Politique

Monde arabe: Malédiction du pétrole, rentes et dictatures

Par Omar KETTANI | Edition N°:5246 Le 06/04/2018 | Partager
«Généraux, gangsters et jihadistes», le point de vue de Jean Pierre Filiu
Un bilan noir des régimes du monde arabe
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Jean Pierre Filiu est historien, professeur de Sciences Po Paris, ex diplomate français, et écrivain. Il a notamment été enseignant invité aux États-Unis à l’Université de Georgetown et Columbia (Ph. JPF)

Passer au crible les événements politiques du monde arabe de ces dernières années relève d’un travail de fond. C’est dans ce sens que l’historien et Professeur de Sciences Po Paris Jean Pierre Filiu a écrit son dernier essai intitulé «Généraux, gangsters et jihadistes» publié récemment aux éditions la découverte.

C’est à travers une approche historique que le chercheur a établi son œuvre. Auteur d’une vingtaine de livres parmi lesquels «La Révolution arabe: Dix leçons sur le soulèvement démocratique» en 2011, et «Le miroir de Damas» en 2017, son dernier ouvrage loin d’être une simple analyse, amène le lecteur à voyager au cœur des régimes dictatoriaux que connaît la Syrie et une partie du Maghreb. Allant d’un bilan des dictatures vers les profondeurs des régimes du monde arabe, J.P. Filiu dresse un constat amer. Il juge à juste titre que dans «le monde arabe, la réalité dépasse souvent la fiction».

À titre illustratif, le cas de l’accession au pouvoir de Bachar Al Assad à la tête de la Syrie en juillet 2000, et du maréchal Abdel Fatah al-Sissi en 2014 (qui a été reconduit en 2018 pour un second mandat avec près de 97% des voix), après le renversement du président élu démocratiquement Mohamed Morsi.

L’auteur, par le biais de ce livre paru sept ans après les révolutions arabes de 2011, étudie minutieusement les moyens de répression exercée par les différents régimes en place. En Syrie notamment, Bachar Al Assad poursuit sa folie meurtrière.

Le chercheur poursuit son analyse en revenant sur les événements de luttes de pouvoir dans le monde arabe. Il distingue trois formes de régimes: Les régimes totalitaires présents en Libye et en Irak, les régimes policiers opérant en Tunisie sous Bourguiba et Ben Ali, et les monarchies ayant dépassé les crises des années 1970 comme ce fut le cas en Jordanie avec le septembre noir, et au Maroc avec les deux coups d’État manqués en 1971 et 1972.

Parallèlement à ces analyses, Filiu axe sa réflexion sur les pays du Moyen-Orient, où les pays du Golfe sont frappés par la malédiction du pétrole «c’est l’une des pires choses qui leur soit arrivé» affirme l’intellectuel.

Il souligne également que les régimes qui y sont établis ne tiennent que par trois formes de rentes: la rente pétrolière comme chez les Émirats du Golfe, une rente stratégique illustrée par les prêts financiers opérés par les États de la région, et une rente antiterroriste marquée par une collaboration interétatique dans la lutte antiterroriste. Cette dernière permet aux dirigeants des États moyen-orientaux d’y renforcer leur place.

 

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