Justice

Un trafiquant comme témoin... mais encore?!

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5186 Le 10/01/2018 | Partager
Il est recherché à l’instar «des séparatistes de l’extérieur»
Droit de la défense: Des médias sanctionnés par la Haca
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Perchée sur les hauteurs des montagnes du Rif, la ville d’Al Hoceïma a connu des manifestations depuis octobre 2016. La mort d’un poissonnier, Mohssine Fikri, a servi de détonateur (Ph. Bziouat)

Karim Amghar, Ilyass El Hajji, Samir Ighri, Anass Khatabi, Othman Bouzianne... La défense veut les appeler à la barre pour témoigner. Ils sont également accusés dans le procès des événements d’Al Hoceïma où il est question notamment d’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat. Le procureur du Roi, Hakim El Ouardi, se demande «pourquoi n’a-t-on pas cité ces personnes lors de l’enquête préliminaire?».

D’autres témoins sont réclamés. Le cas de Saïd Chaou est le plus emblématique. «Il est recherché pour constitution de bande criminelle, corruption et trafic de drogue», selon l’accusation. Elle se montre surprise face à des avocats qui veulent convoquer le présumé trafiquant. Selon les dernières nouvelles, Saïd Chaou serait en Hollande. «Nous serions les premiers ravis de le voir parmi nous!», s’exclame ironiquement le magistrat.

Aussi, l’accusation est d’autant plus étonnée que la défense réclame le témoignage «des séparatistes de l’extérieur». «Qui sont-ils?», lance le procureur du Roi avant de dresser leur profil. Des hommes résidant principalement aux Pays-Bas, en Belgique et en Espagne. «Nous avons des preuves numériques sur leur part de responsabilité dans les événements d’Al Hoceïma». Le ministère public nomme Farid Ouled Mohssine qui habite aux Pays-Bas et membre du Mouvement du 18 septembre pour l’indépendance du Rif. Il y a aussi Abdessadek Boujiba qui «a déchiré son passeport marocain en direct sur sa chaîne hébergée par YouTube».

Un tel comportement «renseigne sur la crise psychologique de cet individu et qui n’a rien à voir avec des revendications sociales», s’indigne l’accusation. Celle-ci cite d’autres «séparatistes de l’extérieur» comme Bilal Azzouzi et Imad El Attabi... Ces individus «font l’objet d’un avis de recherche». Ce qui n’empêche pas l’un des avocats de la défense, Khalid Oumghir, de réclamer leur convocation.

Le procureur du Roi s’oppose à cette demande qui lui paraît saugrenue. En revanche, il est d’accord pour auditionner les dix témoins recensés par L’Economiste et entendus durant l’instruction du dossier. «Même si leurs déclarations sont déjà consignées dans le rapport du juge d’instruction», conclut-il. La balle est dans le camp de la Cour d’appel de Casablanca qui devra décider des personnes devant être appelées à la barre.

Certains médias nationaux sont également cités à comparaître devant la justice. Ils sont critiqués par la défense «pour avoir véhiculés de mauvaise foi la propagande séparatiste afin de charger les manifestants». L’accusation insiste: «La liberté de la presse est garantie. Toute personne qui se dit victime peut saisir la justice qui se doit d’ouvrir une enquête». Les organes d’informations mis en cause «n’ont aucun rapport avec les faits reprochés, à savoir notamment: manifestations illégales, incendies».

Medi1 TV, Al Oula et Tamazight ne sont pas pour autant blancs comme neige. Le régulateur audiovisuel leur a adressé le 11 juillet 2017 de simples avertissements. La Haca leur reproche «d’avoir illustré leurs journaux d’information sur l’arrestation de plusieurs personnes par des images d’actes de violence et de vandalisme commis lors d’un match du championnat national de football». Ce qui en soi porte atteinte à la présomption d’innocence.

 

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