Société

Un maître cireur réinvente le métier

Par Amin RBOUB | Edition N°:5361 Le 01/10/2018 | Partager
Le projet original d’un jeune diplômé
PDG, hommes d’affaires, hauts cadres, golfeurs... le coeur de cible
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Le concept consiste à réinventer le métier et rompre avec les préjugés. A terme, l’idée et de monter un centre de formation pour cireurs de rues (Ph. F. Al Nasser)

«Il n’y a pas de sot métier...», dirait l’adage. Même les cireurs de chaussures réinventent leur métier. Un nouveau concept VIP de cirage, brossage et lustrage de chaussures vient de voir le jour à Casablanca. Derrière cette trouvaille, un jeune auto-entrepreneur de 27 ans, Nabil Aarab.

Ce cireur atypique a un parcours des plus étonnants. Il est diplômé d’un DUT en techniques de management, spécialité fiscalité, comptabilité et finances (Université d’Oujda). Il a aussi décroché un master en management de projets et plateformes offshoring à l’université de Kénitra.

Le jeune Aarab a aussi à son actif des stages de formation et d’accompagnement avec Injaz Al Maghrib (programme Smart Start) ainsi que des incubateurs de renom et des fondations à l’instar de Valyans. Il est de surcroît lauréat de plusieurs prix pour ses idées originales de projets d’auto-entrepreneur.  Depuis, l’on s’amuse à l’appeler «chasseur de prix», dans le microcosme des porteurs de projets, tellement il en reçoit. 

«Lorsque j’ai annoncé  à mes parents que je comptais devenir cireur de chaussures, c’était la honte et la désillusion. J’avoue que c’est difficile de les convaincre après tant d’années d’études», confie le jeune auto-entrepreneur d’un air très affable.

Nostalgique, il tient à préciser: «Depuis tout enfant, j’aimais l’odeur du cirage. Une fois étudiant, j’ai commencé à cirer les chaussures de mes colocataires qui passaient leur thèse. Depuis, j’ai fait mûrir le concept via des études, des capsules  de formation sur Internet, Youtube, des échanges avec des cireurs professionnels en France...».

Sur rendez-vous, il arrive illico à bord d’un scooter rouge vif avec sa mallette en cuir et son coffre de cirage couleur chocolat, avec tiroir. «Dès que je peux, je lui présente mes clients pour un service personnalisé. Ma clientèle, qui est très exigeante sur la qualité, est toujours satisfaite du rendu de Nabil», témoigne Federico Banzola, couturier sur mesure de la jet-set de Casablanca et Marrakech, dont le magasin a pignon sur rue au quartier des affaires à Casablanca.

«Je fais souvent appel à lui pour une clientèle VIP et des golfeurs qui s’offrent des chaussures personnalisées, hand made et sur mesure. Ils sont toujours agréablement surpris par le rendu du jeune maître cireur. Le feed-back est très positif», confirme Jean-Michel Davanzo, patron de la maison Vincini Bottier, spécialiste de chaussures hommes sur mesure avec personnalisation à la carte (30 ans de métier à Paris et au Maroc).

Les ateliers Vincini sont basés à Gueliz (en plein coeur de Marrakech). «Certes, je n’ai pas beaucoup de clients, mais ma clientèle est composée essentiellement de PDG, d’hommes et femmes d’affaires, de hauts cadres très exigeants», tient à préciser l’artisan cireur.

Sa clientèle, Aarab la croise dans des magasins de haute couture, des hôtels prestigieux, voire des franchises de prêt-à-porter haut de gamme. Il va aussi à la rencontre d’hommes d’affaires dans des événements, des soirées, mariages, ventes privées, cocktails, lancements de produits... «Des fois il m’arrive d’avoir une grosse commande d’une trentaine de chaussures d’un seul client», souligne le jeune, sourire en coin. Mieux, l’artisan fait aussi de l’enlèvement et livraison à domicile, les mercredis et samedis. Il propose aussi le cirage à domicile pour une clientèle discrète et aisée.

Très méticuleux, Nabil Aarab commence par arborer son tablier en cuir marron, met ses gants blancs pour se protéger des champignons et autres parasites.  «Le cirage, c’est un travail d’orfèvre», glisse-t-il, en mettant ses gants. Tout commence par un coup de brosse pour enlever la poussière et les impuretés des anciennes couches de cirage. S’ensuivent des applications de lait pour revenir à la couleur initiale. Juste après, intervient l’application de la cire d’abeille avec des bas de laine et du coton pour donner plus d’effets.

«On n’applique jamais la cire directement», tient à préciser le maître cireur. Mais il y a d’autres techniques plus sophistiquées telles que le glaçage pour donner l’effet miroir, la cristalisation de l’eau... ou encore ce qu’on appelle dans le jargon «le patinage».

Une technique pour changer la couleur du plus clair vers le plus foncé, du marron vers le noir... Côté prix, le cirage premium  (crémage, hydratation, recoloration, désinfectant, entretien de la semelle...) démarre à 80 DH. Le prix peut monter jusqu’à 100 DH pour le daim (dépoussiérage, nettoyage et gomme), voire 250 DH pour un traitement spécial.

Mine de rien, «le cirage prend jusqu’à 2 heures de travail par paire», fait valoir le jeune Aarab.  Dans sa malette, il y a différentes variétés de cires et de coloris, spray, crèmes, lait nettoyant, brosses de différentes tailles, tissus, bas mousse, pate de cirage, anti-bactériale... Toute la cire d’abeille est originale made in France (notamment Famaco et Saphir, leader mondial). Mieux encore, tous les produits sont signés et certifiés «Vincini».

Tout l’enjeu de cette micro-structure (de cirage) de 5 personnes consiste à rompre avec les clichés et les stéréotypes tout en apportant une réelle valeur ajoutée. A terme, l’idée consiste à monter un centre de formation par apprentissage au profit des cireurs de rue, pour valoriser le métier, casser les stéréotypes, monter en compétences et faire jouer des synergies via un réseau d’artisans rodés.

Chaussures ou mocassins en cuir, en daim ou encore vernies, bottes, bottines... Tout y passe. En quelques minutes seulement, les maîtres cireurs font revivre les souliers d’une clientèle très pressée et exigeante. Mieux encore, les jeunes artisans de Cireurs.ma prodiguent des conseils et donnent leurs avis à la clientèle pour «sublimer le cuir» via la rénovation et l’entretien tout au long de la durée de vie des souliers.

Parmi les conseils, sécher le cuir et en absorber l’humidité, réduire les plis et préserver la forme originelle. Pour ces spécialistes du cirage, une bonne paire en cuir ne doit pas être portée deux jours d’affilée. Car la chaussure a besoin de respirer pour que le cuir reste tendre.

Plus encore, il est recommandé d’acheter des paires avec une demi-pointure en plus pour que le format reste intact. Pour un meilleur entretien, il faut cirer ses «pompes» au moins une fois tous les 15 jours. Autre détail, autre recommandation: la crème doit être à base de cire d’abeille. Mais attention, les applications à éponge et les tubes liquides sont à proscrire!

Votre chaussure a du caractère!

Pour Nabil Aarab, une bonne paire de chaussures coûte cher et mérite de durer plus longtemps dans un parfait état. Et c’est un plaisir pour les yeux!  D’ailleurs, l’accroche de Cireur.ma le résume bien: «Nous prenons soin de vos chaussures».  L’artisan va plus loin dans son argumentaire, la chaussure renseigne sur la personnalité, le caractère, voire le statut social de celui ou celle qui la porte. D’aucuns diraient que vos chaussures sont une projection de vos traits de caractère et de vos goûts et idées.

 

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