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Sciences humaines et sociales: Au Maroc, la recherche se provincialise!

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5166 Le 12/12/2017 | Partager
Excès de publications en langue arabe, liées à des sujets nationaux
L’arabisation des enseignements et l’enfermement des universités en cause
47,5% des chercheurs n’ont produit qu’un article en 17 ans, et la moitié n’a jamais publié!
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Le Maroc est le premier objet des études des auteurs marocains. Ces derniers choisissent, également, de publier en majorité dans des revues marocaines. Ils restent très peu ouverts sur l’international et sur les thématiques de recherches scientifiques mondiales

La bibliothèque de la Fondation Abdul-Aziz Al Saoud fait partie des rares structures au Maroc à présenter un échantillon bibliographique assez consistant pour être étudié. Avec son million de notices bibliographiques, dont 106.280 relatives à des auteurs marocains, elle permet de donner un aperçu général de la production scientifique des chercheurs marocains, en sciences humaines et sociales. La structure a d’ailleurs déjà participé à trois grandes évaluations.

Deux ont été réalisées par l’Institut de recherche pour le développement (IRD, France) en 2002 et en 2007, tandis que la troisième a été menée par le sociologue Mohamed Cherkaoui en 2009, pour le compte du ministère de l’Enseignement supérieur.
La base de données de la Fondation dresse un tableau plutôt sombre de la production marocaine. Sur les 106.208 publications enregistrées depuis 1956, plus des deux tiers (67%) ont été réalisées entre 2000 et 2017.

Près de 80% sont consacrées aux sciences humaines et sociales (87.931). Trois grandes disciplines concentrent 50% des productions intellectuelles, à savoir la société, le droit, l’histoire et l’islam. Le reste est dédié à des œuvres littéraires (18.349). Seulement 11,3% du total est assuré par des femmes.

L’essentiel des travaux est présenté en langue arabe (72,4%). Le français ne compte que pour 24%, contre 3,5% pour les autres langues étrangères. Seulement deux champs d’études restent principalement francophones: l’économie et la gestion.      
Les auteurs marocains publient les trois quarts de leurs travaux au Maroc (73,5%), accessoirement au Moyen-Orient (23,2%). Rares sont ceux qui le font dans d’autres régions du monde (3,27%). Ils préfèrent les revues marocaines et se concentrent en priorité sur le Maroc (voir illustration). «Nous faisons face à un excès de localisme et à une certaine provincialisation de la recherche.

L’arabisation de l’enseignement des sciences humaines et sociales et l’éloignement des universités étrangères a contribué à cette situation. Les chercheurs sont prisonniers d’un milieu bien local», explique Mohamed Sghir Janjar, directeur adjoint de la Fondation Abdul-Aziz Al Saoud de Casablanca. Janjar intervenait la semaine dernière au séminaire international sur l’évaluation de la recherche scientifique, organisé par le Conseil supérieur de l’éducation.

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Près de la moitié des publications sont sous forme d’articles de revues. Les contributions dans des ouvrages arrivent en deuxième position, suivies des livres. L’arabe est la langue dominante (près des trois quarts des publications)

«Du côté des étudiants, nous observons un enfermement et un retour sur soi. La majorité consulte des revues marocaines et des contributions en langue arabe. Ils ne sont malheureusement pas formés pour se questionner et s’ouvrir sur le monde», poursuit-il. Or, dans un environnement décloisonné, il est important de s’arrimer sur les débats scientifiques mondiaux.

Les auteurs marocains sont, en outre, très peu «publiants». Près de la moitié n’a jamais rien édité. 47,5% n’ont publié qu’un seul article sur les 17 dernières années. Moins de 5% comptent plus de 17 textes, soit un par an, sur la période. Les enseignants-chercheurs, qui représentent une population d’environ 13.820 personnes, peu motivés, ne publient que très rarement.

Livrer des productions scientifiques ne change par grand-chose à leur carrière. Ils peuvent toujours être promus grâce à leur ancienneté. «Il existe trop de promotions. En 10 ans, vous pouvez passer au grade de professeur de l’enseignement supérieur, PES.

En France, c’est très sélectif. Sur une cohorte entière, seuls 20% peuvent passer de la 2e classe à la première», confie le président de l’université de Marrakech, Abdellatif Miraoui. Peu satisfaits de leur environnement universitaire, beaucoup cumulent plusieurs activités lucratives.

 

 

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