Politique

La culture pour cimenter le projet méditerranéen

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5261 Le 27/04/2018 | Partager
C’est le seul moyen pour faire abattre les barrières, selon De Villepin
En Europe, ce projet n’est porté par personne
La Chine a montré le chemin
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Après François Hollande, Mehdi Qotbi récidive en organisant une nouvelle conférence sur la culture et la Méditerranée, avec Dominique de Villepin au Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain (Ph. Bziouat)

«Sur cette rive de la Méditerranée, je fais un vœu, que puisse un jour s’ouvrir, à côté du Musée Mohammed VI, un autre musée consacré à l’art contemporain méditerranéen, résolument tourné vers notre avenir commun».

Une phrase qui renseigne sur le riche profil de l’ancien Premier ministre français Dominique de Villepin, qui a donné mercredi soir une conférence sur le thème des «lumières de la Méditerranée: modernité et réconciliation pour les deux rives», au Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain de Rabat. C’est Mehdi Qotbi, président de la Fondation nationale des musées, qui est à l’origine de cette initiative.

L’ancien chef de la diplomatie française est aussi à l’aise dans la géostratégie politique que dans la culture où il a papillonné à travers les civilisations du monde et les continents, citant ici des artistes peintres, là des écrivains et ailleurs des philosophes. Cette aisance, avec un esprit vif, sans être blasé en dépit d’une trajectoire dense, démontre que l’ancien diplomate français, natif de Rabat, n’a pas encore dit son dernier mot.  

«Alors que faire, où trouver la lumière?»

L’ancien Premier ministre a la conviction que le projet méditerranéen n’avancera que par la culture. Selon lui, l’UPM, projet concret, ne cesse de se heurter tous les jours aux questions politiques et économiques. «La culture est sans doute le seul moyen de faire abattre les barrières et établir un vrai dialogue entre les Etats, les sociétés, les peuples et les hommes», a-t-il souligné.

Qu’on le veuille ou non, dans l’inconscient arabe, Dominique de Villepin est associé à jamais à son discours-réquisitoire à l’ONU, le 14 février 2003 contre l’intervention américaine en Irak. 15 ans après ces évènements dramatiques qui ont déstabilisé toute la région, l’histoire lui a donné raison.

Au moment du débat, Youssef Amrani, lui-même ancien diplomate, l’a interpellé sur «la Méditerranée, un projet qui n’est porté par personne en Europe». Selon l’actuel chargé de mission au cabinet royal, aujourd’hui, l’Europe n’a pas de projet. Les instruments mis en place comme notamment la politique de voisinage, le processus de Barcelone et l’UPM, n’ont pas donné les résultats escomptés. «Alors que faire, où trouver la lumière?» s’interroge l’ancien ministre.  

Aucune communauté humaine ne peut vivre sans espoir ni sans projet

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Dominique de Villepin est associé à jamais à son discours-réquisitoire à l’ONU, le 14 février 2003 contre l’intervention américaine en Irak. 15 ans après ces évènements dramatiques qui ont déstabilisé toute la région, l’histoire lui a donné raison (Ph. AFP)

Les défis de l’émigration et le terrorisme alimentent davantage la montée du populisme en Europe qui manque d’ambition pour son environnement immédiat qu’est la Méditerranée. Il aboutit à la nécessité d’avoir «un leadership, une vision et des instruments novateurs et ambitieux pour faire bouger les digues. Aujourd’hui, les instruments de la politique européenne de voisinage ne sont ni ambitieux ni en phase avec nos aspirations», a-t-il souligné.

Selon De Villepin, cette question va droit à l’essentiel: comment faire pour construire un avenir commun, de façon plus ambitieuse et plus audacieuse. «Au cours de ces dernières années, nous nous sommes laissés gagner par la peur. Aujourd’hui, en Europe, la rive sud de la Méditerranée est souvent perçue à travers une connotation négative, avec des problèmes d’émigration, de terrorisme, de trafics,…», indique-t-il. Aucune communauté humaine ne peut vivre sans espoir ni sans projet.

Toutefois, l’ancien Premier ministre évoque «un projet politique qui semble marcher en dépit des difficultés rencontrées»: la nouvelle route de la soie,  initiée par la Chine. Il s’agit d’un projet global, avec une dimension économique qui consiste à parier sur le développement des infrastructures en Eurasie, en Afrique et au Moyen-Orient. Il s’agit de promouvoir la croissance des Etats qui sont en difficultés.

Derrière cette ambition, l’idée est simple: «un pays qui se développe est un pays qui se stabilise». Donc, l’ambition stratégique est de stabiliser tout le pourtour de la Chine et lutter ainsi contre le terrorisme islamique. Ce détour ne l’empêche pas d’affirmer que la période d’ajuster les projets entre l’Europe et l’Afrique est terminée. «Il faut un grand projet commun d’autant que l’Europe est bloquée par une croissance, avec un taux qui ne peut aller au-delà de 2% si elle continue de regarder vers l’intérieur, vers elle-même».

Commencer par soi

«Aller plus loin en politique c’est toujours casser le moule habituel», martèle Dominique de Villepin. C’est une manière élégante de dire qu’il faut d’abord commencer par soi-même. En effet, le rêve d’une région que pouvait incarner l’UMA s’est évaporé. Ce groupement de 5 pays n’a pas marché. Déjà, la fermeture de frontière entre l’Algérie et le Maroc coûte 2 milliards d’euros. La situation libyenne est catastrophique et, au Sahel, on n’avance pas dans la bonne direction, dit-il.

 

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