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Le pacte mondial des migrations à Marrakech

Par Meriem OUDGHIRI | Edition N°:5380 Le 26/10/2018 | Partager
Il sera signé en décembre prochain
Une occasion sans précédent pour les dirigeants politiques d’élaborer une vision commune
L’expérience marocaine aux avant-postes

«Le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières est notre réussite collective et notre responsabilité collective», estime Antonio Guterres, Secrétaire Général des Nations unies. Pour lui, «près de la moitié des 260 millions de migrants dans notre monde sont des femmes et des filles, et la mise en œuvre du Pacte mondial doit répondre pleinement à leurs besoins et à leurs voix».

En juillet dernier, l’Assemblée générale des Nations unies a finalisé le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières. Les Etats membres de l’ONU se sont mis d’accord sur le texte qui doit être formellement approuvé en décembre prochain lors d’une conférence intergouvernementale à Marrakech. C’est la première fois que les États membres des Nations unies négocient un accord couvrant toutes les dimensions de la migration internationale d’une manière globale.

Ce pacte ne sera pas «un traité formel», avait déclaré à plusieurs reprises Guterres. «Il n’imposera pas des obligations contraignantes aux Etats». Par contre, a-t-il souligné, «c’est une occasion sans précédent pour les dirigeants politiques de démonter les mythes pernicieux entourant les migrants et d’élaborer une vision commune sur la manière de faire pour que les migrations se déroulent au mieux dans l’intérêt de tous».

Le texte final, qui sera signé les 10 et 11 décembre à Marrakech, rassemble une série de principes dédiés aux droits de l’Homme et des enfants, et des mesures pour soutenir les pays face aux migrations. Quelques jours auparavant, le Maroc et l’Allemagne co-présideront (du 5 au 7 décembre) à Marrakech toujours, le Forum mondial pour la migration et le développement.

En matière de gestion de l’immigration, le Maroc est aux avant-postes et son expérience est citée en exemple.  Il a été le premier pays du continent africain à signer la Convention de Genève de 1951. Globalement, il accueille quelque 7.000 réfugiés et demandeurs d’asile originaires de plus de 50 pays. 

Bien qu’il demeure un pays de transit pour les réfugiés et les migrants, il est également en train de devenir un pays de destination et s’efforce d’offrir une protection aux réfugiés, dans le cadre de sa politique nationale de l’immigration et de l’asile (PNIA), lancée en septembre 2013 à l’initiative du Souverain.

Cette vision se décline en quatre objectifs stratégiques: faciliter l’intégration des immigrés réguliers, mettre à niveau le cadre réglementaire, mettre en place un cadre institutionnel adapté et gérer les flux migratoires dans le respect des droits de l’homme.

Ainsi, une première opération de régularisation a concerné près de 24.000 personnes, dont l’écrasante majorité est constituée de subsahariens. S’en est suivie une deuxième vague avec 28.400 demandes déposées. Ces dossiers représentent 113 nationalités.

Pour cette opération, la consigne royale a été claire: accorder une durée de séjour plus longue (3 ans au lieu d’une année comme avant), avec des conditions plus souples. Parallèlement à cette action administrative, la politique suivie est la mise en place de programmes sociaux permettant aux immigrés de s’intégrer socialement et de bénéficier des services de l’éducation, de la santé, du logement et de la formation professionnelle.

Ainsi, pas moins de 7.500 enfants sont scolarisés dans le système d’enseignement public, selon les chiffres officiels. Des programmes entrepris en collaboration avec la société civile (dont le rôle est vital dans l’intégration) et des organisations internationales, sous la houlette du Conseil national des droits de l’homme.

«Le vivre ensemble est un concept extrêmement important et c’est cela qui permettra au Maroc de gagner son challenge», estime un expert. Tout un dispositif réglementaire est d’ailleurs en cours tel le projet de loi sur le droit d’asile qui permettra au pays de mettre en place un système national et un cadre législatif durable.

Histoires de réussite

En 2015, Ahmed, un jeune réfugié syrien, a ouvert un petit restaurant à Rabat, avec l’aide du HCR et de son partenaire l’Association marocaine d’appui à la promotion de la petite entreprise (AMAPPE). Actuellement, il emploie des ressortissants marocains, mais aussi des réfugiés palestiniens et syriens.
D’autres exemples de projets réussis, lancés avec l’appui du HCR et de l’AMAPPE, fleurissent aussi. Il s’agit par exemple de la toute première coopérative de réfugiés du pays, une crèche intitulée «Espoir», portée par un groupe de réfugiés yéménites. Ces projets sont nés à la suite de la mise en place de dispositions réglementaires supplémentaires permettant aux réfugiés de créer leurs propres coopératives et de disposer d’un moyen d’existence sur le long terme. Cette disposition prévoit une exonération fiscale ainsi que l’accès au microcrédit.  Autre parcours de réussite: la récompense le 16 octobre dernier de quatre réfugiés (irakiens et syriens) ayant obtenu d’excellents résultats au baccalauréat marocain pour l’année 2018. C’est une tradition,  le ministère de l’Education nationale organise une cérémonie en l’honneur d’une quinzaine des meilleurs lauréats marocains. Cette année, et pour la première fois au Maroc, le ministère a décidé d’inclure les étudiants réfugiés. L’un d’entre eux s’est démarqué en obtenant la note de 18/20 au baccalauréat national scientifique, avec mention «Très bien». Les quatre réfugiés ont par ailleurs décroché des bourses universitaires octroyées par le gouvernement allemand. Grâce à ces bourses, ils pourront entamer leurs études supérieures au Maroc pour l’année scolaire 2018-2019.

                                                                                    

Quelques données mondiales

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Selon les Nations unies, le monde compte 258 millions de migrants internationaux, c’est-à-dire des personnes installées dans un pays différent de celui où elles sont nées. Actuellement, 244 millions de personnes vivent hors du pays dans lequel elles sont nées, soit 152 millions de plus qu’en 1990.

Le nombre de réfugiés dans le monde se monte à 21 millions de personnes, selon Amnesty International, dont 50%  vivent dans 10 pays seulement sur 193.

Pour le HCR, 86% des réfugiés vivent dans des pays à faible ou moyen revenu, donc dans des conditions précaires.

La migration syrienne forcée constitue un des plus larges flux migratoires forcés de notre époque et affecte non seulement les pays voisins mais aussi l’Europe et autres pays du monde.

■ Hausse du nombre de déplacés: le nombre de déplacés de force en raison des conflits, de persécutions ou de catastrophes naturelles a augmenté de 3,1 millions entre 2016 et 2017. Il s’agit de la plus forte augmentation jamais enregistrée pour une seule année, selon le rapport annuel 2018 de l’ONU.

Mortelle traversée en Méditerranée: Depuis début 2018, 42.845 migrants sont arrivés par la Méditerranée, contre un million en 2015. En 2018, plus de 1.600 personnes ont perdu la vie ou ont disparu en tentant de rejoindre l’Europe, selon le dernier rapport du HCR, intitulé «Voyage du désespoir». Si le nombre de personnes arrivées en Europe est en diminution, le taux de décès, surtout parmi ceux qui rejoignent le continent par la Méditerranée, a considérablement augmenté.

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