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Dossier Spécial

Aziz Akhannouch: «Il faut capter la valeur ajoutée»

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5005 Le 18/04/2017 | Partager
Synergie avec le plan d’accélération industrielle
Hausse des subventions aux unités de valorisation
La réforme des marchés de gros sera accélérée
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La stratégie agro-industrielle sera déclinée sous forme d’un contrat-programme pour la période 2017-2021. Un projet rendu possible  grâce à la synergie des acteurs concernés. Les professionnels et les deux départements de l’Agriculture et du Commerce et Industrie doivent mutualiser leurs moyens 

Le secteur agricole affiche aujourd’hui une résilience nette par rapport à l’aléa climatique. Pour preuve, la campagne 2015-2016, qui a enregistré un déficit pluviométrique de 50%, n’a fait fléchir le PIB agricole que de 9% au lieu d’un plongeon qui atteignait la moitié de la valeur ajoutée. Pour le ministre, il s’agit dès lors de capitaliser sur les acquis de la stratégie via une meilleure intégration de l’amont à l’aval. Entretien     

- L’Economiste: Le plan Maroc Vert devait s’orienter vers l’équilibre amont-aval. De nouvelles mesures d’accompagnement sont-elles en cours d’instauration? 

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-Aziz Akhannouch: L’intégration amont-aval est un principe adopté depuis le lancement du plan Maroc Vert en 2008. 
Quand on parle d’intégration on entend généralement intégration filière. Chacune a en effet ses spécificités et ses besoins particuliers et donc nécessite des mesures qui lui sont adaptées. C’est ce qui est traduit à travers l’approche contrat-programme dont l’objectif est de mettre en interaction tous les acteurs d’une filière autour d’objectifs communs, allant de l’amont agricole à la fin de la chaîne. Il est clair qu’un effort soutenu a été opéré au niveau de la production agricole car elle constitue la base pour le développement de toute la chaîne de valeur. De grandes avancées ont été réalisées en termes de production grâce à une multitude de mesures et à un engagement très fort de la part des professionnels.
Aujourd’hui, comme nous l’avons déjà annoncé, nos efforts seront renforcés au niveau de l’aval afin d’installer un équilibre et une durabilité dans la chaîne de valeur agricole.
Le secteur compte aujourd’hui 19 contrats-programmes filières. Un effort soutenu a été engagé dans ce sens pour le renforcement de l’organisation des acteurs des différents maillons de la chaîne de valeur en fédérations interprofessionnelles. Ceci s’est fait notamment dans le cadre de la loi n°03-12 ainsi que dans celui de l’appui à l’investissement privé pour l’intensification et la valorisation des produits agricoles.
Dans le cadre de la phase d’accélération de la mise en œuvre du plan Maroc Vert, la priorité est donc accordée à l’aval des filières, en vue de développer la valorisation et la commercialisation des produits tout en préservant les acquis de l’amont des filières. 
Parallèlement à la mise en œuvre du programme de développement des agropoles et de la réforme des marchés de gros des fruits et légumes, qui seront accélérés, des mesures d’accompagnement sont en cours d’être mises en place. Il s’agit notamment de la réforme du cadre incitatif du Fonds de développement agricole pour trouver l’équilibre entre l’amont et l’aval par la révision à la hausse des niveaux des subventions accordées aux unités de valorisation et leur élargissement aux différents types d’unités ainsi qu’au soutien du développement de la commercialisation et l’exportation des produits agricoles. La poursuite des plans d’action des contrats-programmes filières est également prévue. Et il sera procédé de ce fait au renforcement de la mise à niveau de l’aval des filières (formation, promotion des produits et de leur qualité,…)

- Justement, les interprofessions sont appelées à prendre la relève de l’administration. Qu’est-ce qui a été réalisé à ce niveau? 
- Les interprofessions, fortes d’un cadre juridique qui les appuie (la loi 03-12), sont des partenaires importants des pouvoirs publics notamment pour l’engagement de partenariats public-privé. Outre les aspects organisationnels, cette loi a introduit le soubassement juridique pour permettre à ces fédérations de disposer de moyens propres.  Ceci va consolider les contrats-programmes tout en assurant la contribution des interprofessions.
Depuis l’avènement du plan Maroc Vert, nous avons misé sur l’importance  du rôle du secteur privé. Ce dernier doit porter l’activité, l’animer et être à l’origine de sa dynamique. Cela ne pouvait se faire sans que la représentation du secteur ne soit structurée et renforcée.

