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Economie

Le mémorandum choc de la Banque mondiale/Productivité: Le pire est à venir!

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5008 Le 21/04/2017 | Partager
Des générations de moins en moins qualifiées se préparent
Le Maroc doit d’abord compter sur son capital humain
Or, la qualité du système éducatif ne cesse de se dégrader
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Contrairement à la tendance mondiale, le Maroc fait partie des rares pays où la généralisation de la scolarisation s’est accompagnée d’une baisse substantielle de la qualité de l’enseignement. Le niveau des élèves en lecture et en compréhension de textes, par exemple, ne cesse de se dégrader

L’enjeu de l’éducation dans un pays est éminemment économique. Sans capital humain éduqué et qualifié, difficile de gagner le pari de la croissance durable et du développement. Au Maroc, c’est une question de survie. Afin d’accélérer sa croissance et la maintenir sur le long terme, un pays ne dispose pas de trente-six-mille solutions. Il doit accumuler un maximum de capital physique (ensemble des moyens nécessaires pour produire des biens et services), à travers des investissements massifs.

L’idéal est de combiner cette accumulation avec une productivité maximum des facteurs (capital et travail). Et c’est justement cette association qui pourrait permettre aux pays en développement de rattraper leur retard par rapport aux économies les plus avancées.

Le Maroc, pour sa part, a longtemps bâti son modèle sur l’accumulation de capital, qui représente près de 85% de la croissance de son PIB, contre seulement 15% pour la productivité globale des facteurs, selon le FMI. Le Royaume consacre plus de 30% de son PIB à l’investissement. Ce taux est l’un des plus élevés au monde, estime la Banque mondiale. Il est donc impossible d’aller au-delà. Pour autant, la croissance ne suit pas, et la création d’emploi non plus.

Par ailleurs, cet effort d’investissement ne s’accompagne pas d’une productivité suffisante (voir illustration). «Pour maintenir une croissance positive à long terme, a fortiori pour accélérer la croissance économique et converger rapidement vers les pays d’Europe du Sud, le Maroc n’a d’autre choix que d’augmenter sa productivité, et donc le niveau d’éducation de sa population», tranche la Banque mondiale.

Pour l’institution de Bretton Woods, «pas besoin de réinventer la roue». Il suffit d’adapter les avancées technologiques et d’importer les modes de production qui ont fait leurs preuves ailleurs. Mais pour y arriver, il a besoin de compter sur un vivier de ressources humaines compétentes, «maîtrisant les apprentissages et les connaissances de base dispensés par l’enseignement primaire et secondaire». Or, c’est là où le bât blesse.

La généralisation de l’éducation, plus tardive que dans les autres pays en développement, n’a démarré que durant les années 90. Le taux net de scolarisation est passé de 55% en 1990 à presque 100% aujourd’hui. Cette couverture quasi-totale au primaire cache trois fragilités: un enseignement de piètre qualité, une école qui peine à retenir les élèves et presque un tiers de la population toujours analphabète. «La généralisation de la scolarisation, suivant une approche purement quantitative, n’a pas forcément conduit à une accumulation de capital humain», déplore la Banque mondiale.

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Même si la productivité du travail au Maroc s’est améliorée entre 1991 et 2012, elle est restée bien en dessous de la moyenne régionale. Pour rattraper son retard, le pays n’a d’autre option que de travailler sur le développement de son capital humain

En termes de lecture, par exemple, les écoliers marocains occupent la dernière place du classement international PIRLS. De l’aveu même du ministère de l’Education nationale, trois quarts des élèves de 4e année du primaire sont illettrés. Ils déchiffrent l’écriture, apprennent par cœur mais ne comprennent pas grand-chose à ce qu’ils lisent. Le cumul de lacunes durant les premières années de la scolarité produit «des effets irréversibles sur le développement cognitif de l’élève tout au long de son parcours scolaire, et affecte négativement sa productivité à l’âge adulte», assurent les experts de l’organisation multilatérale.

Le Maroc fait partie, pour ainsi dire, des rares pays où la généralisation de l’éducation s’est accompagnée par une dégradation substantielle de la qualité de l’enseignement offert. Et ça continue! (voir illustration). Cette décadence perpétuelle de l’école publique inquiète la Banque mondiale. «C’est un phénomène préoccupant pour un pays comme le Maroc qui aspire à l’émergence économique», estime l’institution.

Des décennies durant, quasiment toutes les réformes lancées ont échoué. Au fil du temps, le système d’éducation, de par la complexité de ses dysfonctionnements, s’est transformé en un véritable monstre qui cumule les tares au lieu de cultiver des compétences. Une machine qui produit des profils peu compatibles avec les besoins du marché du travail. Cette inadéquation explique en grande partie les taux de chômage vertigineux parmi les jeunes diplômés, titulaires d’un baccalauréat et plus (59% chez les 15-24 ans et 30% chez les 25-35 ans). Les plus diplômés sont paradoxalement les plus touchés (trois fois plus de risques).

Les générations ayant eu accès à l’école durant les années 90 et 2000 commencent à débarquer sur le marché du travail. Ayant bénéficié d’un enseignement de moindre qualité, elles arrivent avec des acquis inférieurs et une inadéquation encore plus prononcée avec les exigences des employeurs!

Une question de richesse aussi

Offrir un enseignement de qualité revient à la fois à doper la productivité et à améliorer la richesse globale du pays. Selon le dernier rapport du Conseil économique, social et environnemental (Cese) et de Bank Al-Maghrib (BAM) sur le capital immatériel, la simple augmentation du nombre moyen d’années de scolarisation des 25 ans et plus de deux ans permettrait d’améliorer la richesse immatérielle de 81%, et la richesse globale du pays de 56%. Pour l’heure, la durée moyenne de scolarisation des 25 ans et plus est d’à peine 4,4 ans, contre une moyenne mondiale de 7,7 ans (près de 6,3 ans chez les pays arabes).

 

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