Dossier Spécial

Euler Hermes: Risque pays satisfaisant, mais…

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5157 Le 28/11/2017 | Partager
«La croissance reste décevante et l’investissement peu productif»
40% des exportations concentrées sur la France et l’Espagne
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Les IDE sont principalement concentrés dans l’immobilier, suivi par le commerce et la construction. Et les pays du Moyen-Orient, dont la conjoncture traverse un coup de «mou» figurent parmi les principaux investisseurs

Le risque Maroc est réduit mais les fragilités liées au modèle économique persistent. A l’occasion de la 5e édition de l’observatoire international du commerce qui se tient à Casablanca aujourd’hui mardi 28 novembre, Euler Hermes dresse l’état des lieux et les perspectives économiques pour 2018. Le Maroc ne bénéficie pas entièrement de la reprise au niveau mondial.

Le retour de la croissance et avec des commandes a un impact relativement limité dans un contexte marqué par le retour du protectionnisme en particulier aux Etats-Unis et en Chine. C’est ce qui ressort de l’analyse effectuée par Euler Hermes. «Nous considérons le risque Maroc comme relativement réduit. C’est pour cela que nous lui accordons une notation B1, la meilleure pour un pays africain».

Pour Stéphane Colliac, économiste senior en charge de la France et de l’Afrique chez Euler Hermes, les risques financiers sont bien contrôlés, les réserves de change représentent 6 mois d’importations alors que le déficit extérieur (déficit courant) est financé pour près de 65% par des investissements directs étrangers.

L’économie est solide et le Maroc bénéficie entièrement de la reprise mondiale. Les Etats-Unis, la zone Euro, la Chine et le Japon croissent en même temps. Dans la zone Euro en particulier, la confiance des entreprises est également de retour. Mais au Maroc la croissance est jugée «décevante»: 3,8% en 2017, et n’atteindrait pas les anticipations antérieures de Euler Hermes, soit 4,5%.

Cela tient en particulier au faible impact de l’investissement: en moyenne entre 2015 et 2017, il a investi plus de 30 points du PIB, alors que la croissance économique a péniblement dépassé les 3%. Des réformes fondamentales sont jugées nécessaires en vue de casser la spirale d’un investissement qui ne bénéficie pas à tous les secteurs. «Il ne suffit pas de pouvoir créer une entreprise, il faut aussi pouvoir lui donner des débouchés si on veut qu’elle survive», souligne Colliac.

Le gouvernement promet une nouvelle démarche pour améliorer le rendement des investissements publics.  Ils  obéiront dorénavant à une nouvelle logique à travers des règles et outils de gestion unifiés. Une base de données des projets sera mise en place.

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Le déficit du compte courant de la balance des paiements devrait se situer autour de 4% du PIB à fin 2017. Les réserves extérieures se maintiendraient à près de 6 mois d’importations

Elle devrait assurer une vision actualisée et complète du processus d’identification, de programmation et de mise en œuvre des projets, de leurs indicateurs socio-économiques et de leur implantation sur le territoire. Ce qui devrait mettre fin à la programmation sans étude préalable sur le rendement économique et social ainsi que le coût et la durée de réalisation.

Pour Euler Hermes, l’économie marocaine reste également à plusieurs niveaux trop concentrée. 40% des exportations vont vers l’Espagne et la France alors que la diversification des partenaires commerciaux permettra de moins dépendre de la conjoncture de ces pays. De même, le secteur agricole joue toujours un rôle trop important dans la croissance, alors que le non-agricole plafonne.

«La construction a un poids encore trop fort dans l’investissement, particulièrement étranger. Si le Maroc bénéficie de réussites visibles (automobile), il aurait besoin d’autres succès de ce type pour croître plus fortement», soutient l’économiste en chef d’Euler Hermes.

Pour 2018, l’assureur crédit prévoit un ralentissement de la croissance. «Elle diminue  déjà, puisqu’elle n’a été que de +3,8% au 3e trimestre, contre +4,2% au 2e trimestre 2017», souligne Colliac. Le PIB non agricole n’arrivera pas à pallier une baisse de la valeur ajoutée agricole en 2018. Deux raisons sont avancées. Premièrement, la croissance agricole de 2017 (+15%) ne se renouvellera pas en 2018 où une croissance plus proche de 3% est attendue. Deuxièmement, le non agricole ne devrait accélérer que légèrement en 2018, de 2,6% à 3%.

La flexibilité du dirham, incontournable

La flexibilité du dirham, reportée alors que les préparatifs étaient bien avancés, a inquiété les opérateurs. Le Maroc a perdu près de 2 milliards de dollars de réserves de change en juin dernier, car la flexibilité a été interprétée comme le risque d’une dépréciation. «Nous considérons que la flexibilité sera in fine le sens de l’histoire. Le risque de change et sa couverture par des outils appropriés est une composante fondamentale d’une économie ouverte et développée financièrement», souligne l’économiste senior d’Euler Hermes. Pour lui, il est fondamental qu’un pays ouvert possède un taux de change qui évolue de façon à maintenir sa compétitivité. Il faudra donc venir à davantage de flexibilité et aux instruments de couverture qui vont avec.

 

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