Economie

Examen multidimensionnel du Maroc: L’OCDE livre ses recommandations

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5272 Le 15/05/2018 | Partager
Pour renforcer sa compétitivité, le Maroc devrait soutenir l’innovation
Développer la logistique et le transport intérieur

Pour faire rentrer le pays dans une nouvelle étape de son développement qui lui permette de rattraper les pays émergents et de conjuguer croissance et inclusivité, le Maroc aura besoin de maintenir un programme de réformes ambitieux.

C’est le message clé du second volume de l’Examen multidimensionnel du Maroc, réalisé par le Centre de développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en étroite collaboration avec les services du Chef du gouvernement du Maroc.

Elle analyse les principales contraintes et formule plusieurs recommandations autour de quatre sujets clés pour le développement du pays: la compétitivité du secteur industriel, l’accroissement du niveau de formation, l’adéquation formation/emploi et la mise en cohérence des politiques publiques. Voici ce que préconise l’étude de l’OCDE de 216 pages:

■ La recette pour une offre industrielle plus compétitive

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Le développement d’industries compétitives à l’international permettrait l’émergence de nouveaux secteurs avec un fort potentiel de croissance, à l’instar des succès des métiers mondiaux (aéronautique, automobile, agroalimentaire, textile, électronique et offshoring)

L’économie marocaine est dynamique et internationalisée, mais caractérisée par une stagnation de sa structure sur une longue période. Pour atteindre le produit intérieur brut (PIB) par habitant moyen des pays OCDE en 2050, le Maroc devrait maintenir une croissance supérieure à 7% par an. Une telle performance nécessite la recherche de nouvelles sources de croissance durable. Dans ce contexte, le Maroc repense son approche industrielle. Des écosystèmes industriels sont mis en place et la politique de l’offre prend le pas sur la politique axée sur la demande mise en oeuvre jusqu’alors. Des résultats sont attendus en matière de création d’emplois et d’augmentation du contenu en valeur ajoutée locale dans les exportations. Toutefois, malgré cette nouvelle approche, des contraintes à l’émergence de secteurs ayant un potentiel d’offre exportable et des effets d’entraînement sur l’offre nationale persistent, freinant le Maroc dans sa démarche de diversification et de montée en gamme. Ainsi, pour renforcer sa compétitivité, le pays devrait soutenir l’innovation, renforcer la logistique et le transport intérieur et tirer davantage profit de la dynamique de normalisation.

                                                                           

■ Logistique: Le maillon faible

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Pour la partie interne de la chaîne de valeur logistique (caractérisée par les piliers infrastructures, qualité de la logistique et compétences de l’indice de performance logistique), le Maroc est moins bien classé que d’autres pays

La stratégie de développement de la logistique devrait être mieux articulée à la politique de transport pour renforcer la compétitivité de l’économie. Cela peut passer notamment par le renforcement de la coordination et la coopération entre les différentes parties prenantes. Il est question d’améliorer le pilotage de la politique logistique et de transport intérieur grâce à plus d’informations et de données. Pour ce faire, le Maroc devrait définir une série de statistiques nécessaires à la prise de décision et les collecter par l’Observatoire de la compétitivité logistique, en étroite collaboration avec les acteurs déjà présents. L’autre priorité est liée à l’amélioration de la qualité de l’offre de transport routier.
Le Maroc devrait tout d’abord mener une étude détaillée sur l’impact de la libéralisation par rapport à ses objectifs initiaux. Afin de réduire l’informalité et faciliter l’émergence d’acteurs locaux solides, il devrait revoir les conditions d’entrée sur le marché formel pour les transporteurs de marchandises et, plus largement, mener un programme spécifique de formalisation du transport routier (avec des campagnes de renforcement des capacités, d’informations, etc.). Le pays doit aider les acteurs à mettre en place une meilleure organisation en améliorant la qualité et la couverture des TIC, et en favorisant leur utilisation par les entreprises.
Le Royaume devrait également poursuivre les efforts de renforcement des capacités des entreprises à maîtriser leurs structures de coûts.
Enfin, pour lutter contre la vétusté du parc automobile de transport de marchandises, le Maroc pourrait envisager la révision des critères de qualification au programme de renouvellement du parc et le type d’incitations.

                                                                           

■ Un écosystème de l’innovation

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Le Maroc pourrait tirer davantage profit de l’innovation. Les exportations de haute et moyenne technologie progressent, surtout depuis 2009. Toutefois, le niveau de sophistication des exportations reste relativement bas pour le développement du pays. En effet, les montants investis en R&D s’élèvent à 0,79% du PIB depuis 2010, soit moins que de nombreux pays de comparaison

Le Maroc pourrait également mettre en place une gouvernance public-privé pour superviser la mise en œuvre de la politique d’innovation. Ce qui contribuerait à la création d’un véritable écosystème qui y soit dédié.
Le pays devrait envisager de mettre en place un cadre fiscal plus attractif et favorable au développement de la recherche et de renforcer les incitations fiscales pour développer l’innovation en veillant à respecter les standards minimum du projet de base d’imposition et transfert de bénéfices (BEPS) de l’OCDE et du Groupe des vingt (G20). Pour cela, il s’agirait de réaliser une étude coût-bénéfice de la mise en place de mesures telles que les crédits d’impôt recherche, notamment dans le cadre plus large de la charge fiscale qui pèse sur l’investissement pour les entreprises opérant au Maroc. Et en prenant en compte les objectifs de la stratégie d’innovation, l’environnement économique et le climat des investissements. De même, le Maroc devrait veiller à ce que les incitations fiscales ne créent pas de distorsions entre les entreprises marocaines et étrangères, et incitent au développement de l’innovation et de la recherche et développement (R&D). Par ailleurs, il s’agirait de favoriser le développement et l’utilisation de circuits de financement de l’innovation (fonds dédiés à l’innovation, capital-amorcage, etc.). Enfin, des liens plus forts entre universités et secteur privé seraient bénéfiques.

