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Analyse

Antoine Frérot, PDG de Veolia, au Club de L’Economiste/ Eaux usées: La solution face au stress hydrique

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5186 Le 10/01/2018 | Partager
Un déchet transformable en ressource
Au-delà de la gestion déléguée, Veolia déploie d’autres métiers
Gestion des déchets dangereux, hospitaliers, démantèlement des navires…
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Gestion des déchets, traitement des eaux, énergie... Veolia compte développer davantage ses activités liées à la gestion des déchets liquides ou solides, banals ou spéciaux. L'expertise du groupe couvre l'ensemble du cycle de vie, de la collecte au recyclage, jusqu'à la valorisation finale sous forme d'énergie

«Au Maroc, comme ailleurs dans le monde, nous souhaitons équilibrer notre portefeuille de clients entre villes et industries». Invité au Club de L’Economiste, Antoine Frérot, PDG de Veolia, confirme les ambitions du groupe qui compte poursuivre ses activités de gestion déléguée, mais aussi développer la gestion des déchets industriels.

«Nous avons vu que dans des pays qui se sont industrialisés depuis une dizaine d’années, comme c’est le cas en Asie et en Amérique latine, le besoin en matière d’environnement s’est fait vite sentir», constate-t-il. Le patron de Veolia cherche à établir des partenariats avec de grands industriels pour garantir leur efficacité environnementale, contribuer à la performance de leur process particulièrement dans les domaines de l’efficacité énergétique, du traitement des rejets liquides et solides.

«Nous pourrons aussi proposer nos services en matière de démantèlement des navires ou de gestion des déchets dangereux», poursuit Frérot. Le Maroc pourrait même être le «bon hub» pour accompagner l’Afrique, qui un jour ou l’autre connaîtra ce type de développement industriel et économique.

Parmi les filiales du groupe au Maroc, figure Veos, une joint-venture récente entre Veom et un partenaire marocain, dont le but est de gérer la collecte et le traitement des déchets médicaux et industriels. «Seuls 3% des services sont sous-traités à des professionnels», précise Frérot. D’où le potentiel de développement de ces activités au Maroc et ailleurs. 

Jusque-là, la vision environnementale du groupe Veolia au Maroc réside d’abord dans son expertise dans la réalisation des systèmes de dépollution des littoraux rentrant dans ses métiers de base depuis la collecte des eaux usées jusqu’au rejet des eaux traitées/prétraitées, dans la mer à 2,2 km via les émissaires marins. C’est le cas à Tanger, Tétouan et Rabat et bientôt à Salé.

Ces systèmes de dépollution ont de nombreux impacts positifs sur les régions concernées tant sur le plan sanitaire qu’économique. Ils permettent de préserver l’environnement, de revaloriser et d’embellir les façades côtières et les oueds et également d’améliorer la qualité des eaux de baignade.

Le groupe compte 4 filiales dont les plus connues comme Redal ou Amendis, opèrent sous le mode de gestion déléguée. Un modèle, qui selon Frérot, a encore de beaux jours devant lui. «Seulement 20% des services de gestion d’eau, d’énergie et de déchets sont délégués dans le monde», assure-t-il. Il y a 10 ans, cette proposition ne dépassait pas les 10% (2% il y a 25 ans). La gestion déléguée continuera donc de se développer, surtout là où elle n’était pas auparavant.

Frérot estime que ce mode de gouvernance est le meilleur système lorsque chacun joue le rôle qui lui est dévolu. C’est le système le plus transparent, car il permet d’être contrôlé, observé et mesuré, suivant des critères scientifiques. Encore faut-il former des compétences à même d’assurer ce rôle de suivi et de contrôle, puisque les élus ne sont pas suffisamment outillés pour l’assumer.

Et si les services d’un délégataire sont plus chers que ceux d’une régie, c’est «normal», selon ses termes. «Pour vivre, une entreprise a besoin de dégager des bénéfices. Si on enlève ces bénéfices, les services coûteront moins cher.  C’est vrai pour tout: la fabrication de voitures, de brosses à dents…», argumente-t-il.

Mais au-delà de la gestion déléguée, le groupe est surtout déterminé à proposer ses compétences dans des secteurs comme les énergies renouvelables ou encore le traitement des eaux pour faire face au stress hydrique. «Nous pouvons apporter d’autres formes d’énergies renouvelables et surtout promouvoir l’efficacité énergétique territoriale», explique Frérot. Pour utiliser l’énergie intermittente, il faut pouvoir la gérer de manière plus fine.

Autrement dit: il faut matcher les bosses et les creux de consommation, mélanger des productions non intermittentes avec de l’intermittent, stocker l’énergie… «Cette gestion territoriale grâce aux technologies digitales, c’est aussi ce que nous pouvons apporter», fait valoir le PDG.

Pour faire face au stress hydrique, le Maroc devrait opter pour le recyclage des eaux usées. «Une option moins chère que le dessalement et moins coûteuse en énergie», assure le patron de Veolia Monde. En effet, le traitement d’un mètre cube d’eau de mer coûte entre 70 et 80 centimes d’euros, contre 45 centimes pour les eaux usées et 25 centimes pour l’eau de rivière.

Les eaux usées sont aussi un déchet qui peut être transformé en ressource. A l’échelle mondiale, plusieurs métropoles sont alimentées en eau potable à partir des eaux usées. C’est le cas à titre d’exemple de Berlin. Avec ses 5 millions d’habitants, la ville ne dispose que d’une petite rivière, insuffisante pour subvenir à ses besoins.

Ambitions africaines

«Le Maroc est de loin notre plus grosse activité en Afrique. Il sert d’exemple et de vitrine pour d’autres pays africains», estime Antoine Frérot, PDG de Veolia Monde. Les prospects sont amenés au Maroc pour voir les réalisations du groupe. «Nous y formons aussi des compétences», poursuit Frérot. Depuis deux ans, ce sont des équipes marocaines et un patron formé à Tanger qui dirigent les activités en Guinée.
Il en est de même pour les activités industrielles. L’expérience développée au Maroc sera un modèle pour aller sur les autres marchés d’Afrique. L’économie de l’Afrique se développe, l’industrialisation viendra aussi progressivement. «Je rappelle que  l’Afrique représentera un tiers de la population mondiale en 2050», insiste Antoine Frérot.

 

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