Société

Révolution tunisienne, l’envers du décor

Par Reda BENOMAR | Edition N°:5114 Le 27/09/2017 | Partager
Un livre qui décortique la société dans ses moindres travers
Une radioscopie de Pierre-Noël Denieuil, diplomate basé en Tunisie

La révolution tunisienne a débuté le 17 décembre 2010 avec l’immolation de Mohamed Bouazizi dans la ville de Sidi Bouzid. Le 14 janvier 2011, suite à un mois de mouvements sociaux déclenchés depuis les régions déshéritées, et relayés par les réseaux sociaux, s’effondrait le régime du président Ben Ali en Tunisie.

Pierre-Noël Denieuil, directeur de recherche au CNRS, dirigeait à la même époque l’IRMC (Institut de recherche sur le Maghreb contemporain) de Tunis de 2008 à 2013. Il a assisté aux prémices du soulèvement populaire et vient de publier un livre sur son expérience: Le chercheur, le diplomate et la révolution tunisienne, Mémoires d’un directeur d’institut français en Tunisie. L’auteur s’y présente comme un défenseur de «la liberté d’expression» sous la dictature de Ben Ali, puis «comme un sympathisant du processus démocratique et social de «la révolution tunisienne», explique-t-il.

Cet ouvrage retrace les quatre années de débats, d’expérimentation institutionnelle, de transactions sociales et politiques qui ont suivi la chute du régime de Ben Ali. Le livre est étayé par des chronologies et une revue de presse, par des témoignages produits au fil des jours par des universitaires tunisiens, et par des résultats de recherches sociologiques et anthropologiques. Au fil de l’histoire, de l’information à l’interprétation, l’auteur restitue une mémoire parfois oubliée, et invite son lecteur dans les rouages de la fabrication d’une révolution et au cœur d’un mouvement social en fusion.

Le livre relate d’abord l’expérience diplomatique et scientifique du directeur de l’Institut  de recherche sur le Maghreb contemporain à Tunis, confronté en 2011, à la révolution tunisienne. «Plusieurs livres s’enchevêtrent dans ce témoignage authentique», confie Pierre-Noël Denieuil. L’un sur la société tunisienne depuis le contrôle du régime de Ben Ali dans un  contexte peu propice à la liberté d’expression, jusqu’aux mutations de la révolution.

L’autre sur la radioscopie d’un  Institut français de recherche à l’étranger et de la coopération universitaire franco-tuniso-maghrébine. L’auteur nous dévoile l’envers du décor de l’administration de la recherche. Il nous livre ses valeurs humaines, ses tactiques  face aux petits pouvoirs, ses manières de gérer l’argent et la science.
Cet ouvrage relate aussi la confrontation des mondes du chercheur et du diplomate. Il y est question des cultures de la diplomatie, de ses rituels de réunions et d’informations, des codes, valeurs, symboles qui fondent son langage. L’auteur nous convie au cœur du dispositif français de coopération. Il raconte les pressions politiques, des interactions avec le ministère des Affaires  étrangères aux enjeux inavoués de la diplomatie scientifique.

Le dernier volet égrène une réflexion sur des sujets tels que les sciences sociales, l’écriture de la société, la théorie des réseaux, l’agir organisationnel, les violences scolaires, les relations  internationales avec la Libye, les évolutions anthropologiques de la société tunisienne.

Fin connaisseur de la Tunisie

Le lecteur tient ici un document ethnographique où Pierre-Noël Denieuil accumule avec insolence des observations sur la diplomatie française ainsi que sur son passage en Tunisie. «J’ai écrit de nombreux ouvrages et articles sur la Tunisie, l’entrepreneuriat maghrébin, les cultures du développement local et territorial. C’est un pays que je connais bien», conclut le directeur de recherche au CNRS. Ses actuelles recherches portent sur les nouvelles orientations et expertises de la coopération internationale en matière de développement régional en Tunisie depuis 2011.

 

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