                                                                           

■ Système éducatif: Doit-on désespérer?

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(Ph. Jarfi)

Le niveau de formation est faible au Maroc par rapport à des pays de niveau de développement similaire. A l’exception du cycle primaire, l’accès à l’éducation obligatoire peine à se généraliser: les taux de participation dans le secondaire restent bas et les taux de redoublement et de décrochage sont élevés. Les ressources financières investies dans le secteur de l’éducation ne sont soutenues que depuis le début de la décennie et leur efficacité sur le niveau de formation s’avère limitée. La politique des ressources humaines présente des défaillances en termes de planification des besoins en enseignants et de leur bonne  répartition sur le territoire national, ainsi qu’en termes de formation initiale et continue. De plus, l’évaluation des professionnels de l’enseignement n’est pas suffisamment basée sur les performances. Enfin, si les temps d’instruction obligatoires des élèves sont élevés, ils sont diminués par l’absentéisme des enseignants.
Agir sur les ressources financières et humaines, sur les intrants du système et sur le mode de gouvernance du système éducatif devrait permettre de relever le niveau de formation. Il serait utile pour le Maroc d’optimiser la gestion des ressources humaines du département de l’Education nationale en améliorent sa planification pluriannuelle et en mettant en place un système d’information intègre et cohérent. Tout en veillant au respect de la charge horaire réglementaire des enseignants, en reformant la politique d’affectation géographique et en développant des systèmes d’évaluation basés sur les compétences.
Les efforts actuels en termes d’infrastructures et de programmes d’appui existants devraient être poursuivis. Le renforcement du système de formation initiale et continue des enseignants, l’adaptation des temps d’instruction aux besoins du marché du travail et le soutien à une gouvernance multi-niveaux dans la gestion du système éducatif sont également encouragés pour relever le niveau de formation dans le pays.

                                                                           

■ Formation/emploi: Un gisement mal exploité

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(Ph. L’Economiste)

L’inadéquation entre le stock de compétences et la demande d’emploi est forte au Maroc. Le stock de capital humain disponible dans l’économie marocaine est faible et sous utilisé, comme en témoignent les faibles taux d’activité, notamment pour les femmes, et les niveaux de chômage élevés. L’offre de formation universitaire, mais également technique et professionnelle, ne répond pas suffisamment aux besoins du marché du travail. De plus, le contenu des programmes pédagogiques révèle un décalage par rapport aux exigences du marché du travail. L’apprentissage tout au long de la vie n’est pas suffisamment développé pour remédier aux dysfonctionnements de la formation initiale. Enfin, les besoins du marché du travail sont mal anticipés, ce qui accentue l’inadéquation formation-emploi et pénalise les mécanismes d’intermédiation. Résoudre l’inadéquation entre l’offre de formation et la demande d’emploi permettra de dynamiser le marché de l’emploi au Maroc. Pour ce faire, l’offre de formation universitaire et technique devrait être plus proche des besoins du marché du travail. La création de licences professionnelles et de masters spécialisés à l’université et le développement de la formation en milieu professionnel dans l’enseignement technique sont encouragés. De plus, l’adéquation qualitative des programmes pédagogiques avec les besoins en compétences doit être renforcée en mettant l’accent sur l’apprentissage des savoirs comportementaux et des langues étrangères, ainsi que sur l’expérience des formateurs. En parallèle, l’apprentissage tout au long de la vie, notamment pour les salariés, devrait se développer. La mise en place d’un système d’information global et le développement de mécanismes capables d’anticiper les besoins du marché du travail apparaissent nécessaires. Enfin, les réformes relatives aux politiques actives de l’emploi devraient être poursuivies et pourraient également soutenir la participation des femmes sur le marché du travail.

Comment lire le rapport

Le premier volume de l’Examen multidimensionnel du Maroc (cf. notre édition N° 5063 du 12/07/2017) a établi un diagnostic de la dynamique de développement du Maroc et a identifié les principales contraintes. Ce deuxième volume se concentre sur plusieurs domaines et propose, à partir d’une analyse des contraintes, plusieurs recommandations. L’étude a été présentée, lundi 14 mai à Rabat, en présence de ses principaux auteurs, à savoir Mario Pezzini, directeur du Centre de développement de l’OCDE et conseiller spécial du Secrétaire général de l’Organisation, en charge des questions de développement, ainsi que Jan Rielaender, chef de l’Unité des examens multidimensionnels (Centre de développement de l’OCDE).

 

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