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Economie

Dépense alimentaire: La moitié profite au producteur!

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5047 Le 16/06/2017 | Partager
Le commerce ne prélève que 12,6% et l’Etat 6%
Pour la première fois, une étude sur la formation des prix
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La dépense alimentaire a enregistré une évolution positive ces dernières années. La part de la valeur ajoutée générée par la demande finale alimentaire a gagné 6,6 points entre 2007 et 2014

La décomposition de la dépense alimentaire profiterait beaucoup plus aux producteurs du secteur primaire. Sur 100 DH décaissés, plus de la moitié va aux branches de l’agriculture, de l’industrie alimentaire et  la pêche. Les autres  (transport, autres industries, import de produits et biens intermédiaires) captent 34 DH. L’Etat se contente de 6 DH, sous forme de taxes.

Un indicateur de la rupture de la chaîne de la TVA et du poids de l’informel. C’est la conclusion d’une étude de la direction des études et des prévisions financières du ministère des Finances sur le «dirham alimentaire» (voir encadré). La surprise vient du fait que le commerce ne prélèverait que 12,6% de la dépense contre 20% en France, selon l’étude. De quoi remettre en cause la réalité de l’intervention de l’armada des intermédiaires qui opèrent dans les circuits de distribution. Le prix de la première vente au Maroc serait souvent multiplié par 5 contre 3 dans l’Hexagone.

L’étude a le mérite de donner, pour la première fois, un ordre de grandeur des revenus générés pour l’économie par la dépense alimentaire. Elle fait également le parallèle avec le modèle français dont elle s’inspire. La conclusion qui se dégage tient au retard pris dans l’intégration du secteur agricole à l’agro-industrie.

Tout récemment, la filière a signé son contrat-programme avec le gouvernement, mais son déploiement dépend encore de l’adoption des textes réglementaires précisant les droits et obligations des partenaires. Néanmoins, des avancées ont été enregistrées ces dernières années. Marquées, notamment, par un renforcement du poids de l’agriculture et de l’agro-industrie dans la valeur ajoutée générée par la demande finale alimentaire. Mais les marges de progrès restent considérables. 

«Le secteur primaire accapare plus de 34% de la dépense alimentaire au Maroc alors qu’il ne présente que 8,2% en France», est-il relevé. En revanche, la part de l’industrie alimentaire est plus importante en France que chez nous puisqu’elle représente 1,6 fois la dépense en produits agricoles contre seulement 0,6 pour le Maroc. C’est l’effet de l’intégration amont-aval agricole. Le constat est aussi relevé par le rapport 2014 du CNCE (Conseil national du commerce extérieur).

Une distinction se manifeste également au niveau des services. Cette activité représente 1% de la dépense alimentaire contre 15% en France. Cela signifie que les Français consomment des produits emballés et de plus en plus élaborés. Alors qu’au Maroc, c’est le vrac qui prédomine. Avec à la clé un manque à gagner en termes d’emplois et de valeur ajoutée.

En ce qui concerne l’import, les achats de produits finis de consommation et de biens intermédiaires totalisent 21% de la dépense alimentaire. Une proportion qui fluctue selon les années. Le pays étant  importateur net de blé, les volumes varient en fonction du niveau de la production céréalière.

Des écarts se manifestent par ailleurs au niveau des taxes: 6% sur 100 DH de dépense alimentaire. En France, ce taux s’élève à 9,2%. C’est l’effet de produits agricoles industrialisés.

La méthodologie utilisée 

 L’étude de la direction des études et des prévisions financières du ministère des Finances se veut une analyse de la composition de la dépense alimentaire. Son objectif est de montrer comment 100 DH dépensés se répartissent entre les valeurs ajoutées induites dans chaque branche d’activité liée directement ou indirectement à la production alimentaire. Elle dissocie également la part qui sert à payer les importations d’aliments (importations finales) et d’intrants (importations intermédiaires) et celle qui est prélevée par l’Etat, sous forme de taxes.
L’approche, qui est basée sur l’exploitation des tableaux entrées-sorties de la comptabilité nationale, s’inspire des travaux de l’Observatoire français de la formation des prix et des marges des produits alimentaires sur «l’euro alimentaire». Des travaux eux-mêmes inspirés du département de l’Agriculture des Etats-Unis (food dollar).

 

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