Justice

Procès des événements d’Al Hoceïma: Ni plume, ni papier pour les locataires d’Oukacha

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5212 Le 19/02/2018 | Partager
L’administration pénitentiaire vivement contestée
Les notes d’un accusé réquisitionnées par le directeur
Une atteinte au droit de la défense, selon ses avocats

Nasser Zefzafi proteste. Le leader des manifestants d’Al Hoceïma a vu son carnet de notes réquisitionné par l’administration pénitentiaire. «Le directeur du pénitencier d’Oukacha a pris mes notes. Toutes mes observations y sont archivées pour préparer ma défense. Protégez mes droits, Monsieur le président», insiste l’accusé depuis son box non transparent.

La défense prend le relais en ce lundi 12 février à la Cour d’appel. Le bâtonnier Abderrahim Jamai réclame fortement une intervention judiciaire. Son client «vit dans l’isolement» et «est interdit de promenade». Le plaideur accuse l’administration pénitentiaire de «discrimination et de violence psychique». Une autre avocate intervient à son tour. Me Khadija Rougani rappelle que la cour avait au passé «donné son feu vert» pour que les 54 accusés aient droit à des stylos et du papier.

L’administration et son directeur «font preuve de parasitisme» et interviennent «illégalement» dans les droits de la défense. Pour les avocats, c’est une «atteinte au droit au procès équitable». Les consultations entre un défenseur et son client sont «secrètes» et toute violation «constitue un délit».

Un autre accusé, Hamid Mehdaoui, se plaindra aussi des agissements du directeur de la prison de Casablanca. Ce dernier aurait refusé «de lui transmettre les PV de police» livrés par l’épouse Hamdaoui. Le bâtonnier Ziane se veut rassurant: «Ne vous en faites pas Mehdaoui. Nous avons porté plainte contre ce fonctionnaire».

Place au ministère public qui se montre inquiet: «Notre institution n’est pas honorée de constater que les droits de la défense sont mis en cause». La suite de cet épisode s’est déroulée dans la très turbulente audience du mardi 13 février. Et qui finira d’ailleurs par être levée au grand dam des chroniqueurs judiciaires venus en nombre couvrir la suite des interrogatoires des accusés.

Pour voir plus clair dans l’incident opposant accusés et administration, le ministère public lui a adressé depuis une correspondance. Celle-ci explique que les documents saisis «n’ont aucun lien» avec le procès. Point final. Le procureur du Roi, Hakim El Ouardi, laisse entendre qu’il s’agirait d’écrits destinés à alimenter des présumés communiqués de la défense. Les accusés n’ont-ils pas droit à la liberté d’expression? L’un des principaux concernés, Nasser Zefzafi, est fou de rage.

Celui à qui l’on reproche l’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat réclame que l’on présente à la cour les documents saisis. L’accusé tient ainsi à prendre à témoin l’assistance pour démontrer que l’accusation ne dit pas vrai. Zefzafi se dit «prêt à être pendu» s’il s’avère être un menteur. Le directeur d’Oukacha est vivement dénoncé pour «règlement de compte». Le président, Ali Torchi, perd patience et ordonne l’expulsion de l’accusé. Solidaires, ses compagnons quittent aussi la salle.

Puis le ton est monté entre un ministère public scandalisé par les slogans des accusés et une défense qui s’indigne contre «les surenchères» de son adversaire. L’interrogatoire de Hamid Mehdaoui se poursuit bon an mal an.

Comme à son habitude, l’accusé s’agite dans tous les sens et prend la parole sans autorisation de la cour. Agacé, le président Ali Torchi finit par le renvoyer au box et lève l’audience. Le procès des événements d’Al Hoceïma reprend ce lundi 19 février, soit une semaine après sa suspension.

 

 

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