Justice

Procès des événements d’Al Hoceïma

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5186 Le 10/01/2018 | Partager
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L’accès à la salle 7 où se tient le procès des événements d’Al Hoceïma est soumis à un dispositif sécuritaire et logistique exceptionnel. Impossible de passer un coup de fil à l’intérieur de la salle d’audience. La couverture réseaux est bloquée (Ph. Jarfi)

«Je ne vois aucun inconvénient à convoquer les témoins cités par la défense. Encore faut-il préciser le lien de chacun d’eux avec les faits en cause», déclare l’accusation pour «appuyer son engagement au débat contradictoire» (voir page suivante). Du haut de son perchoir, le procureur du Roi, Hakim El Ouardi, répond aux requêtes préliminaires des avocats de la défense (cf. L’Economiste n°5184 du 8 janvier 2017).

Le procès des événements d’Al Hoceïma boucle ainsi une première phase dans cette affaire jugée par la Cour d’appel de Casablanca. La fin de l’examen des demandes préliminaires marque le commencement du débat de fond. Les juges devront se prononcer sur l’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat, l’attroupement armé, les manifestations sans autorisation... L’Economiste revient sur les principaux points soulevés dans ce duel.

■ Le rapport d’un agent d’autorité
Mohamed Bekiss, agent d’autorité à Oulad Amghar, est l’un des témoins réclamés par les avocats de la défense. Ce fonctionnaire du ministère de l’Intérieur a dressé un rapport relatant les incidents ayant secoué le 21 avril 2017 la Commune qui se trouve aux environs d’Al Hoceïma. «Nasser Zafzafi (l’un des principaux accusés) et plus de 150 autres ont perturbé la circulation. Ces manifestants ont obligé d’autres personnes à rejoindre leur attroupement où certaines personnes brandissaient des drapeaux rifain et amazigh». L’accusation cite le cas d’un citoyen du nom de Khalid Massoudi «qui s’est vu interdit par les manifestants de lever le drapeau marocain».
■ «Entrave à la prière du vendredi»  
Autre incident, autre fait. Celui-ci se déroule cette fois-ci fin mai 2017 à la mosquée Mohammed V située à Al Hoceïma. L’accusation revient sur le procès-verbal de la police judiciaire. Ses agents se sont déplacés à 13h après avoir été alertés pour constater«l’entrave volontaire à la prière du vendredi». «La mosquée s’est vidée», constatent les enquêteurs en citant les déclarations de l’imam, Abderrahim Aberkane. Ce dernier a dû «sortir par la porte de derrière» de son office cultuel «après qu’on lui ait arraché le micro».
Le magistrat en veut pour preuve les déclarations d’un autre témoin, Benissa El Marzouki, et d’un second imam, Boujamâ Belali. «Nous allons les appuyer par des vidéos réalisées par la police judiciaire», précise l’accusation.

■ L’arrestation de Nasser Zefzafi
«On aurait dû préciser les noms des témoins ayant assisté à l’arrestation de Nasser Zefzafi», reconnaît le procureur du Roi, Hakim El Ouardi. La défense a exigé de convoquer ses voisins pour témoigner sur ce fait. Son adversaire relève que «leurs identités n’ont pas été mentionnées par les avocats des accusés». Armes blanches et pierres «ont servi à faire obstacle» à l’arrestation de Zefzafi opérée fin mai 2017 à Al Hoceïma. Le commissaire de police, Amine Ouaraoui, s’est déplacé dans le quartier où réside la personne recherchée. Muni d’un haut parleur, le commissaire «demande aux frondeurs de se disperser». Face à leur refus d’obtempérer, le gradé va avertir sa hiérarchie, à savoir le Parquet. L’accusation qualifie ces événements «d’attroupement armé et d’atteinte à l’ordre public». Les agents de police ont dû faire face «aux jets de pierres et de bouteilles». L’un d’entre eux sera gravement blessé à la tête par un projectile lancé du haut d’un toit. «Safouane Fariss, un des agents de police, est toujours en réanimation», conclut le représentant du ministère public.

■ Vidéos vs allégations de torture
La défense a soutenu que des personnes poursuivies ont été victimes de torture. «Pourquoi les enquêteurs seront-ils forcés d’y recourir? Sachant que le tribunal peut visionner les vidéos, consulter les posts sur les réseaux sociaux, auditionner les témoins», relève le procureur du Roi. Par ailleurs, la défense affirme que «l’un des agents d’autorité a soudoyé de 50 DH des personnes afin d’agresser Nasser Zefzafi». L’accusation promet «d’ouvrir une enquête en cas de plainte. En revanche, l’audition des présumés agresseurs est impossible. Ils n’ont aucun rapport avec les faits reprochés aux accusés».

■ PV: Des copies à fournir gratuitement à la défense  
Les avocats des accusés réclament des copies de PV de la police judiciaire. Le ministère public «réitère son serment». Hakim El Ouardi promet à la défense «de lui communiquer tous les documents qui lui manquent et ce, aux frais de l’accusation». Le bâtonnier Abderrahim El Jamaï a pour sa part réclamé une commission rogatoire pour déterminer l’identité de Brahim Bouazzaoui. Et qui semble avoir un lien avec les faits en cours de jugement.
L’accusation ne voit pas l’intérêt d’une telle procédure. Car le jeune homme a été identifié. Ce dernier est naît en 1985 et réside en Hollande, selon l’enquête judiciaire du 24 juillet 2017. Bouazzaoui fait l’objet d’un avis de recherche. La police judiciaire a auditionné ses deux frères qui habitent à Tanger. L’un est vétérinaire, l’autre est restaurateur.
Ce dossier, celui des événements d’Al Hoceïma, n’est pas encore clos: «Toute personne dont la responsabilité juridique est établie sera traduite en justice», promet le ministère public.

 

 

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