Tribune

Ce que devrait être le cahier des charges de l’Amdie

Par Youssef SAYARH | Edition N°:5271 Le 14/05/2018 | Partager

Youssef Sayarh a été directeur du Project Management Office du groupe OCP et a contribué à la réalisation des unités industrielles du groupe dont les joint-ventures avec ses partenaires étrangers. A son arrivée, le président Mostafa Terrab le chargea du déploiement du concept d’écosystème. Depuis juillet 2009, Youssef Sayarh est managing partner du cabinet Central Management Group. Il conseille les entreprises notamment dans l’amélioration de leurs performances globales et dans l’implantation et l’expansion de leurs investissements au Maroc (Ph. YS)  

L’économie marocaine est sur la bonne voie avec ses différents plans de développement sectoriels, bien qu’il faille les mettre en cohérence. Le Plan d’accélération industrielle est quasiment mature, sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi et l’implication du gouvernement. Il a permis au Maroc de distancer de nombreux pays qui, eux aussi, déroulent le tapis rouge aux investisseurs internationaux.

Mais il faut encore plus de travail afin de consolider nos acquis et tirer pleinement profit de ces programmes. C’est ainsi qu’il faut établir et publier des bilans complets de ces plans avec leurs effets et impacts, et mettre en place les actions correctives qui s’imposent.

Un focus particulier sur 3 points transversaux

En vue de développer le tissu industriel marocain, un premier point de vigilance réside dans l’implication systématique et préparée des industriels locaux dans les projets étrangers qui s’installent dans le pays.

L’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (Amdie) ne doit pas se limiter à distribuer les incentives, mais doit négocier des contreparties avec les investisseurs. Ce processus a été lancé depuis quelques années, il s’agit dorénavant de l’intensifier et de mieux cibler les transferts d’expertise. Et là, s’impose l’idée de connecter les industriels marocains avec ces multinationales pour grandir ensemble.

Un répertoire des investisseurs capables et désireux de s’associer avec des investisseurs étrangers pourrait être mis en place dans les règles de l’art. N’y figureraient que les entreprises présentant des capacités financières ou industrielles suffisantes.

Celles qui ne remplissent pas ces conditions, mais qui présentent un intérêt particulier pour le partenariat avec des investisseurs étrangers (know-how, innovation, …), y compris les petits industriels et les contrefacteurs, pourraient être aidées par l’Amdie et autres entités concernées pour se mettre à niveau. L’exemple concret dans ce cadre est celui d’un investisseur étranger qui s’installe au Maroc et bénéficie d’une panoplie de subventions.

Cet industriel importe sa matière première d’ailleurs alors qu’elle est fabriquée localement. Et il le fait non parce que ça lui coûte moins cher ou que c’est de meilleure qualité, mais pour des raisons «personnelles». L’Amdie devrait donc dénicher ces entreprises et les ramener à la raison. Dans l’intérêt de tous.

L’Amdie doit veiller à l’emploi et, autant que faire se peut, à ce que les investisseurs privilégient, à qualité égale, la compétence locale lorsqu’elle existe. Il ne s’agit pas non plus d’imposer sans discernement la préférence nationale aux investisseurs car cela serait contreproductif. 

La législation marocaine pose déjà le principe de la préférence nationale pour l’accès à l’emploi. Les outils juridiques existent, il faut juste les appliquer intelligemment. Les investisseurs étrangers peuvent former des résidents à leur métier pendant la durée de construction de leur usine et bénéficier de la subvention formation offerte par le pays.

L’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations doit aussi étudier l’impact global de l’investissement (bilan devises, environnement, transfert de technologie, innovation, …). Elle doit alors suivre les réalisations des investisseurs et évaluer avec chacun d’eux le bilan des facilités et subventions accordées versus investissements concrétisés et impacts sur l’économie. Cela fait partie de la bonne gouvernance de l’agence.

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PAI et régionalisation

Comme le Maroc a plus de soleil que de vent, l’Amdie devrait promouvoir les régions marocaines appropriées pour implanter 2 ou 3 usines de fabrication de panneaux solaires. Les importer c’est bien, les fabriquer localement, c’est mieux.

On gagnera alors des années en indépendance énergétique en emplois pérennes et en économie de devises. Ces usines ne sont pas faciles à réaliser et les propriétaires de licence étrangers en la matière sont exigeants, mais le premier pays de la région qui les implantera sur son sol prendra une grande longueur d’avance sur ses voisins.

Ces différents aspects (croissance des industries locales, retour sur subvention et attrait d’industries de niche) ne sont pas les seuls à développer par l’Amdie, il y en a beaucoup d’autres. Pour conclure, on peut rappeler que l’investissement dans l’industrie impacte tout le périmètre d’action et d’influence du pays.

Gestion des terrains industriels

L’Etat marocain attire les investissements étrangers à coup d’aides et de subventions, ce qui contribue largement à la création de richesses pour les deux parties.
De la même manière, l’Etat doit favoriser l’essor de l’économie marocaine en accordant aux nationaux au moins les mêmes avantages offerts aux étrangers. Pour cela, toutes les incitations à l’investissement doivent être regroupées chez l’Amdie, y compris la location des terrains industriels. On gagnera en efficacité de cette agence et on éliminera la mauvaise gestion de ces terrains par les communes. Celles-ci s’occuperont alors mieux de leurs missions socio économiques.

 

 

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