Economie

Le public plus attractif pour les enseignants

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5205 Le 08/02/2018 | Partager
Des dizaines de professeurs du privé ont participé au concours de recrutement des contractuels
Les propriétaires d’écoles privées protestent
Ceux qui ont effectué une fausse déclaration seraient recalés
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La rémunération des enseignants contractuels est indexée sur le salaire échelle 10 de la fonction publique et varie en net entre 5.000 DH et 5.800 DH selon les régions (Les visages ont été modifiés)

Mauvaise surprise pour certaines écoles privées le jour de la rentrée des vacances, lundi 5 février. Certains enseignants n’ont pas rejoint leurs classes. Ils avaient été reçus au concours de recrutement des enseignants contractuels organisé par l’Education nationale. Ils ont commencé leur formation dans les Centres régionaux des métiers de l’éducation, le même jour.

Des centaines d’élèves se sont retrouvés sans professeur. Les écoles étant dans l’impossibilité de trouver des remplaçants en milieu d’année scolaire. Si bien qu’elles ont protestés, auprès du ministère de l’Education, accusé de «concurrence déloyale».

Le ministère vient de réagir. Ainsi, les directeurs d’écoles privées ont été invités à transmettre aux académies régionales la liste des enseignants qui auraient tenté de passer dans le public. A charge pour les académies d’identifier les personnes concernées.

Le ministère disqualifiera systématiquement ces personnes au motif qu’elles avaient signé au préalable une «déclaration sur l’honneur» comme n’étant employé dans aucun autre établissement d’enseignement. Elles seront remplacées par les candidats des listes d’attente, mais celles qui pourront présenter une résiliation de contrat seront retenues. L’Alliance de l'enseignement privé au Maroc vient de notifier la consigne à ses membres.

Certains enseignants du privé ont succombé à la tentation de rejoindre les rangs du ministère de l’Education en tant que contractuels plutôt que de continuer de travailler dans des conditions défavorables, quitte au prix d’un mensonge.
La majorité des enseignants du privé n’ont ni contrat de travail en bonne et due forme, ne bénéficient d’aucune couverture sociale et ne sont pas rémunérés pendant les vacances d’été, car «leur école n’a pas de recettes pendant cette période».

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Les 20.000 nouveaux enseignants contractuels ont jusqu’à demain vendredi 9 février pour déposer leur contrat de formation auprès des Centres régionaux des métiers de l’éducation et de la formation. Le document peut être téléchargé à partir du portail du ministère de l’Education.

Au terme d’une formation de six mois, les stagiaires recevront un contrat d’embauche de deux ans, renouvelable tous les ans, sauf en cas de faute professionnelle. Au cours de la période de formation, le stagiaire bénéficiera d’une indemnité mensuelle de 1.400 DH. Après le tollé soulevé par le recrutement de licenciés sans qualifications pédagogiques, le gouvernement a décidé d’assurer une formation de six mois au profit du nouveau contingent.

Les deux premières promotions avaient reçu des formations de très courte durée. Cette fois-ci, les candidats qui réussiront aux différents modules recevront leur contrat de travail. En cas d’absence du stagiaire sans motif ou de faute grave, ou s’il ne participe pas aux contrôles, le directeur de l’académie peut mettre un terme à la formation sans préavis. La formation se terminera d’ici juillet prochain et se poursuivra à la rentrée scolaire 2018-2019.

                                                                       

Déjà 55.000 contractuels

La loi de finances 2018 prévoit le recrutement par voie de concours de 20.000 personnes, qui viendront s’ajouter aux 35.000 embauchées ces deux dernières années pour une enveloppe budgétaire de 3 milliards de DH. Les contractuels bénéficient de la grille de rémunération des statutaires classés à l’échelle 10.

Ils peuvent bénéficier d’une promotion au terme de dix ans d’ancienneté et ce, dans la limite de 10% des personnes éligibles ou par concours après six ans à hauteur de 13% des enseignants remplissant les conditions. Le contrat prévoit également le versement d’allocations familiales ainsi que d’autres avantages comme les vacances annuelles, y compris 14 semaines de congé de maternité. Les avantages sociaux comportent aussi une assurance médicale (MGEN), les prestations de la Fondation Mohammed VI des œuvres sociales…

Le recrutement de contractuels dans l’Education nationale est une formule qui permet au gouvernement de compenser le manque de personnel dans les cycles primaire et secondaire. Le schéma risque de se répéter à l’infini d’autant que sur les 257.812 fonctionnaires du ministère de l’Education nationale, 13% partiront à la retraite d’ici 2020, sans oublier des milliers d’autres qui choisissent un départ anticipé après 30 ans de service.

Au rythme où vont ces recrutements, le personnel enseignant sera essentiellement composé de contractuels n’ayant pas suivi une formation spécifique de type école d’instituteurs ou Centre régional pédagogique (CPR) ni Ecole normale supérieure (ENS). Ce qui risque d’impacter la qualité de l’enseignement dans un système déjà en difficulté. D’ailleurs, les enseignants contractuels auront toujours l’impression d’avoir l’épée de Damoclès sur leur tête puisqu’ils sont sur des CDD.

Parmi les enseignants recrutés au cours des années scolaires précédentes, certains dépassent largement l’âge limite de recrutement dans la fonction publique, fixée à 45 ans. Cette année, seuls les moins de 45 ans étaient éligibles au concours.

 

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