- Quid alors du contrat-programme de l’agro-industrie? 
- Justement, l’agro-industrie est un élément majeur de cette intégration amont-aval. Pendant longtemps, cette activité a évolué sans qu’une intégration ne soit opérée avec l’amont agricole qui se situe en début de chaîne pour ces industries.
La prise de conscience de cette problématique est là. Aujourd’hui, grâce à toutes les mesures qui ont été déployées dans le cadre du plan Maroc Vert, le secteur agricole a réussi à réaliser de grandes avancées en termes de production, que ce soit sur le plan quantitatif ou qualitatif.
Il est ainsi nécessaire que cette nouvelle vision  constitue un avantage au développement des industries agroalimentaires. 
Les départements de l’Agriculture et de l’Industrie, en concertation avec les professionnels, ont élaboré une stratégie pour le développement des industries agroalimentaires au Maroc. Cette stratégie vise essentiellement l’incitation à l’investissement productif (conditionnement, entreposage frigorifique, transformation,…), le soutien au développement des exportations, la modernisation des circuits de commercialisation, l’appui à la prospection des marchés, ainsi que des mesures transverses (formation, innovation, normalisation, qualité,…). Celles-ci concernent les filières agroalimentaires phares, à savoir les agrumes et fruits et légumes frais, les produits agricoles  transformés, l’huile d'olive, le lait, les viandes, la biscuiterie-chocolaterie-confiserie et les pâtes et couscous.
Ladite stratégie sera déclinée sous forme d’un contrat-programme tant attendu pour la période 2017-2021. Celui-ci sera signé entre le gouvernement et les professionnels.  Une grande réalisation rendue possible grâce à la synergie de l’ensemble des acteurs concernés, professionnels ainsi que les deux départements de l’Agriculture et du Commerce et Industrie et qui a bénéficié d’une convergence de moyens notamment le Fonds de développement industriel (FDI) et celui de développement agricole (FDA).
Il était essentiel d’opérer cette intégration, de compter sur les unités agro-industrielles pour la valorisation des produits agricoles marocains et de devenir plus performant aussi bien au niveau du marché local qu’à l’export. En résumé, l’objectif aujourd’hui est de réussir à capter la valeur ajoutée de la transformation au niveau du Maroc avec tout ce que cela apporte comme développement des emplois et de l’offre agricole transformée.

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Entre 2008 et 2015, le montant global de l’investissement a atteint 87 milliards de DH. Avec un taux de subvention de 41%. Il n’empêche que l’effet de levier est significatif puisque 1 DH investi par l’Etat génère plus de deux fois et demie d’investissement privé

- Le secteur agricole est-il aujourd’hui plus résilient et moins exposé à l’aléa climatique? 
- Le plan Maroc Vert est parvenu à augmenter la valeur ajoutée du secteur agricole, mais également à contenir les impacts de crises climatiques. La saison agricole 2015-2016 a été marquée par un déficit pluviométrique dépassant 50% par rapport à la moyenne d’une campagne normale. Toutefois, le PIB agricole n'a pas été aussi comprimé qu’il aurait pu l’être par le passé. Preuve tangible que le PMV apporte des solutions aussi face aux chocs climatiques. En effet, la baisse a été de 9%, ce qui n’est pas une décroissance à deux chiffres comme c’était le cas auparavant, quand de pareilles conditions de sécheresse venaient plomber le PIB agricole avec un plongeon allant jusqu’à 50%. 
Cette résilience tient non seulement à l’extension et l’efficience de l’irrigation, mais également à la stratégie de reconversion progressive d’une partie des systèmes de production vers l’arboriculture et des cultures associées plus résilientes et plus rémunératrices. Cette évolution de la structure de la valeur ajoutée agricole, à l’actif du PMV, a permis d’enrayer l'impact de la volatilité de la production céréalière sur la croissance du secteur. 
Au moment où les débats s’intensifient à propos des changements climatiques, ces avancées mériteraient d’être davantage soulignées pour mettre en exergue la pertinence des réformes engagées dans l’agriculture au Maroc et sa multifonctionnalité au service d’une croissance durable pour le pays.

Réforme des marchés de gros: Ne rien lâcher 

Pour les marchés de gros des fruits et légumes, un travail a été fait en ce qui concerne la mise en place du schéma national d’orientation et de modernisation de ces plateformes. Il prévoit le lancement de marchés de nouvelle génération. Ces derniers seront dotés d’infrastructures modernes, d’un mode de gouvernance approprié et d’un système de rémunération optimisé. Dans une  première phase, trois projets pilotes seront lancés à Rabat, Berkane et Meknès. Cette réforme permettra d’améliorer la chaîne de valeur des produits agricoles commercialisés, d’assainir les circuits de commercialisation à travers la limitation de l’intervention des intermédiaires et d’améliorer la qualité des produits à travers l’accroissement des volumes conditionnés et valorisés. Ce  qui impactera positivement le revenu des agriculteurs et la satisfaction des exigences du consommateur. 
Concernant les abattoirs, le contrat-programme signé entre le gouvernement et la Fédération interprofessionnelle des viandes rouges pour le développement de la filière sur la période 2014-2020 donne la priorité à la valorisation et à la commercialisation des animaux et des viandes rouges. A cet égard, deux voies sont poursuivies pour la mise à niveau du secteur des abattoirs conformément aux exigences de qualité sanitaire des viandes. 
D’une part, l’initiative privée, de notre point de vue, fortement souhaitée et encouragée dans ce domaine, contribuera à la mise en place d’une offre de qualité pour les consommateurs grâce à l’investissement dans les techniques modernes. 
Les investisseurs privés ont été assez réactifs. A cette date, trois abattoirs privés sont déjà réalisés (Meknès, Taroudant et Béni Mellal) et le 4e est en cours d’achèvement à Sidi Bennour. Ces unités de grandes capacités et outillées de technologie moderne permettront d’agréger la production sur de larges espaces et d’apporter des solutions à l’échelle de la région. S’ensuivra évidemment la fermeture dans ces régions des abattoirs non conformes. De pareils investissements seront encouragés dans les autres régions.
Les communes et municipalités sont aussi appelées à mettre à niveau leurs abattoirs et d’en améliorer la gestion en harmonie avec les dispositions de la loi sanitaire et conformément aux orientations de l’Onssa à ce sujet. Trois abattoirs ont pu opérer cette mise à niveau, il s’agit de Laâyoune, Al Hoceïma et Missour. Mais notre souhait est de voir cette dynamique prendre et que les municipalités placent ce  chantier parmi les priorités vu les enjeux qu’il représente. 

 

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