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Législatives françaises: La bataille de la 9e circonscription

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5029 Le 23/05/2017 | Partager
Didier Le Bret, candidat PS en campagne
La circonscription inclut 16 pays dont le Maroc avec 45% d’électeurs
Scolarité, santé, sécurité: Les priorités du parti
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Didier Le Bret, candidat PS pour les législatives françaises dans la 9e circonscription  et sa colistière Marion Berthoud en visite dans les locaux de L’Economiste. Le candidat PS se trouve avantagé par le retrait de la candidature de La République En Marche (Ph. Jarfi)

Candidat PS dans la 9e circonscription des Français de l’étranger pour les législatives françaises, Didier Le Bret mène sa campagne tambour battant, d’autant plus que le retrait de la candidature de LREM (La République En Marche) lui ouvre un boulevard inespéré.

Cet  ancien diplomate et ex-coordonnateur national du renseignement à l’Élysée, a été investi par les militants malgré un engagement au PS relativement récent. Le compagnon de Mazarine Pingeot (fille de François Mitterrand), fait de la scolarité des Français à l’étranger, la santé et la sécurité les trois axes prioritaires de sa campagne dans une circonscription qui suscite toutes les convoitises, mais qui est  traditionnellement acquise à la gauche (67% en 2012). Entretien.

- L’Economiste: Vous êtes le candidat du Parti socialiste dans la 9e circonscription des Français à l’étranger (Maghreb et Afrique de l’Ouest). Pourquoi cette circonscription et quels sont vos liens avec cette région?
- Didier Le Bret:
Il y a un rapport à la fois intime, personnel et familial. C’est l’histoire de la partie maternelle de ma famille. Ma mère a vécu une vingtaine d’années à Casablanca, elle est issue d’une famille oranaise qui a migré au Maroc et ma grand-mère me parlait souvent en arabe. Mon lien professionnel est à travers toutes les missions que m’a confiées la diplomatie française depuis les années 90 qui ont été en permanence avec la région, notamment quand j’étais patron de la coopération française à Dakar, qui était, après Rabat, le deuxième poste le plus important en termes de volume de coopération, d’établissements scolaires et de présence culturelle… je me suis également beaucoup battu au Quai d’Orsay pour la francophonie et j’ai été amené à visiter tous les pays de la région d’autant plus que j’ai dirigé le centre de crise du Quai d’Orsay, ce qui m’a amené à beaucoup circuler en Afrique de l’Ouest et au Maghreb, des pays avec lesquels on était sur la ligne de front contre le terrorisme.

- Le Maroc représente quelque 45% des électeurs de cette circonscription, dont une grande majorité de binationaux,  autant préoccupés par les questions françaises que marocaines. On l’a vu lors de la levée de bouclier contre la candidature de Leila Aïchi pour le compte de La République en Marche.
- Les binationaux sont notre plus grande richesse. Ils sont tout aussi passionnés, intéressés et actifs dans les deux pays. On ne peut pas demander à ces personnes de s’extraire de leur environnement, ce qui ne les empêche pas d’avoir envie de participer à la politique de notre pays. Personne ne demande aujourd’hui aux binationaux de trancher mais au contraire d’être pleinement ce qu’ils sont. Et si la question du Sahara s’est invitée au débat national français c’est parce que c’est un sujet qui est, à juste titre, brûlant au Maroc. Il a une incidence très forte sur la vie du pays et ses relations avec ses voisins, sur l’intégration régionale et sur les relations euro-méditerranéennes… Il y a donc des enjeux qui sont nationaux, régionaux et mondiaux. Le sujet s’est donc invité dans la campagne électorale française, mais pour de bonnes raisons.

- Quel est le rôle d’un député des Français à l’étranger, sachant qu’il y a des instances consulaires et des ambassades pour gérer leur quotidien?
- Il y a trois niveaux dans les instances représentatives. Le premier étant la manifestation la plus classique du pouvoir déconcentré, à savoir les ambassades et les consulats qui sont effectivement au service du pays et de nos compatriotes. Ce sont les interlocuteurs directs entre les citoyens et l’Etat. Vous avez une deuxième strate essentielle qui est l’expression de la démocratie élective. Elle est composée des conseillers consulaires qui sont élus. C’est l’instance de proximité dans toutes les régions où se trouvent des communautés françaises. Les députés eux sont à Paris, ils siègent à l’assemblée nationale. Leur rôle n’est pas de se substituer aux instances que j’ai déjà citées, mais plutôt de faire la synthèse de tout ce qui remonte de chacun des pays de sa circonscription  pour faire adopter des lois qui ne soient pas pénalisantes pour les Français à l’étranger, mais qui maximisent au contraire leur potentiel. C’est une action qui est beaucoup plus politique. Ce qui ne m’empêche pas d’assurer une présence très forte durant les cinq années du mandat et j’ai pris l’engagement de venir deux fois par an dans les 10 pays où existe une communauté significative.
- Justement quels sont les dossiers les plus importants à gérer ou à défendre?
- Si on veut se concentrer sur l’essentiel, je parlerai des 3S: scolarité, santé et sécurité. C’est ce que je retiens au terme d’un an de campagne. Les parents d’élèves français sont aujourd’hui inquiets. Depuis 10 ans, les frais de scolarité augmentent, dans des proportions qui sont devenues intolérables.
De 1.500 euros par an à plus de 3.000 euros dans une circonscription où le niveau moyen des revenus n’est pas celui de New York, Londres ou même Paris. Vous avez toute une frange de la population française de classe moyenne qui n’a pas accès aux bourses, parce qu’elle a des salaires supérieurs au salaire médian marocain par exemple, mais qui voit son budget amputé du tiers, voire de la moitié de ses revenus par la scolarisation des enfants.  Certains n’ont pas d’autre choix que de rentrer en France, alors que c’est une richesse pour nous de les avoir ici. Idem pour la santé.
 Je suis frappé de voir à quel point il y a beaucoup de Français qui vivent sans couverture sociale. Des personnes qui diffèrent systématiquement les soins de prévention et se retrouvent ensuite dans de vrais accidents de vie. Il est inadmissible que les gens ne se fassent pas soigner. En France, c’est un des grands acquis du Conseil national de la résistance d’avoir imposé la sécurité sociale comme le socle démocratique de notre pays. Or l’assurance auprès de la caisse des Français à l’étranger est inabordable.

Propos recueillis par Amine Boushaba

 

 

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