Economie

Enseignement: «La crise d’apprentissage n’est pas une fatalité»

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5271 Le 14/05/2018 | Partager
Miser sur les outils pédagogiques et l’implication des enseignants pour inverser la tendance
La formation continue au sein des écoles pourrait être décisive
L’abandon scolaire continue de plomber les efforts de généralisation
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En charge du pôle éducation à la Banque mondiale, Jaime Saaverda avait réussi auparavant à placer son pays sur le chemin du progrès dans le secteur éducatif. Au moment de sa nomination, le Pérou souffrait de difficultés dans ce domaine, avec un faible score TIMSS. Entre 2009 et 2015, ce pays a enregistré l’un des taux de croissance les plus rapides des résultats scolaires (Ph. Bziouat)

Comment résoudre la crise d’apprentissage dont souffrent les élèves marocains? C’est l’un des chantiers dans lesquels l’appui de la Banque mondiale peut être décisif. C’est dans cette logique que s’inscrit la visite de Jaime Saaverda, directeur principal du pôle éducation de cette institution.

L’objectif est de préparer les principaux axes du nouveau cadre de partenariat avec le Maroc pour la période 2019-2022. Celui-ci devra se focaliser sur des secteurs liés au capital humain, comme l’éducation et la santé.

Durant les 15 dernières années, le Maroc a réalisé beaucoup de progrès dans ce domaine, selon Saaverda, également ancien ministre de l’Education du Pérou. «Actuellement, il faut se concentrer davantage sur la qualité de l’apprentissage», a-t-il dit.
Au-delà des efforts de généralisation de la scolarisation, l’enjeu est d’ordre qualitatif.

«Sans apprentissage, l’éducation ne peut être un véritable moteur d’élimination de la pauvreté». Pour la Banque mondiale, «les faibles résultats scolaires ne sont pas une fatalité». Cette situation ne concerne pas seulement le Maroc. Plusieurs pays à faible revenu ou à revenu intermédiaire connaissent les mêmes difficultés. Elles sont liées à une série de facteurs.

Par exemple, dans plusieurs pays, les enfants arrivent à l’école sans être préparés à apprendre, notamment à cause d’une série de problèmes comme la malnutrition, les maladies, la faible implication des parents… idem pour les enseignants, qui «n’ont pas souvent la motivation ou les compétences voulues pour enseigner de manière efficace».

Pour résoudre la crise de l’apprentissage, l’ancien ministre de l’Education du Pérou propose une série de leviers à activer. D’abord, miser sur les bons outils pédagogiques. Il a insisté sur l’importance «d’améliorer la qualité de travail dans les classes». Cela doit s’accompagner d’un effort de suivi et d’évaluation au niveau national, a-t-il dit. Saaverda a également mis l’accent sur le rôle décisif des enseignants. «C’est la clé de la réussite», a-t-il noté.

Dans les pays qui ont réussi le défi d’améliorer leur système éducatif, «il est difficile d’accéder à la profession d’enseignant», selon le directeur principal du pôle éducation. Au Maroc, un rapport récent du Conseil supérieur a pointé une série de défaillances, notamment en matière de recrutement et de formation des enseignants.

Cela concerne particulièrement le nouveau mode de recrutement contractuel. Pour Jaime Saaverda, cette situation peut être améliorée en misant sur la formation continue au sein des écoles. «Les directeurs des écoles doivent comprendre les besoins de leurs enseignants. Les professeurs les plus expérimentés sont aussi mis à contribution pour soutenir les nouveaux», a-t-il expliqué.

Par ailleurs, au-delà de la crise d’apprentissage, le secteur éducatif souffre d’autres maux. En tête, l’abandon scolaire. Actuellement, plus de 260 millions d’enfants ne sont pas scolarisés, dont une grande partie à cause de l’abandon. «Dans plusieurs cas, cela est lié à la faible qualité d’enseignement, au désintérêt des élèves ou encore à certaines normes sociales, qui continuent par exemple de priver les filles de poursuivre leurs études».

Préscolaire

La généralisation de l’accès à l’enseignement préscolaire est l’une des priorités de la réforme du système éducatif. Jaime Saaverda a mis en garde contre la reproduction de certains échecs. Pour lui, ce processus de généralisation doit miser sur la qualité pour favoriser un meilleur apprentissage aux élèves. «Surtout qu’il s’agit d’une phase importante du développement cérébral des enfants», a-t-il dit. L’essentiel de l’apprentissage durant cette période doit se concentrer, selon lui, sur les compétences émotionnelles, motrices et sociales. C’est décisif pour atténuer le creusement des inégalités. «Un mauvais départ dans la vie fait en sorte que de nombreux enfants arrivent à l’école sans être préparés à en tirer pleinement profit», selon des rapports de la Banque mondiale.

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