Entreprises

Que révèle la course électorale des avocats

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5175 Le 25/12/2017 | Partager
Les réformateurs peinent à s’imposer mais avancent
Embouteillage pour élire le bâtonnier de Casablanca

Fin d’année bouillonnante chez les avocats! Hassan Birraouin vient d’être élu bâtonnier de Casablanca. Son mandat à la tête du plus grand barreau du Maroc va de 2018 à 2020. Le nouveau bâtonnier a obtenu 1.519 voix contre 882 pour son concurrent au second tour, Me Taher Mouafik (voir Repères).

Le vainqueur a intégré la profession en 1999. Me Birraouin est parvenu à s’imposer face à un vétéran. «Il a préparé obstinément sa campagne électorale depuis 3 ans. Il a aussi une certaine popularité au sein de la profession», selon les témoignages recueillis auprès de quelques partisans. Le clan de son rival a un autre ton.

«Des anciens ont pesé de tout leur poids pour barrer encore une fois la route à Me Mouafik. Le courant des réformateurs a perdu dans ces élections», regrette l’un de ses sympathisants et fin connaisseur du barreau de Casablanca. Le candidat battu est «discret» et «franc» ayant longtemps porté «la voix de l’opposition» au sein de l’instance corporative.

Un ancien bâtonnier, Mouloud Batach, a récolté à peine 31 voix sur les 2.546 exprimés au premier tour. Ce qui en dit long sur l’aigreur qui mine la profession. Un autre candidat, Abdillah Abou Abdallah, s’est désisté pour désavouer «une campagne électorale déséquilibrée» et «sans débat public» entre les candidats comme l’exige le règlement intérieur. Voilà pour l’ambiance générale qui a connu aussi un embouteillage au niveau des urnes: une seule salle pour élire le bâtonnier!

Ces élections professionnelles se sont déroulées en deux phases au tribunal civil de première instance, Place Mohamed V. La première, du 14 et 15 décembre 2017, a été spécialement destinée à élire le bâtonnier parmi neuf aspirants. La seconde phase, tenue vendredi 22 décembre, vise plutôt l’élection des membres du Conseil de l’Ordre. Deux types de profils peuvent y prétendre: ceux ayant 20 ans d’ancienneté et plus, puis ceux ayant entre 10 et 20 ans d’expérience. Pas de parité hommes-femmes. 

Près de 200 prétendants se sont présentés à cette course électorale, selon des estimations. Difficile d’obtenir une statistique exacte. «Et pour cause, beaucoup de candidats se désistent. Les us et coutumes font que le nouveau bâtonnier présente sa liste. Les candidats qui veulent y figurer se livrent une bataille sans merci», témoigne un avocat. En fin de course, 21 membres devront siéger au Conseil de l’Ordre. Un seul siège est accordé d’office au bâtonnier sortant, Mohammed Hissi.

Ces élections livrent des indices auxquels il faudrait rester attentif. Primo, la profession ne veut plus de «bâtonniers-stars», comme feu Mohammed Taïb Naciri. «Nous avons besoin d’un Ordre qui prend soin de nos besoins sociaux comme l’assurance maladie et la retraite», confie un jeune praticien.

Pour la nouvelle génération, les actes comptent plus que l’intuitu personae. Secundo, une mouvance réformatrice sort de l’ombre. Elle inquiète au point peut-être qu’on y a vu «une confrontation entre avocats “francisants” et arabophones». Malgré un score honorable, Me Karim Chraïbi a fait les frais d’une diversité culturelle mal vue.

Repères

  •  3.889 avocats inscrits au barreau de Casablanca
  • 2 tours pour l’élection du nouveau bâtonnier   
  • 2.546 votants au premier tour contre 2.575 au second
  • 115 bulletins de vote annulés au premier tour contre 117 au second
  • 66% des avocats du barreau de Casablanca ont voté au second tour.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc