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Tourisme: Double Assemblée Générale… et des huissiers

Par Badra BERRISSOULE Radia LAHLOU | Edition N°:5271 Le 14/05/2018 | Partager
Pas de retour à la CGEM, un vote unanime le 11 mai dernier
Un comité pour apaiser les tensions et gérer la transition
Une assemblée élective le 12 juin prochain, Kabbaj/Bentahar binôme candidat
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L’assemblée générale extraordinaire de l’institution, tenue à Marrakech le 11 mai dernier, a voté à main levée pour la création d’un comité de transition (Ph. Mokhtari)

Prudence est mère de sûreté. C’est sous haute surveillance, sous l’œil vigilant de deux huissiers de justice, que s’est déroulée l’assemblée générale de la Confédération nationale du tourisme ( CNT) le 11 mai dernier à Marrakech. Vu les querelles intestines qui secouent la profession (cf. notre édition n° 2568 du 9 mai dernier), la confédération a préféré se prémunir contre tout risque de contestation.

Et pour cause, l’enjeu était de taille: retourner à la CGEM, comme souhaité par certains membres, «une décision qui aurait jeté le discrédit sur tout le secteur» selon d’autres. «C’est comme si, une fois adulte et émancipé, on retournait vivre chez ses parents!», regrette Abdellatif Kabbaj, président sortant de la CNT.

Finalement, c’est dans une ambiance apaisée que les professionnels ont délibéré. Sur les 139 voix, 126 ont voté pour que la confédération reste autonome. Une seule voix, celle d’Azzedine Skalli, PDG de S’Tours, a choisi le retour à la CGEM. Les autres, deux personnes qui représentaient 6 voix, étaient absentes au moment du vote.

Parmi elles, Othmane Chérif Alami, qui s’exprimait en tant que président du groupe Atlas Voyages, a alors émis des réserves sur le fait que «l’assemblée générale n’a pas été convoquée en bonne et due forme». Le bureau de la CNT a saisi l’occasion pour éclaircir les origines de ce malaise, ainsi que le processus qui a mené à cette prise de position.

Tout a commencé le 1er juin 2017, lorsqu’un comité d’experts avait été désigné par la CNT pour présenter des réflexions autour de la gouvernance et du pilotage de la stratégie 2020. «Une réponse à la proposition émise par le ministère du Tourisme qui avait une vision toute tracée, réalisée par le cabinet BCG et pour laquelle le secteur privé n’avait pas été consulté», indique Fouzi Zemrani, vice-président sortant de la CNT.

Parmi les recommandations de ce comité, une proposition qui prônait le retour à la CGEM. À ce moment là, le président de la CNT, pris à la gorge et excédé par les retards de cotisations des fédérations et leur entêtement à vouloir retourner au sein de la CGEM, a fini par céder sous la pression et acté cette décision.

Seule la Fédération nationale de l’industrie hôtelière (FNIH), qui pèse le plus lourd dans le secteur (1.800 unités hôtelières), s’y est toujours opposée. Suite à cela, le comité de sages, composé de membres de la CGEM et de la CNT -et qui devait superviser cette réintégration- a mandaté le bureau de la confédération pour organiser une assemblée générale extraordinaire pour approuver ou non la décision (et dont L’Economiste détient copie).

Une manière de donner du  temps à la réflexion pour plusieurs professionnels, y compris le président de la CNT, qui, après avoir mesuré l’impact d’une telle décision, ont réalisé qu’un tel rétropédalage ne pourrait que porter préjudice à l’institution. Et c’est là où les dissensions ont commencé: les «pour la CGEM» au final peu nombreux, et la majorité contre.

Et le 11 mai dernier, cela a été tranché par le vote: les professionnels refusent ce retour «infantilisant», d’autant plus que pour eux, une réintégration imposerait la dissolution de la CNT. «Cela réduirait l’une des fédérations les plus importantes du pays à une simple émanation de la CGEM dépourvue de personnalité morale, non assujettie à la cotisation et ne disposant pas de droit de vote aux assemblées générales», indique Lahcen Zelmat, président de la FNIH.

L’assemblée a également décidé la création d’un comité de transition pour apaiser les tensions existantes, identifier les solutions pour les fédérations métiers qui ne sont pas à jour de leurs cotisations et préparer la prochaine AGO élective du 12 juin.

«Je tends la main à toutes les fédérations qui souhaitent retourner au calme et travailler ensemble au sein de la CNT», insiste Abdellatif Kabbaj, président de la CNT qui a d’ores et déjà annoncé sa candidature en binôme avec Hamid Bentahar, actuel président du CRT de Marrakech. 

«Nous  avons essayé et nous continuerons d’essayer autant que peut se faire de fédérer l’ensemble des acteurs autour d’une stratégie et une vision commune», souligne-t-il. Maintenant que la CNT a décidé de son sort, le prochain binôme à la présidence aura plusieurs challenges à relever: unir la profession et faire en sorte que les cotisations soient versées régulièrement.

Parmi les chantiers, le projet de dupliquer le système de confédération au niveau des régions, à travers la création de fédérations régionales regroupant les hôteliers, agences de voyages, transporteurs, guides, loueurs de voitures… Ces structures régionales auront pour rôle de challenger aussi bien les élus que l’administration locale et font partie de l’engagement de la CNT dans le contrat-progrès signé avec les ministères du Tourisme et des Finances.

Mais en attendant ces fédérations, les CRT tout comme les associations régionales ont le droit de vote. La proposition a été validée par l’AGO du 11 mai. Enfin, la future présidence  devra aussi défendre, auprès du ministère du Tourisme, la feuille de route tracée par le privé concernant la promotion, l’aérien, le plan Azur, l’offre produit….

A.G. et cotisations

La CNT a tenu une double assemblée le 11 mai dernier. La 1re assemblée ordinaire a adopté le rapport moral et financier et le quitus pour la fin du mandat du binôme sortant, mais qui reste à la tête de la CNT jusqu’aux prochaines élections prévues en juin. Et l’assemblée tenue en présence de deux huissiers de justice a aussi été l’occasion de recouvrer des cotisations. Le bureau du CNT a rappelé que plusieurs fédérations ne sont pas à jour de leurs cotisations, dont la fédération des voyagistes, les transporteurs, la fédération des restaurateurs et l’Anit et n’avaient en conséquence aucune voix. Et selon le même principe, la deuxième assemblée extraordinaire a été tenue pour décider de la réintégration de la CNT au sein de la CGEM. Seules donc la Fédération des hôteliers, les associations professionnelles à jour de leur cotisation, les entreprises individuelles membres (Accor, Kenzi, Atlas Hospitality, Menzeh Diafa, Palmeraie, Idou Anfa….) ont eu le droit au vote. Le nombre de voix a été déterminé par leur contribution. A titre d’exemple, Accor qui cotise à hauteur de 50.000 DH par an a eu droit à 10 voix.

                                                                                                     

Dans les coulisses de l’AGO de la CNT

■ Fédération des restaurateurs: Rahal entre en scène
Il était une fois… la Fédération marocaine des restaurateurs FMR, supposée membre de la CNT (pas à jour de ses cotisations), a fini par être éjectée de la CNT. En réalité, elle n’était représentée que par une seule société, elle-même représentée par son propre patron Khalid Abbadi, celui-là même qui a ramené un des huissiers de l’assemblée. Domiciliée à la CNT, cette société n’a jamais tenu aucun conseil d’administration et ne s’est pas acquittée de ses cotisations depuis 2008. Aussi l’assemblée générale du 11 mai a-t-elle appelé à la reconstitution de cette Fédération pour une réelle représentativité. C’est Kamal Rahal qui va reprendre le flambeau.
 
■ Les bons élèves qui ont pu voter
- Fnih: 50.000 DH et en conséquence 10 voix
- Giac hôtellerie: 30.000 DH et 6 voix
- AIH Agadir: 10.000 DH et  2 voix
- AIH Casablanca: 10.000 DH et 2 voix
- AIH Marrakech: 10.000 DH et deux voix
- Aravms: 10.000 DH et deux voix
- ARAV de Rabat Salé Kénitra: 10.000 DH et deux voix
- Kenzi hôtels: 10.000 DH et 10 voix
- Sahara Agadir: 35.000 DH et 7 voix
- Accor gestion Maroc:  50.000 DH et 10 voix
- Colony Residence: 15.000 DH et 3 voix
- Atlas Hospitality: 50.000 DH et 10 voix
- Groupe Rahal Manzeh diafa: 50.000 DH et 10 voix
- Palma sept (palmeraie golf palace) : 25.000 DH et 5 voix
- Idou anfa: 35000 DH et 7 voix
- Terres d’amanar: 5.000 DH et une voix  
- Groupe mogador: 25000 DH et 5 voix
- Atlantic palace: 50.000 DH et 10 voix
- Royal air Maroc: 50.000 DH et 10 voix
- Atlas voyages: 25000 DH et 5 voix
- Suissport: 10.000 DH et deux voix
- S’Tours: 5.000 DH (cmkd) et 10 voix
- Chorus consulting (Samir Sahraoui): 5.000 DH et une voix
- Planeta (école de formation tourisme): 25.000DH et 5 voix
- Volubilis gestion service: 5.000 DH et une voix
 
■ Ceux qui ne paient pas… ne peuvent pas voter!
Ces membres du conseil, qui ont choisi le retour à la CGEM, ne se sont pas acquittés de leur cotisations et ne pouvaient en conséquence participer au vote. Pourtant, ces fédérations représentaient 40 voix.
- L’Anit en défaut de paiement pour l’année 2017 pour 50.000 DH
- La Fédération des voyagistes en défaut de paiement pour 2016 et 2017 pour 100.000 DH
- Les transporteurs touristiques en défaut de paiement de 2013 à 2017 pour 300.000 DH
- La Fédération des restaurateurs (une société) en défaut de paiement de 2008 à 2017 pour 850.000 DH.

 

 

 

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