Politique

Al Hoceïma: El Omari s’excuse et accuse...

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5046 Le 15/06/2017 | Partager
«Benkirane voulait punir Al Hoceïma»
Des ministres du PPS critiqués pour leur gestion du plan de développement
Une commission d’enquête parlementaire pour traquer les fauteurs
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«L’invité d’Al Aoula» a été programmé mardi soir par la chaîne publique. Les protestations d’Al Hoceïma étaient au cœur du débat télévisé avec le patron du PAM, Ilyas El Omari (Ph. F.F.)

Ilyas El Omari accuse! Le secrétaire général du Parti authenticité et modernité (PAM) n’a pas mâché ses mots. Grande liberté de ton de l’invité d’Al Aoula comme du journaliste, Mohamed Tijini au sujet d’Al Hoceïma. Le tout en direct sur la chaîne publique. 

«Ni langue de bois, ni cravate. J’en ai mis une la dernière fois sur ce même plateau à cause des élections», lance d’emblée celui qui préside également la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma pour marquer son terrain. «Le Wali de la région, Mohamed Yakoubi, évoque une Al Hoceïma réelle et une Al Hoceïma virtuelle (réseaux sociaux, sites d’infos...).

Quelle est votre perception des protestations?», demande le journaliste. «Je suis un enfant d’Al Hoceïma... Je ne reçois pas les nouvelles  via administrateurs, ministres ou élus», rétorque le porte-parole du PAM qui veut mettre en valeur ses liens personnels et sa proximité avec la ville.

Une attaque contre les agents d’autorité, à commencer par le Wali de la région? Manière de démontrer implicitement que, contrairement à l’élu de la commune rurale de Nekor, l’Administration pèche par son défaut de proximité et d’information vis-à-vis des citoyens.

Le numéro 1 du PAM tente de justifier son silence depuis la mort de Fikri. Il dit «abhorrer» le terme «Hirak» (protestation) qui dure depuis 7 mois déjà. Notre confrère d’Al Aoula souligne cette absence et ce silence. «Je me suis tu parce que j’avais confiance en mon pays, dans les Marocains et pour l’intérêt de la nation», rétorque l’élu du PAM, piqué au vif. Qui le croira?

Il brandit une correspondance datée  du 26 octobre 2017 et adressée à l’ancien chef de gouvernement, Abdelilah Benkirane. «Moins de 13 heures après ce drame, j’ai demandé au chef de gouvernement de me fournir des données sur les circonstances de l’incident. N’est-ce pas là une initiative (politique)?», poursuit El Omari. Son idée était de «répondre aux réclamations des manifestants» pour les calmer.

Le chef  de gouvernement lui répond le 4 novembre 2016: «Niet». «Vos prérogatives en tant que président de région ne vous donnent pas ce droit...», ajoute Benkirane. Pourquoi le PAM n’a-t-il pas tenté de contourner ce refus d'information scandaleux via ses 127 parlementaires?  

Le SG du PAM affirme que «le gouvernement (Benkirane) cherchait à punir Al Hoceïma». El Omari ajoute que le projet de développement signé en octobre 2015 devant SM le Roi n’a jamais été vraiment suivi d’effet: «Depuis le versement de deux milliards en 2015-2016, plus aucun sou n’a été débloqué par le gouvernement».

Le ministre de l’Habitat, Nabil Benabdallah, en prend pour son grade pour n'avoir pas respecté en partie ses engagements. Le ministre et secrétaire général du PPS avait déclaré publiquement que le patron du PAM «est une partie du problème et ne peut donc être une partie de la solution».

Puis c’est le tour de El Houssine Louardi, ministre de la Santé. Le centre provincial d’oncologie est en cause. Et plus exactement, les 15 millions de DH destinés à son  réaménagement dans le cadre d’un «partenariat avec la région».
Les partenaires s’accusent mutuellement de mensonge et de contre-vérité au sujet du délai de versement des fonds et de l’état d’avancement du chantier. Ce projet fait partie du Plan de développement «Al Hoceïma, Manarat Al Motawassit 2015-2019».

Et c’est de là aussi que le PAM s’engage à constituer une commission d’enquête parlementaire. «J’en parle ici en ma qualité de secrétaire général du PAM. Nous allons demander que des investigations ciblent tous les projets prévus par ce plan et qui n’ont pas été lancés à ce jour», assure un Ilyas El Omari péremptoire. En apparence du moins. Quoi qu’il en soit il donne l’air de vouloir en découdre, et vole de surenchère en surenchère. Il est vrai que le PAM est devenu impopulaire dans la région comme constaté dans nos enquêtes sur le Rif (cf. L’Economiste n° 5037 du 2 et n°5042 du 9 juin 2017). 

Visiblement Al Hoceïma n’est pas sortie de l’auberge. Pour les commis de l’Etat en tout cas. L’affaire du projet immobilier de Badis, ses couacs et les poursuites judiciaires enclenchées en 2014 contre des responsables de la CGI et de la CDG sont là pour le rappeler.

Le porte-parole du parti du tracteur n’en démord pas: «Il y a une mauvaise gestion des politiques publiques. En octobre 2016 déjà, j’ai déclaré que notre pays est en danger et que des mesures urgentes doivent êtres prises quelle que soit la couleur politique du prochain gouvernement». Non sans conclure sur un mea culpa: «SM le Roi a été le seul à travailler sans relâche depuis 1999 à ce jour sur le développement de la province. Mais ni partis politiques, ni syndicats, ni société civile n’ont suivi...». A commencer par le PAM.

 

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