouverture de compte seront aussi moins contraignantes. Le numéro de téléphone suffira pour l’ouverture d’un compte de paiement de moins de 200 DH. Il faudra présenter une carte d’identité pour un compte de 200 à 5.000 DH.

Au-dessus, il faudra renseigner une fiche. Les comptes de paiement sont plafonnés à 20.000 DH. Un client a la possibilité d’avoir autant de comptes que d’acteurs. Le processus de paiement a été standardisé. Il s’effectuera pas simple saisie du numéro de téléphone ou d’un code QR. Celui-ci sera identique chez tous les commerçants. La solution de paiement mobile fonctionnera uniquement sur les smartphones (22 millions en circulation, selon les estimations les plus fiables).

Pour les autres terminaux, les négociations se poursuivent entre les banques et les opérateurs télécoms pour l’implémentation. Pour les opérateurs, le nombre de transactions sera déterminant pour encourager les investissements. La dématérialisation de certaines prestations sociales ou encore le paiement des factures des services de proximité devraient générer du flux.

A côté, les autorités veulent pousser les entreprises qui manipulent beaucoup de cash, notamment dans l’agroalimentaire, à encourager leurs détaillants à payer par le mobile. Le coût de gestion du cash est évalué à 8 milliards de DH par an. La moitié est supportée par les banques.

Des enjeux financiers

Au-delà de l’amélioration de l’expérience client et de l’inclusion financière, les enjeux du paiement mobile sont aussi financiers. Dans le modèle actuel, les banques sont les grandes gagnantes. La rétention du cash dans le système engendrera des économies. Par ailleurs, les fonds collectés par les établissements de paiement seront déposés dans un compte de cantonnement auprès des banques. Ces dépôts seront rémunérés. Ce sont autant de ressources supplémentaires qui pourront être placés dans les crédits.

F.Fa

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