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Navire phosphatier: Les deux premières manches perdues

Par Nadia SALAH | Edition N°:5047 Le 16/06/2017 | Partager
La justice sud-africaine ouvre une procédure sur le fond
La décision montre que la stratégie d’image du Polisario fonctionne
En Afrique du Sud, la justice est indépendante mais engagée
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Le recours de l’OCP devant la Cour de Port Elisabeth a été rejeté. Il s’agissait de la demande de libération du navire vraquier NM Cherry Blossom, en route pour la Nouvelle Zélande, en passant par le Cap de Bonne Espérance, au bout du bout du Continent.

Rappelons que, le 1er mai dernier,  le navire a été saisi en référé, une procédure d’urgence destinée à préserver les intérêts immédiats du plaignant (cf. L’Economiste du 3 mai). Une audience a alors été programmée pour la mi-mai. C’est une procédure qui n’existe pas au Maroc mais qui ressemble à celle que l’on voit dans les feuilletons policiers américains. Il s’agissait de décider s’il y avait lieu de poursuivre la procédure ou bien  s’il fallait relâcher le navire et débouter le Polisario.
Le résultat a été rendu public jeudi.

C’est donc la première option qu’a choisi le tribunal sud-africain: le Maroc a perdu les deux premières manches. La suite des événements est un procès en bonne et due forme. Inutile de souligner l’envergure politique de l’enjeu de ce procès commercial.

Le groupe OCP minimise l’impact de cette décision. Il ajoute que «les requérants  -le Polisario- ont instrumentalisé une juridiction locale comme instance de règlement d’un dossier politique relevant du Conseil de sécurité des Nations unies». Raisonnement parfaitement juste qui ajoute que cette politique de la part du Polisario vise à «nuire au processus mené sous l’égide du Conseil de sécurité».

Pente de l’émotion

Mais les plaignants ont utilisé un autre registre, où il n’y a pas vraiment de textes de lois, pas de droit international, et pas vraiment de droits nationaux. Il s’agit des avatars, bons et mauvais, du «devoir d’ingérence», tel que l’avait développé le médecin français Bernard Kouchner, sous le mandat du président Mitterrand. La communauté internationale n’a pas accepté de former du corpus: trop vague, trop facilement instrumentalisable par les grandes puissances…

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En 1977, seulement 4% des effectifs sont originaires de la région; avec une politique d'investissements importants dans la formation, Phosboucraâ est parvenue à ce que 76% de ses 2.200 employés, viennent de la région

Mais on ne savait pas, à l’époque, que les outils de la puissance pouvaient aussi se trouver entre les mains de ceux qui communiquent le mieux, sans grand égard pour la réalité ou la vérité. Ils se servent des émotions que peut ressentir l’opinion publique, laquelle fera alors pression sur ses juges ou ses gouvernants pour qu’ils suivent la pente émotionnelle.

Le plus grand scandale humanitaire conséquence de ce «devoir d’ingérence» est le choix fait par l’Académie des Nobel d’attribuer le prix de la Paix à l’opposante birmane Aung San Suu Kyi. Il s’agissait de la soutenir contre la Junte militaire au pouvoir dans son pays, alors qu’on savait qu’elle couvrait les massacres des Rohingyas, une  importante minorité musulmane de Birmanie.

Le Conseil de sécurité parle dans son dernier rapport sur les massacres birmans, de crimes contre l’Humanité. Personne ne l’écoute: on préfère regarder les films d’émotions sur cette redoutable politicienne birmane.

Les images et les légendes sont ici plus fortes que la réalité. C’est une carte similaire que joue le Polisario, depuis qu’il est certain d’avoir perdu des cartes en droit et en politique, et perdu physiquement sur le terrain. Vu les précédents de Aung San Suu Kyi ou bien des armes de destruction massives contre l’Irak, on aurait tort de prendre les choses «à l’ancienne» selon la rigueur commerciale et juridique.

On commettrait une erreur de croire que les juges sud africains sont à la botte du gouvernement. La réalité est qu’ils sont souvent engagés dans la défense des causes auxquelles ils croient. Ce qui les rend fragiles devant les manipulations émotionnelles.

Le plus étrange est que l’OCP, avec des informations vraies et vérifiées, aurait un grand nombre de sujets à mettre au service d’émotions communicantes. Avec par exemple un audit réalisé par KPMG, montrant que tout l’argent de Phosboucraâ est remis dans le circuit social sur place: la maison-mère fournit des services, des compétences, des garanties… mais ne tire pas de bénéfice de l’affaire.

Encore une fois, la Banque mondiale a raison: le manque d’information joue des tours terribles au Maroc.

 

 

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