Economie

Textile: Il faut sortir de sa zone de confort

Par Radia LAHLOU | Edition N°:5371 Le 15/10/2018 | Partager
La géométrie des échanges est en train de se transformer
Le Maroc pourrait bientôt être battu sur la fast fashion asiatique
3 jours d’acheminement en avion du Vietnam, ou en TGV de Chine
textile_salaire_071.jpg

L’argument des bas salaires se fait lui aussi la malle. Beaucoup de compétiteurs du Maroc offrent encore un salaire minimum qui défie toute logique et toute concurrence. En Ethiopie et à Madagascar, il est respectivement de 36 et 48 dollars. La Chine, qui préoccupait avec sa force ouvrière bon marché, a changé son fusil d’épaule. Le salaire moyen d’un ouvrier textile se situe aux alentours de 350 dollars par mois. Un salaire qui s’apprécie pour des qualifications qui montent en gamme. Et un produit de moins en moins bon marché qui ne mettra plus que quelques jours pour atteindre l’Europe…

Des chiffres au vert pour l’industrie, mais aussi des points de vigilance. Le diagnostic de Jean-François Limantour quant au comportement du textile marocain sur les marchés européens est à prendre avec beaucoup de sérieux. Cet expert décortique depuis des années les secteurs et tendances dans le monde. Et cette fois-ci, son alerte sonne plus vraie que jamais: Attention aux situations acquises, elles ne le sont jamais!

C’est vrai qu’à la vision de certaines performances, il y a de quoi se gausser, mais il ne faut pas baisser la garde. C’est effectivement une belle place à l’international que l’industrie marocaine a réussi à se tailler. Sur les 12 géants qui fournissent l’Union européenne, le Maroc figure en 8e position (en progression de 10% en 2016 et 4% en 2017 soit la 2e et la 3e meilleure performance sur le marché de l’UE) derrière la Chine, le Bangladesh, la Turquie, l’Inde ou encore le Pakistan. Belle percée également dans le bassin méditerranéen, où le pays occupe la 2e place après la Turquie.

En matière d’importations européennes du Maroc, le pays est hyper dominant sur les marchés espagnol (60%) et français (21%), mais avec une part modeste sur les marchés allemand et britannique. «A titre d’exemple, le marché allemand est 4 fois plus grand que celui de la France. Les opportunités y sont  gigantesques», relève Limantour. L’avenir est dans la diversification des marchés et la quête de plus de valeur ajoutée.

L’analyse par produit fait d’ailleurs ressortir les efforts à déployer dans certains créneaux. Si le Maroc est le 2e exportateur de manteaux sur l’UE, il dispose d’un potentiel non négligeable sur d’autres produits comme les pulls (9e), la lingerie (9e) les vestes pour hommes (9e) ou les pantalons (7e).

Plus d’agressivité commerciale sur les marchés, diversité de l’offre en y incrémentant plus d’innovation pour se positionner davantage dans les créneaux des grandes marques. Ce sont des clefs pour améliorer la performance de l’industrie textile marocaine. L’exemple cité par Limantour du jean tunisien vendu à plus de 17 euros pour les marques italiennes au moment où le jean marocain l’est à 11,80 euros devrait donner à réfléchir. Néanmoins, nuance-t-il, le prix moyen était de moins de 10 euros en 2015. L’effort est bien là, mais il devrait être accentué.

exportation_textile_071.jpg

Ce n’est pas une boutade, en tout cas pas pour Limantour, lorsqu’il parle de mieux faire. Le Maroc gagnerait en performance en explorant d’autres marchés que l’Espagne ou la France où il est déjà bien présent. L’Allemagne est un marché qui représente, à lui seul, 4 fois la taille du marché français. Idem sinon plus pour la Grande-Bretagne… C’est à quoi s’activent les industriels regroupés au sein de l’Amith

Et l’heure n’est plus aux atermoiements. En Europe, la tendance à l’habillement est très fortement corrélée à la croissance. La part de l’habillement dans la consommation des ménages est en forte baisse sur les 10 dernières années au profit des loisirs, des dépenses de santé ou encore des produits technologiques. En 1960, le budget moyen dévolu à l’habillement avoisinait les 12%, aujourd’hui, il n’est plus que de 2,4%...

Le textile marocain, qui tire sa force de la fast fashion, doit  désormais rivaliser d’imagination pour répondre aux impératifs de mode. «Il ne faut pas dormir sur ses lauriers, la géométrie des échanges est en train de changer», avertit Limantour. Si le Maroc performe en matière de fast fashion grâce à sa proximité avec l’Europe, c’est un avantage compétitif qui risque de s’éroder très rapidement.

L’expert qui travaille avec les marchés asiatiques pour insuffler une nouvelle dynamique à leurs importations parle de menaces. L’Asie fait des efforts considérables pour se positionner sur la fast fashion et pourrait arriver sur le marché encore plus rapidement.

A Hô Chi Minh, au Vietnam, des négociations sont en cours pour reconfigurer le fret aérien afin d’acheminer les grandes séries en 3 jours par avion au lieu d’un mois par bateau. «C’est d’ailleurs déjà le cas avec des pièces légères», indique l’expert. Idem du côté de la Chine qui construit des lignes ferroviaires à très grande vitesse (route de la soie), pour assurer des acheminements à une semaine.

La révolution de l’industrie 4.0 est déjà en œuvre. «Des investisseurs chinois viennent de lancer une usine aux Etats-Unis qui fabrique des t-shirts, sans aucun élément humain…», glisse Limantour. A méditer…

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc