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Entreprises

Expert-comptable: Le plan d’attaque du nouveau président

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5013 Le 28/04/2017 | Partager
Contrôle de qualité, un observatoire dédié, révision de la grille budget-temps… les chantiers
Un éventail de formations de spécialisation plus large
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Issam El Maguiri, président de l’Ordre des experts-comptables: «Nous accompagnerons, comme d’habitude, les pouvoirs publics dans les différents chantiers portant sur la normalisation comptable, la clarification des règles fiscales et juridiques et plus généralement l’amélioration du climat des affaires» (Ph. Khalifa)

L’élection d’Issam El Maguiri à la présidence de l’Ordre des experts-comptables intervient à un tournant de la profession. En effet, il est interpellé sur plusieurs sujets: mise à niveau des conseils, amélioration du cadre de pratique, accompagnement de l’économie…

- L’Economiste: L’Ordre des experts-comptables ne devrait-il pas se recentrer sur ses missions originelles qui sont la réglementation, l’application de la déontologie, la normalisation?
- Issam El Maguiri:
Bien entendu, notre indépendance, l’éthique, la déontologie et nos compétences font de nous ce que nous sommes aujourd’hui: une profession reconnue et considérée par les pouvoirs publics et par tous les acteurs économiques du pays et à l’international. Notre avenir dépendra toujours de la manière dont on aborde l’éthique et la déontologie.
L’éthique justifie l’existence même de notre métier en tant que profession réglementée. Quant à la déontologie, elle se présente comme un garant de la confraternité qui légitime en permanence nos actions dans l’intérêt de notre communauté. L’Ordre continuera à  inscrire tous ses membres dans cette logique de rigueur et d’accompagner nos stagiaires et jeunes dans leurs formations et installations grâce notamment à des mécanismes de parrainage.

- Quels sont les dossiers urgents auxquels vous comptez vous attaquer?
- Notre profession se développe dans un environnement avec une diversité de contraintes. Nous nous inscrivons dans la continuité des travaux de nos prédécesseurs pour la consolidation d’une profession forte, pérenne et à haute valeur ajoutée pour notre économie. Nous nous sommes assigné pour objectif d’œuvrer pour la qualité de nos missions, la compétitivité de nos cabinets, le renforcement de nos partenariats et l’élargissement du champ d’action et de nos domaines d’intervention. Ces chantiers seront soutenus par un plan de communication pertinent permettant de mieux informer sur le rôle joué par l’expert-comptable.
D’un autre côté, plusieurs actions sont intégrées au niveau de notre feuille de route dont le renforcement de la dimension internationale de notre profession. En effet, nous sommes et nous resterons un membre actif et dynamique dans les différentes organisations professionnelles régionales, africaines et internationales dont deux sont présidées aujourd’hui par le Maroc: la Fédération des experts-comptables d’Afrique et la Fédération internationale des experts-comptables francophones. Nous contribuerons ainsi au développement de notre diplomatie économique et accompagnerons nos entrepreneurs à l’international, notamment en Afrique.
Par ailleurs, notre œuvre pour l’intérêt public continuera à travers la promotion des standards de haut niveau d’éthique, de déontologie et de professionnalisme via, entre autres,  la refonte de notre système de contrôle qualité. Nous  accompagnerons, comme d’habitude, les pouvoirs publics dans les différents chantiers portant sur la normalisation comptable, la clarification des règles fiscales et juridiques et plus généralement l’amélioration du climat des affaires.

- La question de la compétence et de la mise à niveau se pose avec acuité. Comment allez-vous vous y prendre pour la rendre obligatoire?
- Pour ce qui est de la formation, l’enjeu étant stratégique pour la profession, nous y consacrons déjà un intérêt prioritaire. Pour la formation initiale, nous travaillerons avec nos partenaires et le ministère de l’Enseignement supérieur pour faire aboutir la réforme du Diplôme national d’expert-comptable. Cette réforme à un stade très avancé consacre l’excellence de cette formation et intègre toutes les nouveautés et prérequis académiques nécessaires à un exercice professionnel de très haut niveau ainsi que l’ouverture sur l’international. Nous continuerons également l’encadrement avec rigueur des experts-comptables stagiaires, qui assureront la relève.
Pour ce qui est de la formation continue des membres de l’Ordre, nous disposons déjà d’une norme de formation continue obligatoire de 40 heures par année, conforme à celles existantes à l’international, notamment celle de la Fédération internationale des experts-comptables. Notre ambition est de proposer un bouquet de formations de spécialisations et qualifiantes plus large pour mieux appréhender de nouvelles missions comme l’évaluation de la gouvernance, la RSE, la gestion patrimoniale, la transmission des entreprises, le risk management, la médiation et l’arbitrage, le coaching des dirigeants ou l’accompagnement stratégique de nos clients.
 

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Issam El Maguiri: «Nous serons également intransigeants en actionnant, si nécessaire, les mesures disciplinaires idoines pour sanctionner tout comportement pouvant compromettre la qualité de nos missions» (Ph. Khalifa)

- L’ouverture du métier de comptable aux licenciés ne risque-t-elle pas de  contribuer au rétrécissement du business?
- Nous avons toujours été pour la réglementation et l’organisation de toute la profession comptable au Maroc y compris la tenue comptable à l’instar des autres pays partenaires car nous sommes convaincus que cela garantirait la fiabilité de l’information comptable et la conformité fiscale. Nous sommes passés ainsi d’une situation d’anarchie totale où tout le monde pouvait se prévaloir d’être comptable indépendant sans aucune exigence ni encadrement à une situation où ce métier ne peut être exercé qu’avec un minimum de formation et de stage après examen. Pour les missions de certification des comptes (audit et commissariat aux comptes) qui relèvent du monopole de l’Ordre, nul doute qu’elles constituent un gage de transparence, d’efficacité managériale et de responsabilité sociale des entreprises. Nous sommes convaincus que la généralisation de la certification de comptes à un maximum d’entreprises, d’établissements, d’associations bénéficiant de subventions publiques et de collectivités territoriales serait un levier important et efficace de reddition des comptes grâce à la sincérité, la régularité et l’efficacité organisationnelle impulsés à ce niveau.

- Faudrait-il en arriver à une réglementation des honoraires à l’image des architectes, des notaires, etc. comme le réclame une partie de la profession?
- C’est un important souci que nous partageons tous. Il fait l’objet du second axe de nos priorités. Cette question a un lien direct avec le rétrécissement du marché de l’audit et de commissariat aux comptes et l’augmentation de nos effectifs. Il y va aussi de la qualité de nos travaux. Parmi les actions déjà entreprises ou en cours de finalisation, la revue du contenu de la déclaration des mandats de certifications et l’élaboration d’un nouveau canevas-type des termes de référence d’audit comptable et financier des établissements publics. D’autres actions suivront notamment, la refonte de notre norme du contrôle qualité, la mise en place d’un observatoire dédié et l’amendement de notre norme budget-temps nécessaire à la réalisation des missions d’audit des comptes. Nous serons également intransigeants en actionnant, si nécessaire, les mesures disciplinaires idoines pour sanctionner tout comportement pouvant compromettre la qualité de nos missions.

Propos recueillis par Hassan EL ARIF

Entreprises en difficulté: La faute au livre V?

La faillite de Samir, ainsi que les difficultés financières d’autres grosses entreprises, ont été à l’origine de beaucoup d’interrogations sur le silence des commissaires aux comptes. Ce qui remet en cause la crédibilité des conseils. «La réflexion devrait être plutôt globale car ce sujet est d’abord d’ordre économique et financier avant d’être du domaine du droit. Il n’en reste pas moins que les dispositions actuelles du livre V du code de commerce sur le traitement des difficultés des entreprises ont démontré leurs insuffisances et un projet de réforme est en cours», rétorque Issam El Maguiri, président de l’Ordre des experts-comptables. Et d’ajouter: «Nous pensons qu’il convient de revoir les dispositions en question y compris l’article 546 pour plus de clarification des missions des différents intervenants au niveau de la procédure. L’objectif final en serait de limiter les dégâts, voire sauver les entreprises dans de telles situations».

 

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