International

Réforme fiscale de Trump: Impact mitigé chez les entreprises

Par Jean Modeste KOUAME | Edition N°:5204 Le 07/02/2018 | Partager
La réforme générera entre 7 et 8% de profits supplémentaires
Les grands bénéficiaires sont les actionnaires (75%)
A peine 2% de salariés en bénéficient

La réforme fiscale adoptée fin décembre, après d’âpres négociations, ne laisse pas indifférentes les grandes entreprises américaines. Le passage d’un taux d’impôt sur les sociétés de 35 à 21% permet de déduire les investissements réalisés à partir de septembre 2017 des déclarations fiscales. Ce qui dégage une manne financière pour l’ensemble des entreprises américaines.

L’objectif pour le président Trump est de renforcer la compétitivité des sociétés américaines, à terme. Les effets sont très divers selon les sociétés et leur secteur d’activité. Pour de nombreuses firmes, la réforme suscite de belles perspectives pour 2018.

Les entreprises qui en bénéficient pourraient rapatrier jusqu’à 3.000 milliards de dollars sur le sol américain. Selon Crédit Suisse, les entreprises du S&P 500 paieront entre 75 et 100 milliards de dollars d’impôts en moins. «La réforme générera entre 7 et 8% de profits supplémentaires en 2018», annonce Natixis.

Au niveau des champions de l’économie américaine: d’Alphabet à ExxonMobil, en passant par Amazon, Apple, Google, Estée Lauder ou Pfizer, l’impact est déjà visible dans les comptes d’entreprises, publiés ces derniers jours. Walmart a ainsi relevé son salaire minimum et promis de nouvelles primes tandis qu’ExxonMobil a doublé ses intentions d’investissement dans les forages aux Etats-Unis.

Pour sa part, le laboratoire Amicus Therapeutics annonce la construction d’un nouveau site de production pour plus de 200 millions de dollars, préférant ainsi les Etats-Unis à l’Europe. Last but not least, Apple promet d’investir environ 30 milliards de dollars sur 5 ans, soit une hausse de 53% par rapport à 2017.

Pour les salariés, l’effet le plus visible pour l’heure est la revalorisation des salaires. Disney et Walmart ont versé des primes exceptionnelles de 1.000 dollars. Chez Wells Fargo, les employés ont plutôt bénéficié d’une augmentation du salaire minimum à 15 dollars/heure. Chez Apple, ils se sont vu distribuer plus de 2.500 dollars en actions.

Au niveau de Bank of America, les bonus et hausses de salaires représentent 145 millions de dollars pour 2018, environ 5% des gains générés pour elle (2,7 milliards de dollars). Les groupes américains multiplient les annonces avant même d’avoir pu mesurer pleinement les effets de la réforme fiscale. Plus de 200 entreprises ont promis de redistribuer à leurs salariés une partie des économies d’impôts réalisées.

Cependant, selon un sondage réalisé par Ipsos pour le compte de Reuters, ce ne sont que 2% de salariés qui auraient bénéficié de la réforme. Si les salariés bénéficient de hausses de salaires et de bonus, la majorité des bénéfices ira aux actionnaires. L’essentiel des gains réalisés sera redistribué aux actionnaires, via des rachats d’actions ou le versement de dividendes.

La réforme fiscale ne fait pas que des heureux. Pour d’autres groupes, elle cause des pertes importantes, notamment Citigroup, Johnson&Johnson (13,6 milliards de dollars de charges) ou encore General Electric. Reconnus depuis longtemps pour leur capacité à optimiser le taux d’imposition bien en deçà des 35%, les services de General Electric (GE) auront du pain sur la planche.

En effet, le taux d’imposition réel de GE devrait augmenter de 9% en 2016 (pour ses activités industrielles) à 15 voire 20% en 2018 et 2019. Sur le long terme, le conglomérat prévoit d’être taxé à un taux supérieur à 20%. Toutefois, les économistes sont plus prudents sur l’impact réel d’une réforme qui ne se résume pas à la baisse du taux d’imposition pour les entreprises.

D’une part, parce que le taux réel payé par les entreprises était déjà souvent inférieur à 35%. D’autre part, parce que la multitude de mécanismes mis en œuvre affecte différemment les entreprises et les secteurs. Mais aussi, parce que, pour eux, l’intérêt d’une telle loi interpelle, à un moment où l’économie du pays est quasiment en situation de plein-emploi.

De l’avis des économistes, l’impact de la réforme sur le PIB américain sera au final limité entre 0,3 et 0,5 point cette année et déclinera au-delà.

Actionnaires, les grands bénéficiaires

C’est du côté des actionnaires que se trouvent les grands bénéficiaires de la réforme fiscale de Trump. En effet, selon S&P Global, ces derniers percevraient environ 75% des profits générés, via le versement de dividendes ou les rachats d’actions.

 

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