Economie

Dix fois plus de grèves évitées

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5354 Le 20/09/2018 | Partager
Au total, 910 conflits collectifs n'ont pas dégénéré en débrayage
La loi sur la grève se fait toujours attendre
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Le nombre de grèves et de journées de travail perdues a baissé l'année dernière.  2016 reste l'année record en termes de journées de travail perdues: 497.484,5! Ce chiffre représente plus de 3 fois les pertes enregistrées en 2010!

En attendant la reprise du dialogue social, le gouvernement pourrait presque se réjouir de la baisse de la conflictualité en entreprise. Au premier semestre, les grèves déclenchées ont baissé: 84 débrayages contre 90 conflits dans 74 établissements l'année dernière, selon les statistiques du ministère du Travail et de l'Insertion professionnelle.

Sans les 910 grèves évitées sous l'effet de la médiation exercée notamment par les inspecteurs du travail, la situation aurait pu être alarmante!

Le recul des conflits s'est traduit aussi par une baisse de 38,73% des journées de travail perdues (78.456 jours). Une bonne chose sauf que cela n'est pas sans impact. D'abord en termes de valeur ajoutée perdue, de chiffre d'affaires et de respect des délais de livraison des commandes pour l'entreprise.

Ensuite, ces grèves se traduisent aussi par des pertes financières pour les salariés puisqu'ils ne sont pas payés durant ces journées. En France par exemple, une compensation est généralement accordée par les syndicats qui puisent dans les cotisations versées par leurs adhérents. Mais au Maroc, les organisations syndicales ne sont pas dans cette logique. Le montant annuel généré par les cotisations relève du secret défense.

Seule, la subvention accordée par l'Etat est connue: 3 millions de DH par an répartis entre les syndicats les plus représentatifs selon le nombre de sièges des délégués des salariés élus dans les secteurs public et privé. Cette subvention serait néanmoins réservée à la couverture des frais de formation et de stage.

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Le secteur des services est le plus touché par les conflits collectifs du travail. Il est suivi par l’industrie et l’agriculture. Les BTP comptent une grève sur dix

Les statistiques du ministère du Travail livrent aussi les raisons à l'origine des conflits: 26,11%  ont été déclenchés suite au retard ou du non-paiement des salaires, 13,33% pour «atteinte«» à la protection sociale et 11,11% pour non-respect de la durée de travail et des avantages sociaux.

Le retard de paiement des salaires ou leur non-paiement est une raison récurrente du déclenchement des conflits. Cela est probablement à mettre sur le compte des problèmes liés aux délais de paiement et leur impact sur la trésorerie des entreprises en particulier les petites structures et les PME.

Durant ce premier semestre, les grandes entreprises tout autant que les petites ont été touchées mais dans des proportions plus importantes pour les secondes. Ainsi le quart des grèves est enregistré dans les entreprises qui comptent entre 26 et 50 salariés, 21,43% dans celles qui emploient entre 51 et 100 salariés et 20,24% dans celles qui comptent entre 101 et 250 salariés.

La baisse des grèves et des journées de travail perdues s'est néanmoins accompagnée d'une hausse du taux de participation de 85,40%. Ces conflits étaient concentrés dans les régions du Grand Casablanca-Settat, (21,43%)  Rabat-Salé-Kénitra et Souss Massa avec chacune 15,48 %. La région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma a enregistré 11,90% de grèves!

Un vieux serpent de mer

Déposé au Parlement depuis fin 2016 mais dont on parle depuis 25 ans, le projet de loi organique sur la grève n'a pas connu d'avancées. Ce projet de texte, qui comprend 49 articles, encadre l'exercice de la grève. L’article 7 en fixe les modalités. Le recours à la grève ne peut se faire qu’après l’expiration d’un délai de 30 jours après la remise du cahier revendicatif à l’employeur. Les représentants syndicaux et l’employeur doivent mener des négociations pour trouver des réponses aux revendications. Les deux parties ont la possibilité de recourir à un médiateur pour faciliter leur tâche. En cas d’échec des négociations, les parties doivent mener différentes tentatives de réconciliation. Si elles n’aboutissent pas, la partie appelant à la grève devra l’appliquer dans le respect de certaines conditions: préavis, assemblée générale, vote secret…etc. 

 

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