Economie

Comment financer la Santé en Afrique

Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:5215 Le 22/02/2018 | Partager
Le continent doit inventer son propre modèle de couverture universelle
Et éviter les politiques de gratuité, insoutenables sur le long terme
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Au Maroc où la santé représente 6% du budget de l’Etat, la part des ménages dans les dépenses totales en santé est de 57%

Inégalités dans l’accès aux services de santé, déficit en infrastructure, mauvaise répartition de médecins par territoire… les maux de la santé en Afrique sont nombreux. Le continent demeure largement en retard en matière d’accès aux soins de qualité et de structures de soins. Les systèmes de santé africains restent particulièrement marqués par les inégalités d’accès aux soins entre les catégories sociales, et entre les milieux urbain et rural.

Cette disproportion s’explique notamment par le coût élevé que représente le fonctionnement des hôpitaux spécialisés et des établissements de formation, généralement implantés dans les centres urbains où les plus hauts revenus sont concentrés», souligne d’emblée le ministre de la Santé, Anass Doukkali, à l’ouverture du 5e forum Afrisanté qui poursuit ses travaux à Marrakech.

D’abord, parce que ces systèmes de santé sont encore jeunes puisqu’ils remontent pour l’essentiel à la période coloniale, impactée par la médecine des armées et que ce modèle a été reconduit même après l’indépendance. Résultat: 11 millions d’Africains basculent chaque année dans la pauvreté à cause du niveau élevé des paiements directs de santé.

Seize ans après les engagements d’Abuja, plusieurs pays d’Afrique peinent  encore à honorer l’objectif de transfert de 15% de leur budget au secteur de la santé. Aujourd’hui, seuls quatre pays ont atteint l’objectif d’Abuja: le Malawi, le Swaziland, l’Afrique du Sud et l’Éthiopie. Au Maroc, ce budget est de 6%. 

Protéger les personnes de la paupérisation engendrée par les paiements de santé est un défi majeur pour l’Afrique, insiste le professeur Jaâfar Heikel, président d’Inisan (Initiative Santé). Comment donc financer la santé ? Et quel modèle pour la couverture santé universelle? «L’Afrique doit inventer son propre modèle et ne pas s’inspirer des systèmes français et allemand qui ont prouvé leurs limites», insiste Heikel.

Pour le Dr Farba Hanine Sall, économiste de la santé au Sénégal, la solution n’est pas dans la gratuité. «Il faut d’ailleurs rompre avec ce vocabulaire et ce système qui ne fait qu’encourager les inégalités et renforcer la corruption». Au Bénin, les gouvernements précédents ont institué en 2009  la gratuité de la césarienne dans les hôpitaux publics. Cette gratuité a augmenté le taux de césarienne et augmenté les dépenses de l’état, indique le ministre de la Santé du Bénin, Abassane Sedou.

Au lieu de la gratuité, le gouvernement béninois vient d’adopter un projet d’assurance pour le renforcement du capital humain. Ce projet est destiné à accroître la capacité et l’accès des Béninois, notamment les plus démunis, aux services sociaux de base et consacre le principe de la subvention par l’Etat, du paiement des primes d’assurance pour cette catégorie.

 

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