Chronique

De la dévaluation compétitive au spectre d’une guerre des monnaies

Par Mohammed GERMOUNI | Edition N°:5035 Le 31/05/2017 | Partager

Mohammed Germouni a exercé dans la banque, dans la haute administration et dans l’enseignement à l’université au Maroc et à l’étranger. Il a publié notamment deux ouvrages, un premier sur les questions d’engineering et de technologie à Rabat, un second sur le protectorat français au Maroc, avec un nouveau regard, aux éditions L’Harmattan à Paris (Ph. MG)

Certaines périodes d’incertitudes, encore plus que d’autres, sont porteuses de confrontations et de conflits potentiels divers, notamment de nature économique et financière. La période actuelle y serait propice, tant certaines habituelles balises créées  naguère d’un commun accord jouaient un rôle d’éventuel stabilisateur et réducteur de tensions dans une économie mondiale en pleine expectative.

Quelques grandes puissances, même  du célèbre G7, réunissant les pays riches, comme dans le cas du Canada s’exprimant officiellement, ne sont pas en mesure d’élaborer par exemple de classiques prévisions habituelles de budget, ne maîtrisant pas  à court et à moyen terme l’évolution que prendront les échanges en général, notamment ceux relatifs à  des biens et services fétiches du commerce international.

L’incertitude plane  sur le devenir de certains grands ensembles économiques, l’Union européenne notamment après les dernières turbulences du Nafta et du Trans Pacific, quand ils ne font pas l’objet de surenchères politiciennes parmi les membres.

La crainte d’un effet domino

Sans jouer les Cassandre, annonçant des difficultés de plus en plus concrètes, un certain désordre s’installe. La crainte d’un effet domino de certaines mesures protectionnistes est à l’ordre du jour chez la plupart des entreprises grandes et moyennes à travers le monde présentes sur le marché extérieur, ce qui était devenu courant et encouragé ces dernières décennies.

Rarement jusqu’ici, des entreprises comme Ford ou GM se sont vues par exemple dicter le changement de leur agenda et lieux de production à l’issue d’une simple «partie de golf». Un modèle corporatiste rappelant certaines péripéties d’entre les

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Le système monétaire international est fondé, est-il besoin de le rappeler, sur le mécanisme des taux de change flottants depuis la renonciation du président américain,  Nixon, en 1971, à défendre la parité-or d’un dollar longtemps devenu la devise mondiale de référence et refuge (Ph. AFP)

deux Grandes Guerres mondiales du XXe siècle.

Subrepticement, dans cette atmosphère, la monnaie prendrait une sorte de complément du tarif douanier. Ainsi, pour illustrer, le taux de change du yuan chinois  d’ailleurs constamment controversé, pas toujours à raison, par une administration américaine irritée par son lourd déficit extérieur.

Cette devise est de plus en plus sous la pression de sorties significatives de capitaux, amenant la Banque de Chine à intervenir pour défendre le taux contre une chute plus prononcée pouvant présenter des risques économiques plus sérieux et même certains.

 

 Des moments d’incompréhension dont l’histoire du siècle dernier recèle

Le yen japonais a subi les mêmes assauts par le passé et encore aujourd’hui. L’Allemagne réaliserait ses surplus grâce à un euro que d’aucuns dénoncent actuellement comme «sous évalué» également, processus qui ne serait pas dû à une intervention  directe de  la Banque centrale  européenne sur le marché des devises, mais plutôt  occasionné par ses achats substantiels  de dettes des pays membres.

Les risques d’une sorte de guerre des monnaies est réelle surtout à des moments d’incompréhension dont l’histoire du siècle dernier recèle,  autoalimentée par des craintes de divers ordres. Le système monétaire international est fondé, est-il besoin de le rappeler, sur le mécanisme des taux de change flottants depuis la renonciation du président américain,  Nixon, en 1971, à défendre la parité-or d’un dollar longtemps devenu la devise mondiale de référence et refuge.

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Le système monétaire international est fondé, est-il besoin de le rappeler, sur le mécanisme des taux de change flottants depuis la renonciation du président américain,  Nixon, en 1971, à défendre la parité-or d’un dollar longtemps devenu la devise mondiale de référence et refuge (Ph. AFP)

Le système monétaire, qui avait déjà besoin d’une pressante réorganisation depuis la fin du «Golden exchange standart» et de façon unilatérale  par les USA, alors en pleine guerre du Viet Nam, est demeuré sans coordination et surtout sans supervision.

Devenu depuis une sorte de système de vases communicants, une monnaie convertible s’évalue quand une ou plusieurs autres enregistrent une baisse, de même qu’elle peut  augmenter reflétant tout simplement une expansion, ou l’inverse à l’occasion d’une récession. Un dollar surévalué par exemple, en raison d’un «relatif plein emploi» ces dernières années aux USA, et un chômage  encore élevé en Europe notamment, ont entraîné la Réserve fédérale à remonter ses taux afin de limiter la surchauffe américaine, faisant de la zone dollar un pôle à nouveau attractif pour les capitaux en quête de rendement.

Ces derniers, quant à eux, se déplacent plus aisément entre les régions, voire même dangereusement, désertant l’une au profit d’une autre dès que de meilleures conditions de rémunération leur apparaissent. Les modifications intervenues depuis deux décennies dans le sens d’une  relative plus grande autonomie d’un grand nombre de plusieurs  Banques centrales  au cours des dernières décennies semblaient devoir prévenir en principe certaines interventions d’antan.

Protectionnisme déguisé

Faire éventuellement baisser le cours d’une devise sous le niveau d’équilibre habituel, selon diverses recettes, instaurerait une sorte de guerre monétaire entre concurrents à l’échange de biens et de services, les prix baissant à l’export et augmentant  à l’import, affectant de ce fait négativement le pouvoir d’achat du consommateur final. Cela s’assimile aisément à une taxation additionnelle  de biens et de services, soit à un protectionnisme non dit et  déguisé.

 

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