Régions

Marrakech/Sites historiques: Oups! la culture augmente ses tarifs de 700%

Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:5250 Le 12/04/2018 | Partager
Mais sans annoncer un plan d’action ni de projet de revalorisation du patrimoine
Une décision qui fait beaucoup de remous auprès des acteurs touristiques et culturels
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Les touristes qui veulent visiter les monuments historiques doivent désormais s’acquitter d’un montant de 70 DH pour leur ticket d’entrée. Ici, au palais Bahia à Marrakech, ils devront composer avec les travaux de réhabilitation qui durent depuis une éternité, des marchands ambulants qui squattent l’entrée de ce site emblématique... et des toilettes indignes de ce nom et mal entretenues de surcroît (Ph. L’Economiste)

C’est une sacrée augmentation pour les billets d’entrée aux sites historiques dans tout le Maroc. Dès cette année, le ticket augmente de 700% et passe de 10 à 70 DH par site. Une augmentation qui n’est pas du tout justifiée aux yeux des opérateurs touristiques et culturels vu l’état du délabrement de ces monuments.

A l’intérieur de plusieurs sites, le service est au minimum avec des toilettes insalubres, des panneaux informatifs inexistants... et on s’attendait plutôt à une restauration de ces sites. Le ministère en a décidé autrement. Pour les guides touristiques, l’état de certains sites est une honte et décrédibilise le produit touristique qu’est le Maroc. 

«Une révision de la tarification doit intervenir dans le cadre d’un plan d’action qui comprend la valorisation de ces monuments et le professionnalisme dans la gestion afin d’offrir une bonne expérience de visite», estime Youssef Mouhi, gestionnaire du Musée de l’eau à Marrakech.

Pour lui, cette augmentation de tarifs des monuments historiques sera fatale. Très souvent critiqués pour le peu d’attrait qu’ils représentent et l’insalubrité des lieux, ces monuments seront définitivement éliminés des circuits à cause de ces augmentations surréalistes. C’est déjà le cas dans une ville comme Marrakech qui a cumulé, à travers les dynasties qui l’ont gouvernée depuis les Almoravides jusqu’à l’époque des Alaouites, un patrimoine riche et diversifié en termes architectural, urbanistique et artisanal.
Les sites phares de la ville sont de plus en plus désertés au profit de nouveaux produits qui offrent plus de confort.

L’exemple le plus édifiant est celui des jardins Majorelle devenus une escale touristique incontournable. Mais, c’est surtout grâce à sa gestion, le développement de nouveaux produits comme le musée YSL que ce jardin attire un million de visiteurs chaque année, bien plus par exemple que les jardins de l’Agdal dont la création remonte aux temps des Almohades.

Le Musée de l’eau se fraye aussi une place auprès des visiteurs locaux et étrangers.

De plus les augmentations du département de la Culture interviennent en milieu de saison touristique alors que les programmes et brochures des TO et voyagistes sont déjà faits et même vendus. «Impossible d’appliquer ces nouveaux prix sans que le voyagiste ne subisse des pertes sèches», indique Taoufik Madih, président des voyagistes de Marrakech.

Le ministère de la Culture n’a concerté aucune partie et exige l’application des nouveaux tarifs dès la publication de ces derniers au Bulletin officiel.

Privatisation avortée

En juillet 2015, le ministère de la Culture lançait un appel à concurrence pour «l’exploitation des services de gestion économique et d’animation culturelle» de trois sites historiques à Marrakech (Palais Bahia, Badiî et les tombeaux saâdiens). Celui-ci devait désigner un exploitant professionnel qui  aura à gérer tout ce qui a trait à la gestion économique, l’accueil des visiteurs, la gestion de la billetterie, la promotion, l’animation… tout en restant sous le contrôle du ministère. C’est parce qu’il n’a pas les moyens ni les compétences que le ministère avait décidé de confier l’exploitation commerciale de ces monuments à des opérateurs privés. Objectif: atteindre 5 millions de visiteurs au bout de trois ans et augmenter les tarifs et les recettes. Le projet qui devait être acté en 2016 a été avorté en phase finale.

De notre correspondante permanente, Badra BERRISSOULE

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