Société

Marathon des sables et Eco-Trail: Courir pour un sport éco-responsable

Par Karim Dronet | Edition N°:5256 Le 20/04/2018 | Partager
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La beauté infinie du désert marocain (Ph. Cimbaly)

Ces dernières années, on constate au Maroc la multiplication de courses d’endurance qui ont non seulement pour objectif de mettre en valeur le potentiel sportif national mais aussi de contribuer au développement durable des régions où elles se situent.

Du légendaire Marathon des sables aux Eco-Trail de Ouarzazate, du lac Lalla Takerkoust ou d’Amizmiz, en passant par la Race Desert Marathon et Chefchaouen la Traversée, les runners du Maroc et d’ailleurs assouvissent leur passion tout en ayant un regard attentif sur l’environnement dans lequel ils évoluent.

Au pied du Djebel El Otfal, le bivouac du 33e Marathon des sables (MDS) vient de lever le camp, et alors que 1.100 runners engagés dans cette aventure se sont déjà lancés sur les pistes rocailleuses et sablonneuses du Grand Sud marocain, des hommes vêtus de combinaison verte sillonnent, en quad, le campement à la recherche du moindre morceau de plastique ou de déchets abandonnés par la caravane des coureurs.

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Des enseignants de la mission française ont couru pour Insaf Maroc (Ph. MDS 2018)

Ces déchets sont ensuite incinérés sur place dans un four à auto-combustion totale de 8,5 tonnes installé sur un camion qui est capable de faire brûler les matières organiques mais aussi le plastique et le métal léger. Par ailleurs, tous les jours, des toilettes sont installées pour les concurrents, et leur entretien se fait avec des produits biodégradables qui participent à la dissolution des matières.

Depuis la troisième édition, toutes les bouteilles sont numérotées et une pénalité est attribuée à celui dont la bouteille aura été retrouvée sur l'axe du parcours, entre le départ de l'étape, les contrôles et l'arrivée.

«La Terre ne nous appartient pas, nous la laissons en héritage à nos enfants»

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Sandales en bois et costume traditionnel pour ce concurrent japonais (Ph. Cimbaly)

Le moindre détail ayant son importance, en 2008, le Marathon des sables a fourni des petits cendriers de poche aux fumeurs pour y jeter leurs mégots. «La Terre ne nous appartient pas, nous la laissons en héritage à nos enfants», nous déclare ainsi Patrick Bauer, le fondateur du MDS.

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Le Marathon des sables, un véritable voyage intérieur, au plus profond de soi (Ph. MDS 2018)

Enfin, le MDS s’est doté en plusieurs années de nombreux panneaux solaires pour alimenter en électricité le bivouac et les différentes installations réservées aux médias et aux équipements radios nécessaires pour le suivi des coureurs. Le Marathon des sables s’est aussi engagé dans le développement durable.

Il a ainsi donné naissance à la fondation Solidarité Marathon qui œuvre en faveur du développement social de la région de Ouarzazate avec la création d’un centre d’éveil à la pratique sportive pour quelque 200 enfants issus de milieux défavorisés. Les mères de ces enfants peuvent aussi y recevoir des cours d’alphabétisation et des formations pour la fabrication d’objets et de bijoux artisanaux dont les ventes alimenteront les caisses de leur coopérative.

Ces initiatives remarquables initiées par le Marathon des sables sont aujourd’hui reprises par d’autres organisateurs d’évènements sportifs. C’est notamment le cas pour Trail Maroc et TransAtlas Sport Management qui, en partenariat avec l’association Sport, Nature et Développement d’Amizmiz, organisent les Eco-Trail du lac Lalla Takerkout, d’Amizmiz ou encore de Dar Bouazza.

Les sites où se déroulent ces courses sont nettoyés par les jeunes de la région, avant, pendant et après l’événement afin de permettre aux pistes et sentiers du Moyen Atlas de conserver toute leur beauté et d’offrir de formidables espaces de randonnées pour les amateurs de la nature.

