Tribune

Union africaine: Les turpitudes de la diplomatie algérienne

Par Khalil HADDAOUI | Edition N°:5043 Le 12/06/2017 | Partager

Khalil Haddaoui est ancien ambassadeur (Ph. Privée)  

Le Royaume du Maroc, un des pionniers du panafricanisme, a retrouvé sa place, avec panache, dans l’Union africaine. En quittant l’OUA parce que sa charte avait été violée, Sa Majesté Hassan II, avait déclaré: «Toute chose étant pour l’heure ce qu’elle est, et en attendant des jours plus sages, nous vous quittons, mais Africain est le Maroc, Africain il le demeurera. Et nous tous Marocains resterons au service de l’Afrique».

Dans son discours adressé au Sommet africain de Kigali, en juillet 2016,  Sa Majesté le Roi Mohammed VI a déclaré à ce propos: «Les paroles du Regretté Souverain étaient prophétiques et la conclusion est évidente: le Maroc a tenu sa promesse». En effet, cette prophétie s’est concrétisée: le Maroc est devenu aujourd’hui une puissance africaine incontournable. Maintenant que le Maroc est dans l’Union africaine, la vigilance est de rigueur plus que jamais.

Le Conseil de paix et de sécurité, dont le commissaire est un Algérien, a tenu une réunion au mois de mars dernier. Un communiqué a été diffusé le 23 mars 2017. Ce qu’il faut en retenir c’est que la question du Sahara est abordée sous forme de conflit entre deux Etats membres de l’UA. Les rédacteurs de ce communiqué traitent la «Rasd» comme s’il s’agissait d’un Etat normalement constitué avec des frontières reconnues.  Nous voyons clairement que par ces agissements, la diplomatie algérienne cherche la confrontation, et non le dialogue et l’apaisement.

Il appartient à la diplomatie marocaine d’être plus agressive, si elle veut être en phase avec la stratégie politique royale,  d’autant plus que ce ne sont pas les arguments qui manquent pour pousser ses adversaires dans leurs  ultimes retranchements.
Il ne faut surtout pas tomber dans le piège d’une dialectique fallacieuse concernant la reconnaissance ou la non-reconnaissance de la «Rasd» en comparant l’incomparable, et faire le parallèle avec l’ONU, où siègent des Etats non reconnus par d’autres. Aux Nations unies tous les membres sont des Etats qui ont été admis conformément à une procédure respectueuse de la Charte.

Il s’agit plutôt de traduire le contenu du discours royal de Kigali, notamment lorsque Sa Majesté le Roi a dit: «Ce fait accompli immoral, ce coup d’Etat contre la légalité internationale, ont amené le Royaume du Maroc à éviter la division de l’Afrique au prix d’une douloureuse décision, celle de quitter sa famille institutionnelle». Ce qui veut dire que le Maroc doit contester la présence illégale de ce que l’on appelle la «Rasd», et non pas laisser croire qu’il accepte sa banalisation au sein de l’organisation.

Il faut rappeler aux membres de l’UA,  arguments et documents à l’appui, dans quelles circonstances la prétendue «Rasd» a été imposée à l’OUA en violation de sa propre Charte et d’une décision des Chefs d’Etat, et déconstruire ainsi les contradictions de la diplomatie algérienne. Quand on demande l’organisation d’un referendum, on ne peut pas anticiper sur la volonté des populations et reconnaître une «république», c’est une violation du droit à l’autodétermination.

Quand on parle de «territoire non-autonome», celui-ci par définition n’est pas un Etat. Ces  arguments fallacieux,  répétés à outrance, ne manquent pas d’impacter beaucoup de pays qui croient, à tort, que l’adhésion de la «Rasd» s’est faite selon la procédure établie.  La poursuite de cette hostilité viscérale de l’Algérie vise actuellement comme objectif, d’une part,  d’entraver l’émergence du Maroc comme puissance régionale,  et d’autre part, d’utiliser la présence de la «Rasd» au sein de l’UA comme moyen de maintenir une  pression constante sur notre pays, et de paralyser toute initiative de sa part.

Le président en exercice de l’Union africaine a souhaité, dans une déclaration publique, résoudre la question du Sahara dans un cadre africain. Pour ce faire, l’UA  doit adopter les paramètres de l’ONU, qui tiennent compte de la revendication du Maroc pour son unité nationale et son intégrité territoriale, droit légitime auquel l’ONU donne la priorité, et de celle d’un groupuscule de séparatistes tenu à bout de bras par le gouvernement algérien. 

Nous sommes à quatre semaines du prochain Sommet africain. Il est impératif, non seulement pour le Maroc, mais pour l’Union africaine et pour l’Afrique, qu’il soit mis fin à cette imposture qui a empoisonné l’organisation africaine et qui continuera à entraver son épanouissement, s’il n’y est pas mis fin. C’est pourquoi, il serait souhaitable que, recourant à la sagesse africaine, le président en exercice de l’UA  prenne l’initiative, dans l’intérêt de l’Afrique,  de convaincre l’Algérie et les quelques Etats qui lui sont proches, pour demander à leur protégé de se retirer de l’organisation. Ce serait tout à leur honneur.

Si cette démarche n’aboutit pas, le Maroc sera dans son droit de demander à la Conférence des chefs d’Etat, qui est l’organe suprême de l’Union, selon l’article 6 (2), d’assumer ses responsabilités afin de mettre fin à cette situation illégale d’un membre qui ne remplit pas les conditions stipulées par son propre acte.

Pour ce faire, une motion solidement argumentée et circonstanciée devrait  être présentée, éventuellement avec quelques autres co-auteurs, demandant aux Etats membres de répondre à la question suivante: «Est-ce que la «Rasd» remplit les conditions d’un Etat selon le droit international?» Comme toute décision est prise à la majorité des deux tiers (article 7), il appartiendra à l’Algérie et ses amis d’obtenir 37 voix favorables à cette motion.

Dans le cas contraire, cela voudra dire que la «Rasd» ne remplit pas les conditions requises, et par conséquent ne doit plus figurer sur la liste des Etats membres de l’Union africaine. C’est à ce moment, et à ce moment-là  seulement, que l’Union africaine, d’une part, retrouvera toute sa crédibilité et sa sérénité,  et d’autre part, pourra contribuer à la solution du problème du Sahara.

Un 55e vrai-faux membre

L’Union africaine, selon son Acte constitutif, est une organisation d’Etats, elle est composée de 54 Etats africains qui sont tous membres de l’Organisation des Nations unies. Il y a un 55e membre qui ne remplit pas ces conditions, et constitue par conséquent une nuisance permanente pour l’institution africaine. C’est pourquoi cette situation insolite doit être résolue en priorité. Car si elle perdure, c’est se leurrer que de croire que le Maroc pourra jouer pleinement son rôle au sein de l’Union africaine.

 

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