Economie

Risque incendie: De bonnes pratiques s’installent malgré des combines

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5355 Le 21/09/2018 | Partager
Imanor institue la certification du matériel et des installateurs
Beaucoup de centres commerciaux ignorent les normes
Le marché du conseil est en ébullition: 700 millions de DH par an

Quand vous achetez des équipements de sécurité-incendie, vous achetez surtout les services c’est-à-dire l’installation, la maintenance et l’entretien afin que le matériel soit opérationnel en cas de sinistre. Aujourd’hui, l’un des enjeux est de généraliser la certification de tous les services et des compétences.

En attendant, le marché se contente d’une solution «historique», un agrément délivré par les compagnies d’assurances aux fournisseurs et installateurs de matériels de lutte contre l’incendie.

La légitimité des assureurs est fondée sur le fait qu’en couvrant le risque, ils sont les mieux indiqués pour apporter cette caution. Depuis 20 ans, ce «certificat» sert de repère aux donneurs d’ordre: promoteurs immobiliers, industriels, etc. Mais sur le marché, il se dit que certains agréments ne seraient pas toujours mérités.

«Si par hasard un incendie se déclare dans une galerie commerciale au moment où vous y faisiez votre shopping, il ne vous reste qu’à prier», lance un consultant en prévention risque incendie. «Notre réglementation en la matière est un mauvais copier coller de règles françaises ; Nous avons les textes, mais pas les moyens, ni les structures pour leur mise en œuvre», accuse-t-il.

Le respect des normes de sécurité incendie serait à la merci de petits accommodements et d’arrangements de ceux qui sont censés les faire respecter. Le permis d’exploitation d’un centre commercial par exemple, est soumis à des standards très sévères.

Or, très peu observeraient les exigences sur les issues de dégagement, les promoteurs «s’arrangeant» pour maximiser l’espace commercialisable. Des experts d’assurance dont le rôle est d’évaluer le niveau du risque pour le compte des compagnies d’assurance, ne seraient pas non plus exempts de tout reproche. Certains produisent des rapports biaisés afin de réduire la prime de l’entreprise cliente.

Comme cela se fait encore dans le secteur immobilier où des plans bidon se monnaient sur le marché, l’ingénierie en prévention de risque n’échappe pas aussi à ce phénomène. Les attestations de complaisance existent, assure un professionnel, mais tempère-t-il, «il ne faut pas généraliser».

Mais le marché est en train de se structurer progressivement. Un assainissement se dessine peut-être dans un secteur où le système «D» règne en maître. Mais tout dépendra de la pression qu’exerceront les référentiels émis par l’Institut marocain de normalisation (Imanor) sur toute la chaîne, de l’équipementier aux installateurs de matériel. Le normalisateur a commencé par les extincteurs, premier étage visible de la fusée de la sécurité incendie.

La norme (publiée au B.O depuis août dernier) décrivant les caractéristiques techniques de la bouteille, du tuyau et du robinet des extincteurs est en vigueur. Pour l’instant, trois entreprises, filiales des multinationales- importateurs distributeurs- ont reçu la certification par une démarche volontaire. Le processus est ouvert, insiste le management de l’Imanor.

Les extincteurs certifiés portent désormais la mention «NM » ou Norme Marocaine. C’est un minimum à exiger de son équipementier car cette certification équivaut à un gage de respect des exigences. Il devrait permettre aux donneurs d’ordre de mieux penser la sélection des prestataires et ne plus se focaliser seulement sur le moins disant comme c’est encore souvent le cas aujourd’hui.

La même démarche sera progressivement étendue à toutes les familles d’équipements. Outre le matériel, la certification des compétences sera obligatoire pour les installateurs. Une première cuvée composée de 70 installateurs a été qualifiée en avril dernier.

Il s’agit de s’assurer que le demi millier de TPE et de PME opérant sur le marché des installations et du conseil en risque incendie disposent de compétences avérées pour dimensionner les équipements et élaborer des plans dans les immeubles commerciaux, professionnels ou à usage d’habitation. En raison de risques et des enjeux (sécurité des populations), les standards relatifs au matériel comme aux compétences sont d’une extrême sévérité en Europe.

Le normalisateur marocain a fait le choix de transposer les normes françaises dans son corpus avec des adaptations au contexte local.  Avec l’espoir que les grands donneurs d’ordre diffuseront les bonnes pratiques dans l’environnement. Les professionnels espèrent surtout que l’Etat et ses démembrements donneront l’exemple en en finissant avec le dogme du moins disant dans les appels d’offres. Et en rendant obligatoires les normes pour tous ses chantiers.

                                                                     

Une forte croissance depuis 4-5 ans

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Ali Outalmoddante, directeur général de BET Afrique Prévention Sécurité Incendie (Ph. privée)

Les entreprises les plus en avance dans la démarche d’optimisation du risque incendie sont surtout les grandes sociétés industrielles, les filiales des multinationales, les chaînes hôtelières et les grands établissements de santé, les hôpitaux publics et les nouvelles générations des cliniques privées.

Les risques sont tellement colossaux qu’ils ne peuvent pas se permettre le moindre écart vis-à-vis de normes internationales, assure Ali Outalmoddante, directeur général de BET Afrique Prévention Sécurité Incendie. Depuis 4 à 5 ans, l’activité de conseil en prévention des risques est en forte croissance.

Ce qui contraste avec la baisse de régime du secteur immobilier. La demande est entretenue par la maintenance et le suivi du parc du matériel installé, mais également par l’investissement étranger. Le marché des services adossés à la sécurité incendie est évalué  à 700 millions de DH par an.

Au fil des ans, l’activité se professionnalise et se structure autour d’une centaine de TPE et PME. Beaucoup de jeunes ingénieurs formés en Europe revenus au Maroc ces dernières années se sont positionnés sur ce créneau.

 

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