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Economie

Patronat et syndicats taclent El Othmani

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5012 Le 27/04/2017 | Partager
Son programme est jugé «décevant», basé sur des «déclarations d’intention»
La CGEM met en garde contre les menaces qui planent sur les entreprises
Les députés devaient approuver la déclaration gouvernementale hier dans la soirée
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Avant même l’investiture officielle de son gouvernement, Saâdeddine El Othmani s’est retrouvé face à une divergence au sein de sa majorité. Après le groupe du PJD à la 1re Chambre, les conseillers de l’USFP ont pointé une «déclaration gouvernementale basée sur les promesses et les déclarations d’intention» (Ph. Bziouat)

«Les entreprises ont été affaiblies et n’ont plus la capacité de supporter davantage». L’intervention du chef du groupe de la CGEM à la Chambre des conseillers a mis l’accent sur les difficultés auxquelles font face les entreprises depuis quelques années. Lors de la discussion du programme gouvernemental, mardi dernier à la 2e Chambre, Abdelilah Hifdi a mis en garde contre les risques que posent certains choix du gouvernement.

Il a mis l’accent sur l’impact du retard de la formation du gouvernement sur les PME, dont certaines ont dû arrêter leurs activités. Hifdi a souligné qu’actuellement, les opérateurs redoutent que l’exécutif fasse le choix d’une politique fiscale injuste, pour faire face à la hausse de la dette publique, au lieu d’opter pour la rationalisation des dépenses. Saâdeddine El Othmani, qui devait présenter des réponses aux interpellations des parlementaires, hier en début de soirée, est attendu sur des initiatives favorisant la relance du tissu productif. Au moment où nous mettions sous presse, les parlementaires procédaient au vote de confiance, permettant l’investiture officielle du nouveau gouvernement.

Les représentants de la CGEM, au même titre que ceux des syndicats et les conseillers des partis de l’opposition, ont déploré «le choix de la continuité», ayant marqué la déclaration gouvernementale. «N’était-il pas plus judicieux de procéder à une refonte de la gouvernance globale des politiques publiques, pour assurer une meilleure complémentarité et une plus grande convergence des stratégies sectorielles?», s’est interrogé le chef du groupe de la CGEM.

Les principaux groupes de l’opposition dans la 2e Chambre ont mis à nu les faiblesses de «l’offre» du gouvernement. Il s’agit d’un «programme décevant», selon les conseillers de la CDT. Ceux de l’UMT, ont pointé une «simple déclaration d’intention, articulée autour de principes généraux, au lieu de s’engager sur des mesures claires, applicables et permettant une évaluation régulière».

L’Istiqlal a aussi critiqué un «choix de la solution de facilité, en présentant un programme en rupture avec les programmes électoraux des partis de la majorité». Pour lui, ce document ne propose pas «les garanties d’exécution ni les sources de financement des objectifs fixés». A cela s’ajoute «l’absence d’une hiérarchisation des priorités pour le prochain mandat», a-t-il dit. Ce qui constitue, selon Aziz Benazouz, chef du groupe du PAM, plus «un dossier revendicatif qu’une déclaration gouvernementale».

Globalement, à l’instar des membres de la Chambre des représentants, les conseillers de l’opposition ont aussi démonté les principales prévisions du programme présenté par Saâdeddine El Othmani. Le taux de croissance, prévu entre 4,5% et 5,5%, est «insuffisant», selon eux, pour rejoindre le rang de pays émergent. Ce taux ne permettra pas, non plus, de réduire le taux de chômage à 8,5%. Ce taux, jugé «décevant» par la CGEM, «ne traduit pas la volonté d’élargir la base des bénéficiaires des programmes de formation pour l’insertion dans le marché de l’emploi», selon Hifdi.

Les représentants du patronat ont interpellé le chef du gouvernement sur «les chiffres honteux relatifs aux bénéficiaires des contrats spéciaux de formation». Ils ont dit être surpris par «le retard d’adoption du projet de loi relatif à la formation continue, validé en 2014, sans qu’il soit transféré au Parlement». De leur côté, les syndicats ont pointé l’absence de prévisions détaillées concernant le nombre de postes d’emplois qui seront créés durant le prochain mandat. D’autant que «des dizaines de milliers d’emplois ont été perdus au cours des années précédentes», selon le groupe de l’UMT.

Patronat et syndicats s’accordent sur la nécessité d’une refonte du modèle de développement, qui «a montré ses limites», selon la CGEM. Pour son chef de groupe, il est «nécessaire d’introduire un modèle innovant, basé sur l’intégration, avec une nouvelle structure de protection sociale». Le groupe istiqlalien a aussi déploré «l’absence de mécanismes permettant au gouvernement d’instaurer un nouveau modèle compétitif et intégré, à même d’assurer un développement durable et équitable».

Bras de fer

Les groupes des principales centrales syndicales à la Chambre des conseillers ont donné le ton, lors de l’examen du programme gouvernemental. Ils se sont opposés à une série de points prévus dans ce document. En tête, la réforme du Code du travail, annoncée par Saâdeddine El Othmani. Une mesure accueillie positivement par les représentants de la CGEM, qui appellent à l’introduction de plus de flexibilité et de confiance dans la relation entre l’employeur et l’employé. En face, les syndicats sont montés au créneau pour dénoncer un texte pouvant «favoriser des licenciements abusifs». Il s’agit de l’un des points qui divisent syndicats et patronat, au même titre que le projet de loi organique sur la grève. Au moment où la CGEM a appelé à l’accélération du processus d’adoption de ce texte, actuellement au Parlement, les centrales veulent le remettre sur la table du dialogue social.

 

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