Le 29 avril prochain, le premier Eco-Trail d’Amizmiz sera ainsi l’occasion de sensibiliser les runners à la protection de la nature et au respect de l’environnement. C’est  toute la philosophie de ces événements qui placent l’humain au cœur de leur ADN en mettant en avant les valeurs de partage et de solidarité.

Le plein d’émotions

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Patrick Bauer, le fondateur du MDS, réconfortant une concurrente (Ph. MDS 2018)

De tous les Marathons des sables qui se sont tenus ces 33 dernières années au Maroc, l’édition 2018 est assurément la plus riche en émotions et en charge affective. Des images fortes relayées par les trois chaînes marocaines, Al Aoula, 2M et Medi1TV, et dans le monde, par TV5Monde, illustrent d’ailleurs ces sentiments partagés par l’ensemble des 2.000 personnes engagées dans cet événement.

Pleurs, joies, souffrances, courage et abnégation sont les maîtres mots du Marathon des sables. Comment rester insensible devant ce coureur italien qui, après avoir parcouru les 86 km de l’étape-marathon, répand sur la ligne d’arrivée les cendres de son ami disparu qui devait l’accompagner dans cette aventure!

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Et de 6 pour Rachid El Morabity, vainqueur de cette 33e édition (Ph. Cimbaly)

Comment ne pas s’incliner devant le courage de ce coureur américain amputé de la jambe droite qui a parcouru les 250 km de la course avec une prothèse-lame à la Pistorius. Comment ne pas saluer toutes ces équipes et ces runners qui disputent le Marathon des sables pour récolter des fonds pour les associations humanitaires ou faire connaître les actions des ONG qu’ils représentent.

C’est notamment le cas pour Marc Baptiste et les professeurs d’éducation physique de la mission française au Maroc qui ont disputé ce marathon sous la bannière de l’Insaf, une association qui lutte pour la protection des femmes et des jeunes filles. Et puis, chaque soir au bivouac, après l’étape du jour, on échange, on partage et on communie, tous ensemble, unis pour le bien des autres.

Les plus expérimentés prodiguent quelques précieux conseils aux novices pour aborder l’étape suivante. L’esprit de solidarité et de partage règne ainsi sur le campement où même les différentes unités de l’organisation s’unissent pour assurer la sécurité et le confort de tout un chacun. Assurément, si le monde était comme le Marathon des sables, l’humanité s’en porterait nettement mieux!

Le Marathon 2018 en chiffres

  • 33e édition
  • Nombre de participants: 1.100 runners, 16 ans pour le plus jeune et 79 ans pour le plus âgé
  • 49 nationalités
  • 140 bénévoles pour l’encadrement course
  • 450 personnes pour l’encadrement général
  • 60 médecins et infirmiers Doc Trotter
  • 7 étapes dont une longue de 86 km pour un total de 250 km en autosuffisance alimentaire
  • 20.000 litres d’eau en bouteilles
  • 300 tentes berbères et sahariennes
  • 120 véhicules 4x4 et camions
  • 2 hélicoptères «Ecureuil» et 1 avion «Cessna»
  • 8 avions de ligne «spécial MDS»
  • 3.400 euros pour l’inscriptiono

                                                                       

Père et fils dans l’aventure

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Depuis 3 ans, Ali Zaghloul a insisté auprès de son père Mehdi pour participer à ses côtés au Marathon des sables. Agé de 17 ans, Ali est cette année le plus jeune participant du MDS. Marchant sur les traces de son père qui avait effectué le marathon, il est ainsi allé jusqu’au bout de l’aventure avec fierté et courage.

Elève du lycée Léon L’Africain de Casablanca, il a d’ailleurs bénéficié d’un aménagement de son emploi du temps pour préparer sa course. Portant parfois son père sur ses épaules, Ali est ressorti grandi de cet exploit sportif qui restera gravé à tout jamais dans sa mémoire. Même son père est aujourd’hui abasourdi par la maturité et la force de caractère de son fils prodige. Fierté et chapeau bas pour Ali Zaghloul!  

 

 

 

 

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