Primary tabs

Analyse

Flexibilisation du dirham: «Le dossier n’est pas clos»

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5173 Le 21/12/2017 | Partager
La suspension sine die de la réforme laissera des traces
Le gouverneur de BAM insiste sur son caractère irréversible

A sa traditionnelle conférence de presse d’après le Conseil de la politique monétaire mardi 19 décembre, le gouverneur de Bank Al-Maghrib est revenu longuement sur l’épisode du report (toujours pas compris) de la réforme du régime de change du dirham vers plus de flexibilisation. 

Le sujet a été abordé avec le FMI au cours de la récente mission des experts dans le cadre de l’article IV des statuts du Fonds et de la revue de la ligne de précaution et de liquidité (LPL). Le FMI est un défenseur historique de la réforme du régime de change du dirham. Ses experts l’ont encore rappelé aux autorités monétaires et au gouvernement.

Les études d’impact de la réforme sur les comptes extérieurs, l’inflation, les finances publiques ont été réalisées par la Banque centrale, confirme le gouverneur. Mais, paradoxalement, c’est sur l’argument de «nous voulons avoir plus de recul sur les incidences de la révision du régime de change» que le chef du gouvernement avait justifié le report sine die de cette réforme en juillet dernier. Le mouvement Hirak était alors au plus haut.

Le gouverneur de Bank Al-Maghrib a insisté sur la transparence dont a fait preuve l’institution afin que tous les opérateurs économiques et l’opinion publique soient informés de tous les détails. Il rappelle un certain nombre d’assurances. Le passage à la flexibilité du régime de change du dirham se fera de manière graduelle. Dans une première étape, le changement se traduirait par l’élargissement de la bande de fluctuation du dirham, mais le panier et les pondérations (40% pour le dollar et 60% l’euro) restent inchangés.

Deux, «il n’y aura pas de dévaluation car le dirham n’est pas désaligné». En plus des calculs de BAM, les simulations du Fonds monétaire international l’ont confirmé. Trois, la flexibilisation du dirham est un choix volontaire et non pas une conséquence d’un contexte de crise de change comme cela a été en Egypte.

Le matelas des réserves de changes à cette période (juillet) était à 6 mois d’importations, soit plus que la recommandation du FMI (4 mois). L’inflation est maîtrisée, le secteur bancaire est résilient. La soutenabilité budgétaire (3,5% du PIB) était acquise et l’endettement du Trésor stabilisé avant de commencer une décrue en 2018.

Selon le planning initial, la mise en œuvre devait intervenir le 1er juillet au terme d’un long processus de concertation (banques, CGEM, grandes entreprises exposées au risque de change). La campagne de sensibilisation des opérateurs économiques faite par les banques a laissé croire à la Banque centrale que les appréhensions s’étaient apaisées.

Mais dès les mois de mai et juin, le mouvement d’achats massifs de devises (disproportionnés par rapport aux chiffres habituels) soulève alors des inquiétudes à la Banque centrale. Sur ces deux mois, au total 45 milliards de DH ont été échangés. C’est bien au-delà du niveau normal. Ce qui a eu pour don d’irriter à l’époque le gouverneur de Bank Al-Maghrib qui accusa ouvertement les banques d’avoir spéculé sur la dévaluation du dirham. Il rappelle la réglementation: «Ne sont acceptées que les couvertures adossées sur une opération de commerce extérieur. Tout le reste est en principe interdit même si certaines sont tolérées».

Cinq mois après le faux départ de la réforme, le dossier n’est pas clos car les investigations menées par l’Office des changes ne sont pas encore achevées. S’il y a eu des écarts, les sanctions seront prononcées, assure Jouahri. Mais il dit «positiver les choses vis-à-vis des banques parce que nous devons tirer tous les enseignements de ce qui s’est passé».

Le statu quo n’est pas possible

Quelles que soient les raisons du report de la réforme du régime de change, nous ne pouvons pas faire l’économie d’une flexibilisation du dirham (qui n’a rien à voir avec la libéralisation du compte capital), rappelle le gouverneur de Bank Al-Maghrib. Si l’on veut faire de Casablanca un hub financier au niveau continental, accompagner la stratégie africaine du pays et les accords de libre-échange, on ne peut pas rester dans la situation actuelle. Un homme averti…

 

Retrouvez dans la même rubrique

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc