Entreprises

Casablanca: Industries et habitations, le désordre permanent

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5271 Le 14/05/2018 | Partager
Maârif, Roches Noires, Beauséjour… les quartiers à haut risque
Une flopée de textes de loi, mais le contrôle fait défaut
C’est aux citoyens d’alerter sur les activités dangereuses pour le voisinage
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Même les éléments de la Protection civile n’ont pu approcher l’immeuble en feu, à cause des épaisses fumées toxiques. Le dépôt de produits et d’ustensiles de cuisine chinois, situé en bas de l’immeuble, a pris feu, jeudi 10 mai à 11 h, occasionnant d’importants dégâts humains et matériels (Ph. Jarfi)

Un Rosamor bis évité de justesse? L’incendie, qui a ravagé jeudi 10 mai un immeuble d’habitation du quartier de La Gironde, a causé la mort d’une personne ainsi que 5 blessés graves (dont 3 Chinois). Le départ du feu, dû à un court-circuit, a été constaté au sein d’une école hôtelière.

Mais c’est la propagation des flammes à partir d’un dépôt au rez-de-chaussée qui a occasionné le plus de dégâts. En effet, d’épais nuages de fumées toxiques se sont dégagés du dépôt abritant des produits et des ustensiles de cuisine d’origine chinoise.

Sans dispositifs respiratoires, les éléments de la Protection civile, dépêchés sur les lieux pour éteindre les flammes, étaient aussi vulnérables que les victimes, selon des témoins. «Les matières plastiques dégagent des fumées hautement toxiques dont le cyanure», explique un expert membre de l’Agrepi(1). Selon lui, ces fumées sont souvent plus mortelles que les flammes.

Cet incident  soulève encore une fois la problématique de la cohabitation d’activités industrielles ou de stockage avec les immeubles d’habitation. De Roches Noires à Beauséjour, en passant par Maârif… La sécurité des habitants est menacée chaque jour dans ces quartiers à haut risque. Ateliers, usines clandestines, dépôts… y pullulent au vu et au su des autorités locales.

De surcroît, des centaines d’immeubles à Casablanca et ailleurs abritent des hammams ou des salles de sport équipées de chaudières au sous-sol. Au moindre petit incident, ces dernières peuvent se transformer en bombes, qui mettent en péril des vies humaines.

«Ce sont des quartiers où les tarifs du foncier sont encore relativement accessibles, ce qui encourage l’acquisition de locaux à usage industriel ou de stockage», poursuit le même expert. Il s’agit souvent de locaux  clandestins, échappant à tout contrôle.

Et qui dit informel, dit absence de normes de sécurité, de couverture d’assurance… Normalement, tout établissement industriel se doit d’établir une notice de sécurité, élaborée par un cabinet spécialisé et soumise à la Protection civile. Ce document énumère les risques, ainsi que les moyens de protection et de prévention à mettre en place.

Or, rien de tout cela n’est fait dans la réalité. «Ce ne sont pas les textes de loi qui font défaut, mais leur application sur le terrain», poursuit le responsable d’un cabinet spécialisé dans les domaines industriels.

L’arsenal juridique comprend, outre le code du travail, celui de l’urbanisme, le code des obligations et des contrats (notamment les articles de 77 à 79)… Quant au contrôle, il relève, entre autres, des prérogatives de la police de l’environnement et des inspecteurs du travail. Mais c’est aux citoyens de rester vigilants, en alertant les autorités sur toute activité dangereuse dans leur voisinage immédiat.

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(1) Agrepi Maroc est l’Association marocaine des cadres et ingénieurs agréés du Centre national de prévention et de protection (CNPP), spécialistes de la maîtrise des risques incendies, malveillance, santé et sécurité au travail,  environnement…

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