Régions

Fès: Colère de riverains contre une gare improvisée

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5171 Le 19/12/2017 | Partager
Vente de billets, stationnement d’autocars, attentes, bruits… en bas d’un immeuble
La compagnie Laghzaoui à l’origine des perturbations
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La vie des habitants de l’immeuble Jawhara est transformée en calvaire depuis l’installation d’une agence de transport Laghzaoui. Prévue initialement pour être une agence de messagerie, elle est devenue aujourd’hui, à l’insu des autorités, une agence de billeterie et une gare routière improvisée (Ph. YSA)

L’ouverture d’une agence de transport Laghzaoui, au rez-de-chaussée de l’immeuble Jawhara 1 à Fès, continue d’alimenter la polémique. Les habitants, premiers concernés, crient au scandale, sachant que leur logement se situe sur une artère passante (l’avenue Moulay Rachid). Ils se disent «continuellement dérangés par l’activité créée par cette agence et les nuisances sonores causées par les autocars de la compagnie».

Dans un courrier adressé aux autorités locales et élues le 8 novembre dernier, les habitants se sont catégoriquement opposés à l’implantation d’une agence de transport en bas de chez eux. Ils y dénoncent, selon leurs propos, un «racolage», source de plusieurs maux.

«L’activité de cette compagnie nuit à notre quiétude et santé. Outre la fumée dégagée par les autocars et le bruit assourdissant émanant des véhicules, l’entrée de notre immeuble est squattée, tout au long de la journée et une partie de la nuit, par des voyageurs ainsi que d’autres individus», indique Omar Jabr, représentant des habitants. Et d’ajouter: «Le sommeil de nos enfants est troublé par les moteurs. Nous craignons également un risque d’accident, car nombre d’autocars remplissent au milieu de la chaussée».  

Pour appuyer leur objection, les habitants de Jawhara 1 ont fait appel au service d’un huissier de justice. Lors de sa visite, en date du 22 novembre, ce dernier «a constaté que trois autocars de la compagnie stationnaient devant l’immeuble en question et que des voyageurs procédaient à l’achat des billets dans l’agence».

«Une agence qui a pris les allures d’une gare routière, alors qu’elle nous a été présentée au début comme un bureau pour le service de messagerie», déplore un habitant. Ce dernier affirme qu’il met son appartement en vente «à cause de ce dérangement désagréable».

Contacté par L’Economiste, Mohamed Khaled Laghzaoui, propriétaire de la compagnie du transport, se dit «surpris» par l’intérêt accordé à ce dossier. Il affirme qu’effectivement à «un moment donné son activité a dérangé les riverains, surtout lors des travaux d’aménagement de l’agence. Pas aujourd’hui». Pour ce qui est de l’arrêt des autocars, en plein centre-ville, Laghzaoui n’y voit aucun problème.

Après avoir vendu l’ancien local de son entreprise, sis boulevard Mohammed V, il a décidé d’installer l’agence de billetterie pour Sefrou, précise-t-il, à l’avenue Moulay Rachid. «Le transport des voyageurs démarre à 7h30 pour se terminer vers 20 heures.

A noter que nos autocars stationnent loin de l’immeuble», minimise le patron de la compagnie. D’un ton sûr, il botte en touche les accusations de nuisance et nous oriente vers les responsables de la ville qui l’ont «autorisé» à exercer dans un quartier résidentiel et en face d’une clinique. Avant de raccrocher, il dit «avoir enregistré notre numéro de téléphone et fera appel à nous pour régler ses problèmes avec autrui».

De son côté, Driss El Azami El Idrissi affirme n’avoir délivré aucune autorisation d’exercer à la compagnie Laghzaoui. «Pas question de permettre à quiconque de déranger les citoyens. Une telle activité ne s’exerce pas en plein centre ville», indique le maire. D’ailleurs, la compagnie de transport a été sommée par les responsables de la ville de ramener son activité vers la gare routière loin des quartiers d’habitation.

«Son propriétaire a demandé à me voir», confie le maire. Signalons enfin que face aux multiples problèmes que connaît la gare routière (anarchie de gestion, insécurité…), deux compagnies ont installé leur activité au quartier Atlas en face de la CTM et l’avenue Doukkarate. Là bas, le voisinage a toujours été conciliant.

A quand une nouvelle gare?

Un conflit perpétuel entre les gestionnaires de la gare routière et les responsables de la ville traîne depuis des dizaines d’années devant les tribunaux. Sans plus attendre, la mairie étudie la possibilité de construire une nouvelle gare routière aux normes internationales. L’ancienne structure est pour sa part dans une situation lamentable, à en juger du rapport 2014 de la Cour des comptes. Celui-ci parle d’une gestion «anarchique» de la gare routière de Fès. Propriété de la Commune de Fès, cette gare est gérée par une entreprise qui n’a jamais payé sa valeur locative. Aussi, la gare manque-t-elle cruellement de ressources humaines. De plus, ses locaux et terrasses sont sauvagement squattés par des vendeurs ambulants. D’où l’appel de la Cour à une réorganisation de fond en comble. Un avis partagé par l’ex-maire de la ville, Hamid Chabat, qui reconnaît les maux de cette gare et ses drôles d’ardoises «héritées» par son conseil. «Nous avons tenté de résoudre cette situation, mais nos interventions n’ont rien donné, ni amicalement, ni pénalement… faute de quoi, nous avons opté pour le maintien de ce service public en attendant de trouver un autre terrain pour construire une gare en bonne et due forme», répondait-il.

De notre correspondant, Youness SAAD ALAMI

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