Entreprises

La Snep prépare sa grande offensive sur le marché

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5380 Le 26/10/2018 | Partager
Un investissement de 130 millions de DH en 2017
Des ambitions à l’export vers l’Europe et l’Afrique de l’ouest
Safari industriel à la veille d’une bataille contre le «dumping» US
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A 45 ans, la Société nationale d’électrolyse et de pétrochimie (Snep) vit une nouvelle idylle avec Rachid Mohammadi. En effet, son nouveau directeur général pilote depuis février 2017 l’unique producteur marocain des «matières stratégiques pour notre quotidien»: soude, chlore, eau de javel, PVC... Diplômé aux USA, l’ingénieur en mécanique des fluides succède ainsi à Mohamed Regba qui a géré la Snep pendant 13 ans, de 2004 à 2017.

L’ancien top management a presque tout vécu avec cette dame «d’un certain âge et qui force le respect», estime son successeur. Du démantèlement tarifaire à la crise économique de 2008 jusqu’aux mesures antidumping contre les importations de PVC made in USA en 2013, puis européennes et mexicaines trois ans plus tard. Mais aussi la surenchère syndicale avec les grèves de la CDT et de la FDT ayant démarré au début de cet épisode. 

Le nouveau top management, Rachid Mohammadi, ne risque pas non plus de s’ennuyer. Le bouclier antidumping contre les produits US va prendre fin le 26 décembre 2018 (cf. L’Economiste n°5347 du 10 septembre 2018). Une requête de reconduction de cette mesure a été déposée au département du Commerce extérieur. Sa direction de défense commerciale instruit l’enquête.

«L’équation est simple» pour le DG Rachid Mohammadi: «Le dumping égale des mesures coercitives. Elles s’appuient sur un recours légal. La protection contre la concurrence déloyale n’est ni un cadeau ni un privilège». L’avocat bruxellois de l’entreprise, Benoît Servais, sera encore aux avant-postes pour défendre la cause de sa cliente face aux exportateurs US et importateurs marocains. «La démarche de reconduite des mesures antidumping est différente. L’ancienne requête s’est basée sur des factures. La nouvelle s’appuiera sur des données du marché», assure la Snep sans livrer plus de détails.

Soft lobbying, tractations et financement

La plaignante joue franc jeu dans cet exercice de soft lobbying. Mardi 23 octobre, des institutionnels, comme la CDG, des banquiers et des analystes financiers ont été invités au siège de l’usine à Mohammedia. Le lendemain, 24 octobre, c’est au tour des journalistes d’effectuer un «safari industriel» dans les 24 hectares du site. «Rassurez-vous. Nous n’allons pas vous faire tout le tour de propriété», plaisante le maître des lieux.

Laboratoire de contrôle qualité, postes d’énergies, système de traitement d’eau, atelier de maintenance, salles de pilotage tout y passe. Le directeur de l’usine, le très sympathique Mohammed Rifai, va à l’essentiel: «l’investissement visible» comme le nouveau four monomère d’une capacité de 140.000 tonnes. Deux nouveaux réacteurs «moins énergivores» viennent d’êtres rachetés.

L’unité électrolyse a été réaménagé pour accueillir un nouvel engin. L’espace qui lui est aménagé rappelle un cimetière avec ses pierres tombales. «L’investissement dans l’usine comporte de nouvelles unités et l’extension de l’existant», déclare celui qui, à 60 ans, a fait toute sa carrière d’ingénieur en pétrochimie à la Snep. Une partie de sa vie restera dans les murs de l’entreprise, acquiesce-t-il. 

Ce n’est pas une exception. Son collègue, Aziz Badssi, a 33 ans de service: «J’ai eu la chance de passer par tous les postes de direction. Production, recherche et développement, veille, commercial et ressources humaines enfin». Une nouvelle génération prend le relais depuis dix ans.

«Il y a eu auparavant 40 départs à la retraite par an. Il fallait embaucher, former et rendre opérationnelles nos recrues en 18 mois en moyenne. Le personnel s’est rajeuni depuis 2008. Nous sommes ainsi passés d’une moyenne d’âge de 58 à 38 ans», précise la direction des ressources humaines. Toute institution est une organisation humaine avec ses hommes et ses femmes. Ces dernières représentent 39% de l’effectif.

Le show industriel continue puisque le producteur national a achevé en 2017 un premier plan d’investissement de 130 millions de DH (voir illustration). La Snep affiche des ambitions à l’export vers le Portugal, l’Espagne, la Turquie et les pays d’Afrique de l’Ouest.

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Le nouveau four acquis par la Snep est d’une capacité de 140.000 tonnes (Ph. Snep)

«Nous ne sommes pas en train de rêver. Nous nous préparons et nous mesurons notre compétitivité pour voir si nos prix font le poids face à la concurrence», déclare la direction générale. Elle veut se donner les moyens aussi de répondre à la demande de son marché domestique. L’entreprise privatisée en 1993 assure couvrir 44% des besoins locaux en PVC et 71% en soude. «La demande en PVC devrait atteindre environ 140.000 tonnes en 2024», selon ses projections. 

L’enjeu est de satisfaire au maximum les besoins: «L’importation ne peut prendre que la part de marché que la Snep n’arrive pas à couvrir», soutient le management. D’où sa décision d’augmenter sa capacité de production. Plastima risque de grincer des dents. Cette entreprise du groupe Sekkat, qui compte notamment Maghreb Steel et Lamacom, est le challenger attitré de notre hôte. D’ailleurs, la nouvelle requête antidumping de 2018 promet bien un nouvel orage dans le secteur.

Quant aux ambitions industrielles de la Snep, elles se payent cash. Une 2e phase d’investissement est en préparation. Les négociations sont en cours avec les bailleurs de fonds. D’où la récente visite des financiers. «Que les mesures antidumping soient adoptées ou pas, cela ne va rien changer à notre plan d’investissement», insiste le top management. Ce dernier est engagé dans des pourparlers avec des financiers pour le montage de l’opération. Sur les 300 millions de DH d’investissement prévus, 30% au maximum seront en fonds propres.

«Au-delà de ce seuil, ce serait une erreur de gestion», confie le DG. Quel que soit le scénario retenu. Deux options de financement se présentent. La première est classique: une partie en fonds propres, l’autre sous forme de leasing, prêts... La deuxième option inclut aussi l’autofinancement couplé à un recours au marché de la dette privée.

La Snep a jusqu’à fin 2018 pour choisir le financement «le plus approprié et le moins coûteux». Si l’on s’en tient à ses projections, le marché connaît une évolution structurelle de 3 à 4% depuis la crise économique de 2008. Est-ce à dire qu’il y a toujours de la place pour tout le monde? Exportateurs, importateurs et producteur national.

L’optimisme et la bonne santé financière affichée par la Snep ne lui ont pas évité un redressement fiscal: 10,5 millions de DH en 2017. La filiale d’Ynna Holding garde le moral et considère ce redressement comme «une preuve de transparence» de ses comptes. C’est un préalable lorsqu’on est cotée en Bourse depuis 2007.

Après les années des vaches maigres, la Snep semble revivre une lune de miel avec les boursicoteurs. La valeur de son titre progresse de plus de 240%! «Marquant l’une des plus fortes performances annuelles de la place boursière», indique le rapport d’activité. Pourvu que ça dure.

 

 

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