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Culture

Musique: «Arabæsque» réunit les compositeurs arabes

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5167 Le 13/12/2017 | Partager
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Marouan Benabdallah a réussi à répertorier plus de 80 compositeurs arabes de musique classique dans le but de présenter leurs œuvres sur la scène de concert internationale (Ph. MA)

Ils sont plus de 80 compositeurs de musique classique dite «occidentale», méconnus du grand public, pour la plupart, et répertoriés par le projet  «Arabæsque». Un projet musical initié en septembre 2014, par le talentueux pianiste marocain Marouan Benabdallah et soutenu par  l’Académie Royale du royaume du Maroc.

  Le projet a pour objectif de rechercher les compositeurs classiques arabes et de présenter leurs œuvres sur la scène de concert internationale. Le premier de ce projet musical a d’ailleurs été abrité par l’Académie, mercredi 6 décembre, mené brillamment par Marouan Benabdallah lui-même.

- L’Economiste: Vous avez initié le projet Arabæsque, quelle a été la genèse de ce projet?
- Marouan Benabdallah:
Par nature, je suis quelqu'un de curieux et j'ai toujours été attiré par le répertoire méconnu, rarement joué. Cela faisait quelques années que j'essayais de trouver des compositeurs classiques du monde arabe. Un beau jour, en septembre 2014, j'en ai découvert un, puis deux, puis trois, puis 10, 20, 30, 40, 60, 80. J'ai décidé d'en faire un projet et partager avec le public le fruit de mes recherches qui n’ont pas toujours été faciles. J'ai eu la chance de rencontrer Abdeljalil Lahjomri, le Secrétaire perpétuel de l'Académie du Royaume du Maroc qui m'a entendu en concert et a vu le potentiel dans ce projet et l'intérêt de le présenter au Maroc. L'Académie du Royaume du Maroc a décidé de soutenir le projet et de le prendre sous son aile. Nous venons de lancer la série avec un premier récital de piano qui sera suivi d'autres concerts, symphoniques, de musique de chambre et autres. C'est le début d'une longue aventure et le premier concert a été un réel succès, avec une salle comble et un public très attentif.

- La musique classique occidentale compte aujourd’hui des compositeurs de diverses origines. Quelle est la particularité des compositeurs «arabes» par rapport aux autres?
- C'est très simple, ils apportent une touche arabe à la musique occidentale, ou dans certains cas, une touche occidentale à la musique arabe. Ils créent un nouveau langage musical à la croisée des cultures et des traditions musicales.

- Vous avez recensé quelque 80 compositeurs? Quel est leur point commun ? Peut-on parler aujourd’hui d’une «école» arabe de musique classique occidentale?
- Leur point commun, ce sont tous des compositeurs issus des pays arabes, formés dans la tradition occidentale. On ne peut pas parler d'école et les mettre dans un même panier car il s'agit d'un groupe très hétérogène dont les membres ont tous des parcours différents: ils sont nés dans des pays différents, ils ont été formés dans différentes écoles (en Russie, en Autriche, en Ukraine, en Italie, en France, au Royaume Uni, aux Etats-Unis), et aujourd'hui, ils vivent, enseignent, composent dans leur pays d'accueil, leur pays d'origine ou ailleurs.
- Pourquoi, à votre avis, l’œuvre de ces compositeurs, aussi qualitative soit-elle, reste méconnue du grand public?
- Aujourd'hui, les gens ne cherchent pas l'information. Ils attendent qu'elle aille vers eux, et les médias sont d'une importance primordiale et ont une responsabilité dans ce processus. Le fait que vous consacriez un article au lancement de la série Arabæsque initiée par l'Académie du Royaume du Maroc leur assure une certaine visibilité et j'espère que vous nous accompagnerez tout au long de ce chemin. Je dois ajouter que certains compositeurs sont reconnus, ou étaient reconnus de leur vivant, tels que le libanais Anis Fuleihan (1900-1970) qui a vécu une grande partie de sa vie aux Etats-Unis et dont les œuvres étaient publiées par les grandes maisons d'édition américaines et jouées par le Philharmonique de New York par exemple. Il y a aussi le jeune Mohammed Fairouz (1985) dont les œuvres sont publiées chez le prestigieux label Deutsche Gramophon. Le marocain Ahmed Essyad (1938) est régulièrement joué en France ou encore Zad Moultaka (1967)... Mais en effet, ce n'est qu'une petite minorité. Le projet et la série Arabæsque permettront au public de mieux connaître tous ces auteurs.

- Vous nommez votre projet Arabæsque, un terme très utilisé par les «orientalistes», ne craignez-vous pas de renforcer l’image «exotique» que colporte ce terme?
- L'exotisme n'est pas forcément péjoratif! S'il est synonyme de rareté, unicité et attire la curiosité, alors pourquoi pas! D'ailleurs, écrit de cette manière -avec la lettre centrale «æ»-, il est unique, il reflète un peu la rencontre de l'est avec l'ouest -et le contraire- ...

Propos recueillis par Amine BOUSHABA

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