Culture

Festival de Fès de la culture soufie: Du spirituel pur pour la clôture

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5380 Le 26/10/2018 | Partager
Ali Keeler, Marouane Hajji et derviches tourneurs…au menu
Le «Davos culturel» appelle l’universalité et l’altérité des cultures
festival_de_fes_de_la_culture_soufie_080.jpg

La Hadra de la tariqa rissounia a envahi le jardin jnan sbil, dans la soirée du 24 octobre. Les festivaliers, musulmans et autres, ont chanté la miséricorde divine et la spiritualité, côte à côte… tel est le vivre-ensemble prôné par le FFCS (Ph. YSA)

Le festival de Fès de la culture soufie (FFCS) tire sa révérence ce week-end. L’édition s’achèvera, comme elle a démarré, par des créations 100% soufies. Ainsi, les festivaliers auront rendez-vous ce vendredi, à la place de Bab Al Makina, avec l’ensemble Al Firdaus de Grenade (Espagne), Ali Keeler et Marouane Hajji pour une soirée imprégnée du divin.

«Ce ne sont pas vraiment des spectacles auxquels convient les différentes tariqas. Ce sont des moments d’invocations et de rapprochement de Dieu», souligne Faouzi Skali, président du festival. Le cheminement emprunté par la programmation de cette 11e édition mènera par la suite vers une synthèse des tables rondes, samedi à la Bouanania, avant de clôturer, le soir, le festival en apothéose.

A noter que la soirée du 27 octobre sera animée par les derviches tourneurs et les chants spirituels du Cham. Ceci pour montrer l’incroyable profondeur et richesse de la poésie soufie. Laquelle s’exprime aussi bien dans des traditions classiques que populaires, issues de l’inspiration divine, poésie ensuite chantée dans les cercles du Samaâ.

L’objectif étant de promouvoir «la présence du soufisme», l’éducation spirituelle, et le rôle des zaouïas et des confréries. «Ce sont des prédicateurs de socialisation par excellence qui éduquent à la pratique spirituelle, aux sciences positives, mais aussi à la solidarité et aux valeurs de la citoyenneté».

Elles promettent l’émergence d’une dialectique de socialisation humaine, tout en esprit d’entraide, d’émulation créatrice, et de production de l’intelligence collective. «Nul ne doute que les confréries d’antan ont constitué des leviers de ce développement qu’on peut qualifier, a posteriori, de civilisationnel global qui n’aura de cesse d’impliquer l’ossature matérielle, tout en convoquant le registre du corpus immatériel, celui, enfin, de l’éthique et du sens des valeurs», soulignent les intervenants au forum du FFCS.

Pour eux, la question qui se pose aujourd’hui réside dans les modalités de réactualisation du concept même de confréries. «Si avant, celles-ci étaient des relais naturels de transmission transgénérationnelle au sein de la société, aujourd’hui, de nouveaux espaces et des formes d’expression inédites sont à mettre au jour. D’où, par exemple, ces agoras où la prise de parole d’essence soufie, sans être atomisée ni fragilisée, va essaimer dans différents lieux de par le monde», insiste Skali.

Même son de cloche auprès du Pr Driss Fassi Fihri, qui évoque, en exemple, la quête d’Ibn Abbad Arroundi et le modèle de la spiritualité maroco-andalouse ainsi que la tariqa Chadiliya. De l’avis unanime des participants aux tables rondes de la médersa Bouanania, «cette quête de nouveaux vecteurs d’expression ne doit pas se substituer ni exclure les formes traditionnelles qui, pour leur part, doivent être refondues et revivifiées et non point mises au pilori. Au contraire, elles sont appelées, aujourd’hui plus que jamais, à renforcer leur rôle de relais de l’imprégnation et de la transmission de la parole et de l’action soufie».

En fait, la prise de conscience de la réalité de cette matrice culturelle, du lien transversal qu’elle établit de fait entre plusieurs aspects, à travers le temps et l’espace, de ces enseignements, confréries et patrimoines du Soufisme, est pour notre époque un enjeu essentiel…Cette matrice est un paradigme de civilisation.

«À ce niveau, Fès est appelée à jouer son rôle historique de creuset fédérateur et de foyer d’éclosion de synergies des réflexions qui implosent à travers le monde», conclut l’anthropologue Faouzi Skali.

 

Retrouvez dans la même rubrique

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc