Economie

Energie renouvelable: Le modèle allemand vend la flexibilité

Par Jean Modeste KOUAME | Edition N°:5119 Le 04/10/2017 | Partager
Un système électrique décentralisé, vers 100% d’énergie propre
Un marché qui mise sur l’éolien et le solaire photovoltaïque
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La forte poussée des énergies renouvelables (principalement l’éolien et le solaire photovoltaïque) contraste avec le déclin du charbon et du nucléaire dans le mix électrique allemand. Les énergies renouvelables sont passées de 20% à 29,5% du mix électrique entre 2011 et 2016

Près de 10 millions de personnes travaillent dans les énergies renouvelables à travers le monde. Selon l’Agence de coopération allemande, la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ), le secteur atteindra 26 millions d’emplois à l’horizon 2050.

Cependant, il n’y a pas que des opportunités à une transition énergétique, il y a aussi des défis notamment la flexibilité en réponse à la variabilité des énergies renouvelables. Contrairement à l’Allemagne, le marché marocain de l’énergie n’est pas ouvert. Il n’est même pas un marché régulé. A ce niveau, l’ouverture du marché de la moyenne et de la basse tension est aussi un axe d’incitation au développement des énergies renouvelables, avec la possibilité pour l’ONEE de racheter les excédents de production.

En la matière, l’Allemagne est un pionnier. Dans les années 2008-2009, le made in Germany installait la moitié des installations solaires mondiales. Aujourd’hui, la situation est différente. Les marchés les plus dynamiques sont ceux des pays émergents comme la Chine. L’Allemagne n’installe que 3 à 4% de l’ensemble des installations photovoltaïques au niveau mondial, mais a développé de l’expertise et a permis la baisse des coûts significatifs. «Si les coûts sont aussi bas aujourd’hui, c’est parce qu’il y a 15 ans, les consommateurs allemands étaient prêts à porter les coûts de développement technologique»,  soutient Dimitri Pescia, associé principal à Agora Energiewende, l’un des think-tank les plus influents dans le secteur de l’énergie en Europe.

Le pays mise essentiellement sur le solaire photovoltaïque en mer et terrestre. L’objectif est d’arriver à 50% d’énergie renouvelable dans le mix électrique en 2030 et une baisse de la production de charbon de 68% pour atteindre les objectifs climatiques. Dans sa stratégie, 90 giga Watt du système électrique allemand installé provient essentiellement de l’éolien en mer et terrestre et du solaire photovoltaïque, pour un système d’une capacité de 80-85 giga Watt. Le système qui émerge actuellement en Allemagne se base complètement sur la variabilité des énergies renouvelables. Ce qui a des répercussions importantes sur l’organisation du marché.

Il y a une quinzaine d’années, le marché était centralisé, avec de grandes installations qui injectaient l’électricité au niveau des réseaux de haute tension, qui ensuite desservaient les consommateurs basse tension. Avec la transition énergétique, on y compte à peu près 25.000 éoliennes, 1,5 million d’installations photovoltaïques, qui alimentent les réseaux de distribution. Cette métamorphose a facilité le développement de projets renouvelables et la décentralisation de la production. Les citoyens sont au cœur de cette transition: plus de 900 coopératives, et de nombreux agriculteurs, constituent les premiers installateurs de parcs éoliens ou photovoltaïques, devant les grands énergéticiens.

Environ 40% des installations sont la propriété de citoyens, qui ont investi dans des installations de petite taille. Jusqu’en 2012-2014, l’essentiel des investissements dans les énergies renouvelables était porté par les citoyens. Cela est possible grâce à une volonté politique. Au Maroc, des progrès sont en cours pour relever les contraintes au développement des énergies renouvelables, notamment avec des solutions pour le renforcement des réseaux par l’ONEE, l’utilisation d’autres technologies comme les STEP, l’introduction du gaz…

Depuis 2 ans, le Maroc et l’Allemagne collaborent dans la modélisation de scénarios électriques. Cette assistance technique, apportée par l’Agence de coopération allemande (GIZ), a pour objectif d’accompagner les autorités et autres acteurs-clés sur les choix de trajectoires possibles pour le Maroc. «Le Maroc est leader en Afrique en matière d’énergies renouvelables. Pareil pour l’Allemagne en Europe. Nous avons beaucoup à gagner à échanger et coopérer sur les questions énergétiques», souligne Stéphane Bourgeois, co-chair du secrétariat du Partenariat énergétique maroco-allemand (Parema).

 Modèles économiques

Différentes options de flexibilité sont en concurrence en Allemagne: échange d’électricité avec les voisins via les infrastructures de réseau, échange inter-territoire, utilisation flexible des centrales thermiques, gestion des demandes (déplacement de la demande au moment où les prix sont au plus bas), le stockage… L’essentiel de la flexibilité est porté par l’échange entre voisins et les centrales. Il est courant qu’en plein milieu de semaine, on baisse la production d’électricité d’origine nucléaire et charbon et injecte dans le réseau de l’électricité d’origine renouvelable. En août 2015, l’Allemagne a réalisé un record, avec près de 83% de la consommation couverte par la production renouvelable, pendant plusieurs heures.

 

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