Rétrospective 2017

La culture malgré tout

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5179 Le 29/12/2017 | Partager

L’année 2017 s’achève sur un bilan assez mitigé pour la culture. Sans réelle politique, ni volonté affichée du gouvernement, ce sont essentiellement les initiatives privées ou associatives qui continuent de porter l’offre culturelle dans le pays. Voici quelques évènements, loin d’être exhaustifs, qui ont marqué l’année qui s’écoule.

                                                                            

■ L’Esprit Saint Laurent à Marrakech

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Véritable bijou architectural, le musée Yves Saint Laurent à Marrakech propose à voir plus de 40 ans de création de la maison de couture, de 1962 à 2002 (Crédit DR)

Inauguré par la Princesse Lalla Salma, le Musée Yves Saint Laurent rend hommage à l’un des plus illustres amoureux de la ville ocre. Le bâtiment, conçu par le studio d’architecture Studio KO, fondé par Olivier Marty et Karl Fournier, est un véritable bijou architectural qui accueille 40 ans de création de la maison de couture, de 1962 à 2002. Des prototypes originaux, des accessoires et des croquis, préservés dès les premières années d’existence de la maison Yves Saint Laurent. Voulu par Pierre Bergé, décédé cette année quelques semaines avant l’ouverture officielle, le musée occupe un terrain de 4.000 m2 et contient une galerie, un espace d’exposition permanente, un auditorium, une librairie, une bibliothèque ainsi qu’un café-restaurant avec terrasse. Quant à la collection du musée, elle compte quelque 5.000 articles de vêtements, 15.000 accessoires, plus de 1.000 croquis et autre objets inventés par le couturier.

                                                                            

■ L’Afrique en Capitale, l’art contemporain à l’honneur

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L’exposition «Mémorial» a rendu hommage à trois grands artistes photographes décédés: Malick Sidibé, Leila Alaoui et Othmane Dilami. Ici SM Le Roi Mohammed VI en compagnie des parents de feu Othman Dilami : Nadia Salah et Abdelmounaim Dilami devant une des oeuvres de l’artiste (Ph. MAP)

C’est un véritable manifeste culturel pour l’Afrique que nous a offert la ville de Rabat, inauguré par le Souverain en présence du Roi Abdellah de Jordanie, le 23 mars. D’intenses activités culturelles ont investi 18 lieux de la capitale avec quelque 36 temps forts. Concerts, expositions, projections, conférences, art contemporain, cinéma, musique, débats d’idées, art urbain... On retiendra deux expositions majeures au Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain. «Regard contemporain sur l’art africain», entre les toiles colorées et pleines d’humour du Congolais Chéri Chérin et celles faussement naïves de Chéri Samba, en passant par les toiles abstraites de la Nigérienne Nike Okundaye ou encore du Béninois Cyprien Tokoudagba. L’exposition «Mémorial»  a quant à elle rendu hommage à trois grands artistes photographes décédés: Malick Sidibé, reconnu comme le pionnier du passage de la photographie de studio à celle de la rue. La mémoire de Leila Alaoui à travers sa série de portraits «Les Marocains», et enfin, la série intitulée «Les musiciens de la transe», composée de photos inédites d’Othmane Dilami. Le Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain a d’ailleurs eu une année extrêmement chargée d’expositions phares telles que  celle de  Picasso ou encore une partie de la fabuleuse collection de la Banque centrale espagnole.

                                                                            

■ Les festivals, une tradition désormais établie

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C’est désormais une tradition  culturelle au Maroc. Le circuit des festivals à travers les différentes villes et régions du Maroc est désormais bien établi, avec, toutefois, une concentration, voire même des télescopages lors de la saison estivale. C’est le gigantesque Mawazine qui a ouvert le bal avec cette année une programmation sans beaucoup de panache. Une 16 e édition qui a connu une baisse significative de fréquentation très loin d’atteindre les 2 millions de l’édition précédente.
Si les 300.000 spectateurs, venus célébrer les 20 ans du festival Gnaoua et musiques du monde à Essaouira, peuvent paraître «modestes», par rapport au public drainé par Mawazine, c’est que la nature du festival ainsi que la ville qui l’abrite se prêtent plus à une célébration plus intimiste. «Nous sommes l’un des rares festivals au monde à être obligé de réduire la voilure de la manifestation, pour pouvoir maîtriser la situation et lui préserver son esprit de liberté,  de convivialité, d’universalité et de fraternité», précisait sa fondatrice Neila Tazi. Autre agréable surprise, le festival L’Boulevard qui, après une année blanche en  2016,  a fait un comeback plus que réussi cette année, alors que la ville de Fès marque de plus en plus son ancrage spirituel avec ses différents festivals liés à la culture soufie et aux musiques sacrées.

                                                                            

■ L’art dans la rue

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L’annonce a eu l’effet d’un mini-séisme dans le monde de la culture à Casablanca: l’interdiction faite à des musiciens d’exercer dans la place des Nations Unies au cœur de la métropole. La question de l’accès des artistes à l’espace public s’est posée une fois de plus avec acuité. Sit-in, manifestations, pression de l’opinion publique et relais des médias… ont eu raison de la décision jugée arbitraire. La place des Nations Unies  a retrouvé ses artistes, tout comme le boulevard Mohammed V à Rabat, au grand bonheur des badauds. Un guide de «L’action artistique dans l’espace public» a été présenté la semaine dernière  à Casablanca, à l’initiative du Forum des Alternatives Maroc (FMAS). Présenté sous un format ludique et didactique, l’ouvrage vise à vulgariser l’accès à l’espace public pour les artistes et propose quelques bonnes pratiques à adopter ainsi que les écueils à éviter par les artistes voulant investir la rue.

                                                                            

■ Finir l’année en beauté

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L’exposition magistrale, orchestrée par la commissaire Rim Laâbi, réunit une partie de la collection de Société générale (Crédit DR)

L’exposition «Plasticiens du Maroc, Poètes du Monde», à la  galerie de Société Générale, est assurément la plus belle exposition qu’il nous ait été donné de voir cette année. Une exposition magistrale qui réunit une partie de la collection de  Société Générale et qui propose une conversation entre des poètes d’ici et d’ailleurs avec des plasticiens marocains. Loin d’illustrer ou de servir de simples commentaires aux toiles exposées, les poèmes sont présentés, selon une scénographie savamment étudiée, comme  des œuvres à part entière, soit en résonance avec les tableaux, en confrontation ou  en écho… «Un dialogue mettant chacun des arts à distance de leur contexte respectif pour affranchir le spectateur d’une familiarité qui l’aveugle», dira Rim Laâbi, artiste plasticienne et théoricienne de l’art, commissaire de l’exposition.

 

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