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Economie

Réforme de l’éducation: Hassad imprime son rythme

Par Mohamed BENABID | Edition N°:5048 Le 19/06/2017 | Partager
Une approche bottom-up et le plus de déconcentration possible
Les résultats doivent être «lisibles, concrets et faciles à mesurer»
Les premiers effets dès cette rentrée
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«Le mandat de Hassad à la tête des départements et de l’Education et de l’Enseignement supérieur sera l’un des plus suivis pour ce gouvernement.  La dernière enquête de L’Economiste (cf. notre édition du 29 mai 2017) l’a d’ailleurs placé en tête du podium (Louardi et  Akhannouch arrivent à égalité en seconde position) des ministres qui vont compter (Ph. Bziouat)

A entendre Mohamed Hassad,  ministre de  l'Education nationale, de la Formation professionnelle, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, invité  vedette, la semaine dernière, des HEC Alumni, donner un  avant-goût de sa réforme, on décèle un soupçon de rupture.

Les promesses  désespérantes de réforme semblent soudainement porteuses d'espoirs, presque d'optimisme si les engagements sont menés jusqu'au bout.  Les attentes et pressions peuvent pourtant déboussoler lorsqu’on débarque dans un secteur où tout le monde est prescripteur et conseiller. «Entre ceux qui vous demandent de restaurer la discipline, ceux qui  veulent privilégier la formation des enseignants, ceux encore qui demandent la chasse au gaspi»...

La certitude du pire est d’ailleurs toujours  bien ancrée dans les esprits. Y compris dans celui du nouveau gardien du temple qui en touche un mot en  prélude de sa communication. «Près de 20% des élèves redoublent la première  année du primaire, soit 500.000 élèves». Encore une couche de ce paysage  sinistré: «Dans l'enseignement supérieur, 4 étudiants sur 10 décrochent la première année».

La crise de l'école a des origines multiformes. Dès lors, par où commencer? Par donner du sens. Le changement majeur portera d'abord sur la méthodologie. Là où certains ministres sont souvent tentés d’utiliser abusivement les formules à la bureau d'études (qui suscitent une moue circonspecte chez Hassad), où les axes stratégiques sont déclinés au niveau central mais sans effet sur le terrain, lui optera plutôt pour une approche bottom-up qui puisera ses fondements du terrain, c'est-à-dire l’école.

«Je commence par l'école, car c'est beaucoup plus  lisible, plus concret, et  plus facile à mesurer». Dans ce chantier, les académies régionales de  l'éducation auront un rôle stratégique, porteur d'un effort d'envergure en  matière de déconcentration. «Le ministère conservera le moins de prérogatives  possibles en dehors de l'enseignement rural et de la promotion interne».

La continuité dans l'ordre ancien aurait de toutes les manières été fatale pour  la réforme. Hassad confie avoir découvert plusieurs curiosités organisationnelles au département dont il hérite, comme l'existence de trois  directions pour la  pédagogie. Un beau spécimen de dilution des responsabilités. «Du coup, plus personne ne s'en occupe».

Ce qui n'a pas marché jusque-là aussi, c'est l'absence d'appropriation de la vision par les parties prenantes. «Il y a eu une coupure avec les syndicats des enseignants. Or nous ne pouvons rien faire sans les syndicats», reconnaît Hassad qui tend d’ores et déjà la main au dialogue.

Pas d'attentes, ni atermoiements. L'on peut scruter le terrain pour déceler les signes avant-coureurs du changement. Pour éviter les désengorgements des classes, la décision de recruter 24.000 nouveaux enseignants a été prise les 15 premiers jours du mandat du nouveau gouvernement. Dès la rentrée 2017, les premiers effets du plan d'attaque seront perceptibles. «Non seulement il n'y aura plus de classes de 40 élèves,  mais 80% auront moins de 35 élèves et 50% moins de 30».

Autre mesure spectaculaire, un retour, certes tardif mais bienvenu, à la discipline dans les réinscriptions (désormais obligatoires avant le 15 juin) et la rentrée scolaire (fixée au 7 septembre). Le prochain chantier portera sur la réhabilitation et l’extension des murs.

Dans cette nouvelle page, il ne s'agit pas de tirer à boulets rouges sur les prédécesseurs ni de passer par pertes et  profits le bilan du plan d'urgence. «Il a eu le mérite de réussir la généralisation  de la scolarisation. Nous sommes presque à 100%». Sur le plan des contenus pédagogiques, le fait que le Conseil supérieur de l'éducation nationale ait crevé le plafond de verre de l'arabisation est une révolution.

Toutes les matières peuvent être  désormais enseignées alternativement en arabe, en français ou dans une autre langue étrangère. «C'est une chance extraordinaire pour la réforme.  Nous avons tranché une question fondamentale, celle des langues, que le Maroc traîne depuis une cinquantaine d'années. Certes, le Conseil a arbitré avec des formules de compromis mais justement celles-ci ont le mérite d'accorder une large marge d'interprétation».

Hassad le sait, le temps reste l’ennemi public numéro un des politiques et les mandats de ministres ne sont jamais assez long pour mener à terme les réformes. Aura-t-il le temps justement d'ériger des piliers pour blinder l'éducation? Lui avoue, en tout cas, «se méfier des réformes feux d'artifices».

 

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