Politique

Où va l’Istiqlal?

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5034 Le 30/05/2017 | Partager
Un congrès mi-juillet doit être entériné par la Commission préparatoire
Hamid Chabat et Nizar Baraka en compétition pour le poste de secrétaire général du parti
Le parti devenu inaudible sur la scène politique
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Aujourd’hui, les candidats qui se disputent le secrétariat général sont pour le moment deux: Hamid Chabat et Nizar Baraka. Le premier fait tout pour rempiler, le second n’est pas encore sur la rampe de lancement (Ph. Bziouat)

L’Istiqlal est à la croisée des chemins. Entre le renouvellement de ses instances pour occuper sa place sur l’échiquier politique ou sa disparition, le choix est vite fait. Son Comité exécutif a décidé de convoquer le congrès de l’Istiqlal pour les 21, 22 et 23 juillet prochains. Le choix de cette date doit être entériné par la Commission préparatoire qui se réunira le 3 juin.

Après que le RNI et l’USFP aient tenu avec succès leurs congrès, l’Istiqlal est acculé à suivre l’exemple, ne serait-ce que pour se conformer avec les dispositions de la loi sur les partis. Reste maintenant que le respect de la date retenue dépendra de la Commission préparatoire. Si elle est favorable à ce calendrier, elle lancera la machine, avec l’organisation des congrès provinciaux. Dans le cas contraire, on reportera cette échéance décisive pour la rentrée politique. Les partisans de cette ligne invoqueront des prétextes comme le Ramadan, les vacances de l’été,…

Qu’importe, les candidats qui se disputent le secrétariat général sont pour le moment deux: Hamid Chabat et Nizar Baraka. Le premier fait tout pour rempiler, le second n’est pas encore sur la rampe de lancement. Dans l’Istiqlal, le président du Conseil économique, social et environnemental n’est pas un inconnu. En plus de sa proximité familiale avec l’ancien secrétaire général Abbas El Fassi, il a été deux fois membre du comité exécutif et autant de fois ministre.

Homme de dialogue et armé de solides connexions à l’international, Nizar Baraka représente le renouveau. Toutefois, des éléments plaident en sa défaveur: il n’a jamais été un élu local, régional ou député. Ces dernières années, il s’était éloigné des affaires du parti. Pas très visible, il n’a pas pour l’heure fait preuve d’enthousiasme pour quelqu’un qui mène campagne pour décrocher le poste de secrétaire général d’un vieux parti comme l’Istiqlal.

Et cela même après le congrès extraordinaire ayant abouti à l’amendement des articles 54 et 90 et l’établissement d’une nouvelle grille d’indicateurs de la répartition des 1.000 membres du Conseil national du parti. Toute cette armada et remue-ménage ont été initiés pour lui baliser la route d’accès à la tête de l’Istiqlal. Il faut reconnaître que Nizar Baraka a des chances de l’emporter. Les anti-Chabat de tous bords se sont rangés derrière sa candidature.

De son côté, il a entrepris des tournées dans les régions, pas pour faire des meetings mais des rencontres en comités restreints. Selon ses partisans, des zones visitées remonte une volonté de changement. Les militants ne sont pas contents du sort réservé à leur formation. Aujourd’hui, l’Istiqlal est au creux de la vague. Affaibli et isolé, il s’est retrouvé dans l’opposition malgré lui, avec un manque de clarté vis-à-vis du gouvernement.

Pis, après la débâcle des élections législatives du 7 octobre où l’Istiqlal n’a récolté que 46 sièges contre 60 auparavant, et la perte de la présidence de la Chambre des conseillers, il a accumulé les mésaventures. On le surcharge d’être à l’origine de la sortie du gouvernement en 2013. Ses sorties publiques ont bouclé la séquence: la fameuse réunion du 8 octobre entre des dirigeants politiques, qualifiée de «complot contre la démocratie», ses prises de positions contre le makhzen et l’incident avec la Mauritanie.

Résultat: l’Istiqlal a perdu de sa crédibilité. Progressivement, il est devenu inaudible. Autre chose qui n’arrange pas les affaires de l’Istiqlal. En effet, si le parti ne tient pas son congrès dans les délais impartis par la loi, il ne bénéficiera pas des subventions de l’Etat consacrées aux partis politiques, estimées à près de 7 millions de DH (pour l’Istiqlal).

Si cette manne est coupée, cela aura des conséquences négatives sur l’organisation, l’efficacité du parti et la mobilisation de ses militants. Pour ses adversaires, Chabat décide seul sans consulter les membres du comité exécutif. Ce qui a créé des divisions au sein de cette instance, avec une majorité qui s’est exprimée contre sa méthode de travail, en l’accusant de transgresser les statuts du parti. Ses partisans crient au complot du makhzen, qui cherche à nuire à leur chef.

Reste que d’autres responsables du parti demeurent optimistes. Pour eux, même si le parti est «dans une situation délicate, les militants sauront comment le sauver. C’est dans ces moments difficiles où se mesurent la capacité et la vitesse de sortie de crise des formations solides». Ils excluent toute scission. «Les istiqlaliens ont un vieux réflexe: ils adhèrent, sinon ils choisissent entre rester à l’intérieur du parti pour se bagarrer ou rentrer chez eux», affirment d’autres.

Le coup de l’UGTM

Hamid Chabat s’est immiscé personnellement dans les affaires internes de l’UGTM alors qu’il n’est plus à la tête de ce syndicat depuis trois ans. Il a appuyé l’ex-secrétaire général de l’UGTM contre celui nouvellement élu Niima Mayara, validé par le ministère de l’Intérieur. D’ailleurs, Niima Mayara était tête de liste de l’UGTM aux élections de la Chambre des conseillers. Sauf qu’il y a quelques jours, Hamid Chabat s’est autoproclamé secrétaire général de l’UGTM à l’issue d’un congrès extraordinaire, pourtant interdit par la Justice et dispersé par les forces de l’ordre. Cette séquence n’a pas fait de vagues auprès de l’opinion publique et les réseaux sociaux. Dans un autre contexte, elle aurait provoqué un tollé dans les rangs de la société civile et des activistes des droits de l’homme. Ces derniers ont compris le manège et la fuite en avant, en jouant la victimisation.

 

 

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