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Fès-médina: Les médersas du XIIIe et XIVe siècles opérationnelles

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5031 Le 25/05/2017 | Partager
Initiateur de leur réhabilitation, le Roi applaudi par l’Unesco
Restaurées à l’identique, elles accueillent des étudiants
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Accompagné d’Irina Bokova, le Souverain s’est rendu mardi dans les médersas Rokham, Seffarine, Mohammadia et Dar Al Mouaqqit. Sur la photo, le Roi est à la médersa Sahrij, située à proximité de la mosquée des Andalous. Fondée au XIVe siècle par le sultan mérinide Abou Lhassan, cette «école» est un véritable chef-d’œuvre. Elle doit son appellation au bassin central qui lui confère avec les éléments d’architecture un cachet andalou par excellence (Ph. MAP)

A Fès, cinq médersas datant du XIIIe, XIVe et XXe siècles ont été restaurées et accueillent désormais les étudiants de l’Université Al Qaraouiyyine. Inaugurés par le Roi, mardi dernier, ces édifices retrouvent leur fonction d’origine, mais avec des commodités d’aujourd’hui (ordinateurs, wifi,…).

En effet, la vision du Souverain pour Fès est claire: préserver «l’identité académique et spirituelle» de la cité idrisside. C’est dans cet esprit qu’il avait lancé, en 2013, la sauvegarde des monuments de l’ancienne médina et veillé à la réalisation de ce programme. La réhabilitation de cinq médersas a ainsi redoré le blason d’un tissu ancien qui accueillait jadis d’illustres savants comme Ibn Khaldoun, Maïmonide ou encore le pape Sylvestre II.

Les livres d’histoire décrivent cette cohabitation paisible qu’offrait Fès à sa population, qui n’avait pas nécessairement la même religion ni les mêmes croyances, mais qui était surtout «habitée» par l’âme de la ville millénaire et son savoir-vivre. Aujourd’hui, afin de perpétuer le rôle de Fès comme haut-lieu du savoir, il a été décidé, mi-juin 2016, la création de la Fondation Mohammed VI des oulémas africains, au sein de la Qaraouiyyine.

Une semaine plus tard, le Souverain a donné ses hautes instructions pour le relogement de certains étudiants de l’Université Al Qaraouiyyine et qui sont en dernière année dans les cinq médersas fraîchement restaurées, à savoir Mohammadia,  Seffarine, Mesbahiya, Sbaiyyine et Sahrij. Cette dernière est réservée aux étudiants de la filière de la calligraphie marocaine à l’Université Al Qaraouiyyine. Par ailleurs, sur instruction royale, Dar Al Mouaqqit, une tour élevée sous le règne du sultan mérinide Abou Inan dans le but de contrôler la carte astronomique du ciel, est également ouverte.

Ce 23 mai, lors de la cérémonie de présentation du programme de réhabilitation des anciennes médersas de Fès, Ahmed Toufiq, ministre des Habous et des Affaires islamiques, a noté que ces médersas ont été rouvertes à des fins d’hébergement (105 lits) et d’enseignement au profit respectivement d’étudiants du cycle terminal «Al Alimiya» et de ceux de la filière de la calligraphie de l’Université Al Qaraouyyine.

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Espaces d’enseignement et bijoux architecturaux de qualité, les médersas jouaient un rôle capital dans la diffusion du savoir, des sciences religieuses et d’épanouissement des arts décoratifs du Maroc… Le Souverain veille à ce qu’elles «retrouvent leur fonction d’origine» (Ph. YSA)

«Il a été procédé à l’hébergement des étudiants dans trois médersas parmi celles dont la restauration a été achevée dernièrement, en l’occurrence la médersa Mohammadia et la médersa Seffarine, en plus de la médersa Bouaânania… Cette dernière pourrait, par moments, accueillir des visiteurs et touristes», ajoute le ministre. En outre, le choix s’est porté sur la médersa de Sahrij, pour l’enseignement de la filière de la calligraphie arabe. La première promotion composée de 15 étudiants a déjà entamé la formation, avec l’encadrement d’experts de l’Académie des arts de Casablanca et d’autres opérant dans la ville de Fès.

Selon Fouad Serrhini, directeur de l’Agence pour le développement et la réhabilitation de la médina de Fès (Ader-Fès), «à travers ses médersas datant du XIIIe et XIVe siècles, Fès est considérée comme un modèle intégré de la ville arabo-islamique et méditerranéenne».

Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1981, la cité idrisside a confié les travaux de rénovation de ses monuments à des maâlmine (maîtres artisans) qui ont su «les restaurer à l’identique, comme l’a souhaité SM le Roi». Des propos qui ont conforté Irina Bokova, la directrice générale de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco).

Dans une déclaration à L’Economiste, cette dernière a salué «les actions entreprises par le Roi Mohammed VI pour la protection et la préservation du patrimoine mondial». «Je suis venue ici pour exprimer ma profonde admiration et mon respect au Roi Mohammed VI pour tout ce qu’il fait pour la protection et la préservation du patrimoine mondial. Il sait tout à propos de ce patrimoine et a décoré les experts et artisans… je ne peux que saluer et admirer tout ce que le Roi a initié», conclut Irina Bokova.

Revisiter l’histoire

Historiquement, la création des médersas de Fès (11 au total) remonte aux XIIIe et XIVe siècles. Elle s’est développée par la suite jusqu’au XVIIe siècle en tant que lieu d’accueil privilégié pour les gens en quête de savoir. Ces «écoles» assuraient, entre autres, un rôle social en permettant aux étudiants de consolider leurs compétences auprès des brillants penseurs, théologiens et philosophes. Avec leur réouverture, les médersas reprennent vie et retrouvent leur lustre d’antan. Unanimes, les historiens applaudissent cette décision. Ils affirment également que ces merveilleux sites constituent un témoignage vivant du passé intellectuel et scientifique de la capitale spirituelle. Ils sont conçus notamment par les sultans mérinides dans les quartiers de la médina près des souks et des mosquées, ajoutant ainsi à cette époque un rôle culturel, éducatif et politique. Espaces d’enseignement et bijoux architecturaux de qualité, ces établissements jouaient un rôle capital dans la diffusion du savoir, des sciences religieuses et d’épanouissement des arts décoratifs du Maroc.

Ce qu’a recommandé l’Unesco

Dans une étude intitulée «Patrimoine et développement durable dans les villes historiques du Maghreb» (2003), l’Unesco avait recommandé la restauration des monuments de la médina de Fès. Pour l’Organisation onusienne, le projet de monument traduit la volonté de dépasser les contraintes qui jouent défavorablement sur un patrimoine et qui ne peuvent être surmontées que si l’on définit un état et un fonctionnement satisfaisants à terme. A l’inverse, l’absence de projet peut multiplier les sources d’incompréhension et de conflit. La mise en place d’un projet de monument doit donc sélectionner dans la mémoire du monument les éléments constitutifs d’une mise en situation, les restituer aux acteurs sociaux, et identifier les opportunités de valorisation. Il faut ensuite définir un niveau d’anticipation qui permette l’action: un horizon trop éloigné risque de verser dans «l’irréalisme» alors qu’un horizon trop rapproché ne permet pas toujours de définir un projet susceptible de mobiliser vraiment les acteurs.

De notre correspondant,
Youness SAAD ALAMI

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