Politique

Les chantiers urgents du nouveau pilote de l’Istiqlal

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5122 Le 09/10/2017 | Partager
Après sa victoire écrasante, Nizar Baraka doit resserrer les rangs du parti
«Réconcilier et récupérer la confiance des militants»
Montée en puissance de l’homme du Sahara, Hamdi Ould Rachid
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Le nouveau secrétaire général de l’Istiqlal, Nizar Baraka, s’est fixé comme objectif de «créer une nouvelle dynamique et redonner vie aux instances du parti vidées de leur substance» (Ph. Bziouat)

L’Istiqlal vient de tourner la page Hamid Chabat pour en ouvrir une nouvelle, avec l’élection de Nizar Baraka à une écrasante majorité de 924 voix contre 230 pour son adversaire Hamid Chabat. C’est le Conseil national, issu du congrès de la semaine dernière, qui a départagé les deux candidats après une journée de fortes tensions. Sur les 1.280 membres que compte cette instance, 1.238 ont voté. Dans le camp du vainqueur, c’est la délivrance après tant d’inquiétudes sur d’éventuelles suspensions pouvant déboucher sur un report.

Après la proclamation des résultats, Nizar Baraka s’est tout de suite fondu dans le nouveau costume  de secrétaire général de l’Istiqlal pour présider une autre élection décisive des membres du comité exécutif. Cela n’a pas été de tout repos puisqu’au moment du vote, la salle a été envahie par des militants, visiblement acquis à la cause de Chabat, en scandant des slogans et qui ont fini par bloquer la séance. Le nouveau patron de l’Istiqlal a beau réclamer le calme, personne ne l’écoutait. Les partisans de Chabat étaient hostiles à la liste des membres du comité exécutif qui leur laissait très peu de place. 

Ce désordre où le secrétaire général n’est pas audible montre l’ampleur du travail qui l’attend s’il veut vraiment pacifier et unifier les rangs du parti. Il est conscient des enjeux et de l’état dans lequel se trouve l’Istiqlal. «Aujourd’hui, le but est la réconciliation pour renforcer l’unité du parti», a déclaré Nizar Baraka, juste après sa victoire. Il ne perd pas de vue l’objectif qui consiste à «réhabiliter la politique et récupérer la confiance des militants et des citoyens dans l’Istiqlal».

Un ancien ministre va jusqu'à affirmer que l’élection de Nizar Baraka marque la fin de l’ère du populisme et le retour aux valeurs du parti. Pour le nouveau pilote, «l’objectif est de créer une nouvelle dynamique et redonner vie aux instances du parti vidées de leur substance».
En tout cas, les istiqlaliens mais aussi une grande partie de l’opinion publique ne sont pas prêts d’oublier les incidents honteux qui ont éclaboussé le 17e congrès, marqué par des jets d’assiettes volantes au dîner, un moment convivial par excellence (cf. nos éditions du 2 et 3 octobre 2017 www.leconomiste.com).

Personne ne pouvait imaginer que les tensions entre les deux clans qui se disputaient le leadership allaient en arriver là. Dans le processus de remise en cause de Chabat, qui a démarré il y a plusieurs mois au sein du comité exécutif, tout le monde a assisté à la montée en puissance progressive de Hamdi Ould Rachid, devenu au fil des semaines l’homme fort de cette formation politique. Un grand notable du Sahara, ancien agent d’autorité et député maire de Laâyoune depuis plusieurs années.

Le président du Corcas, Khalli Hanna Ould Rachid, est son frère. Dans un premier temps, il partageait le leadership de la rébellion contre Chabat avec l’ancien ministre Abdessamad Kayouh, un autre notable de la région d’Agadir. Mais au finish, Hamdi Ould Rachid a accéléré la cadence pour occuper seul le haut du podium.

Cela se traduit par le renforcement de sa position au sein du nouveau comité exécutif. A l’avenir, Nizar Baraka devra composer avec lui, même si le président du Conseil économique, social et environnemental, dispose d’un coach politique informel, qu’est son beau-père, Abbès Al Fassi, l’ancien Premier ministre et patron de l’Istiqlal. Reste qu’avec l’élection de Nizar Baraka, l’Istiqlal revient dans le giron familial, après la parenthèse de Hamid Chabat, originaire de la région de Taza.

Istiqlal-PJD: Fin de la lune de miel

La victoire écrasante de Nizar Baraka remet en cause le rapprochement entrepris par l’ancien secrétaire général avec le PJD. Après une longue période marquée par des attaques mutuelles, Hamid Chabat et Abdelilah Benkirane ont entamé une lune de miel, particulièrement depuis la proclamation des résultats des élections législatives du 7 octobre. Si Chabat tenait à sa proximité avec Benkirane, Nizar Baraka a immédiatement marqué son territoire. Après l’annonce de sa candidature au secrétariat général de l’Istiqlal, sa première torpille a visé le PJD, l’accusant de reprendre le discours de l’Istiqlal et sa légitimité. Il lui a reproché d’avoir profité de sa position au gouvernement pour s’implanter dans la haute administration et dans le monde rural (cf.www.leconomiste.com). Cette sortie publique a crédibilisé le candidat et l’a placé dans une autre  posture qu’il n’avait pas.

 

 

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